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Afrique Relance, Vol.17#1 (mai 2003), page27

Afrique en bref

Il ne faut pas perdre de vue la crise alimentaire en Afrique -- PAM

Au moment où la communauté internationale s'apprête à fournir une aide humanitaire à l'Iraq, elle ne devrait pas détourner son attention de la crise plus grave que connaît l'Afrique, a déclaré le Directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (PAM), James Morris, au Conseil de sécurité de l'ONU en avril.

L'opération humanitaire que le PAM a récemment lancée en Iraq coûtera, selon les estimations, 1,3 milliard de dollars sur une période de six mois ; c'est la plus grande opération jamais entreprise par cet organisme, et elle a pour cible une grande partie des 27 millions d'habitants du pays. Pendant ce temps, près de 40 millions d'Africains luttent contre la famine causée par les effets conjugués de sécheresses répétées, de la guerre, de mauvaises politiques économiques et de l'incidence croissante du VIH/sida sur la production agricole. Le PAM a besoin de 1,8 milliard de dollars pour l'Afrique cette année, montant qui équivaut à l'ensemble du budget que l'organisme a consacré à tous ses projets l'an dernier. À ce jour, il lui reste encore un milliard de dollars à obtenir.

"Comment se fait-il que nous acceptons régulièrement en Afrique un degré de souffrance et de désespoir que nous n'accepterions jamais dans d'autres régions ?", demande M. Morris. "Je ne peux m'empêcher de penser qu'il s'agit là d'un système de deux poids deux mesures."

La réaction a été à ce jour limitée. En Afrique australe, région en proie à une sécheresse prolongée et où l'épidémie du sida tue la main-d'oeuvre la plus productive, plus de 620 000 tonnes de produits alimentaires ont été distribuées à 10 millions de personnes. Cependant, au Zimbabwe, 4,7 millions de personnes, soit la moitié de la population du pays, ont besoin d'aide alimentaire. En Angola, où 1,8 million de personnes ont besoin d'aide, les mines terrestres rendent difficiles les déplacements et empêche de pratiquer l'agriculture en sécurité dans la plus grande partie du pays.

Dans la Corne de l'Afrique, 11 millions d'Ethiopiens ont besoin d'aide humanitaire tandis qu'en Érythrée, 1,4 million de personnes, soit deux personnes sur trois, manquent de nourriture. Les annonces de contribution couvriraient 70 % des besoins en Éthiopie, a noté M. Morris. Mais "en Érythrée, la situation financière est sombre".

La sécurité alimentaire se détériore également dans le Sahel occidental selon le PAM. En Mauritanie, au Cap-Vert, en Gambie, au Sénégal et au Mali, où 500 000 personnes souffrent des effets de la grave sécheresse, les opérations d'urgence n'ont permis de mobiliser que 40 % des ressources financières nécessaires. Ailleurs en Afrique de l'Ouest, les conflits au Libéria et en Côte d'Ivoire ont perturbé la production agricole, et entraîné le déplacement de nombreuses personnes, dans ces pays et en Guinée et Sierra Leone. Selon le PAM, les ressources financières des opérations d'urgence visant à nourrir les personnes déplacées dans ces quatre pays sont toujours de 40 % inférieures aux besoins.

Le financement insuffisant d'autres opérations d'aide alimentaire d'urgence dans le monde, comme en Afghanistan et en République populaire démocratique de Corée, semble assombrir davantage les perspectives de l'Afrique, dit M. Morris. "Les engagements en faveur de l'aide humanitaire sont des choix politiques. Nous ne devons plus être témoins d'une famine de l'ampleur de celle qu'a connue l'Ethiopie en 1984/85", qui a causé la mort d'environ un million de personnes.

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Annonce d'un appui à l'Afrique lors du Forum sur l'eau

Les ministres participant au troisième Forum mondial sur l'eau à Kyoto (Japon) ont publié une déclaration dans laquelle ils annoncent leur "plein appui" au Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD). Ils se sont engagés à soutenir les initiatives régionales et sous-régionales africaines visant à remédier à la situation difficile que connaît le continent en matière d'eau.


Photo : ©PNUD / Ruth Massey

C'est en Afrique que l'on dénombre le plus de personnes au monde (en proportion de la population) n'ayant pas facilement accès à de l'eau salubre ou à des services d'assainissement. Seulement 43 % de la population urbaine d'Afrique vivent dans une maison ou ont une cour reliée au système d'alimentation en eau et seulement 18 % sont reliés à un égout. En milieu rural, seuls 39 % de la population ont accès à de l'eau potable et 35 % à des installations sanitaires.

Pendant le Forum de Kyoto, une journée consacrée à l'Afrique a permis de faire le point des plans visant à améliorer la gestion des ressources en eau et à accroître l'accès à des services d'assainissement convenables. Ont été également abordées les questions d'ordre régional concernant l'eau, la pauvreté, la santé, la sécurité alimentaire, le financement, les bassins fluviaux partagés et le NEPAD. À la fin de la conférence, l'Organisation des Nations Unies pour la science et la culture (UNESCO) a annoncé la création d'une nouvelle structure de coopération dans le domaine de l'eau. Basée au Siège de l'UNESCO à Paris, cette structure permettra de financer les initiatives visant à prévenir et à régler les conflits liés à l'accès aux ressources en eau douce et à leur utilisation. Selon l'UNESCO, il existe au monde 17 bassins fluviaux ou lacustres susceptibles de susciter de graves conflits au cours des cinq à dix prochaines années. Huit se trouvent en Afrique, outre le bassin du Nil qui est déjà l'objet de litiges.

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Des progrès dans l'allégement de la dette, mais des difficultés persistent

Depuis son lancement en 1996, l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) a permis de réduire de deux tiers l'encours de la dette de 26 pays, pour la plupart situés en Afrique subsaharienne, a annoncé la Banque mondiale dans son rapport annuel sur le financement du développement dans le monde, publié en avril. La valeur actuelle nette de la réduction s'élève à 40 milliards de dollars, ce qui représente la valeur de la dette initiale actualisée comme si elle était remboursée maintenant sous forme forfaitaire.

Malgré la réduction de la dette consentie à ce jour, le rapport indique que "la détérioration de la situation économique mondiale et la chute des prix des produits de base qui l'accompagne font craindre que plusieurs pays pauvres très endettés ne puissent ramener leur endettement à un niveau soutenable". La Banque mondiale juge que la dette d'un pays est viable lorsque le ratio dette totale-recettes à l'exportation est inférieur à 150 %, ce qui signifie que les recettes d'exportation du pays suffisent à s'acquitter du service de la dette. La plupart des pays africains tirent leurs recettes en devises de produits agricoles dont le prix n'a cessé, au fil des ans, de baisser sur le marché international.

La participation des créanciers à l'Initiative PPTE continue de poser problème. L'allégement de la dette promis aux 26 pays qui ont atteint le stade de l'annulation est de 12 % inférieur au montant total requis. Au moins 24 pays créanciers n'ont manifesté aucune intention d'accorder un allégement de la dette et de nombreux créanciers commerciaux "restent peu disposés à participer à l'initiative".

Malgré l'Initiative PPTE, la dette totale de l'Afrique subsaharienne s'établissait à 204 milliards de dollars l'an dernier, selon le rapport. Ce chiffre, qui représente une baisse par rapport au record de 231 milliards de dollars enregistré en 1996, est très supérieur aux 177 milliards de dollars du début des années 90. En outre, la baisse continue de la dette de la région depuis 1996 semble s'être arrêtée, du moins temporairement, le chiffre pour 2002 étant quasiment égal à celui enregistré une année plus tôt, soit 203 milliards de dollars.


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