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[ retour à la page d'accueil d'Afrique Relance] [ envoyer cet article par e-mail ] Afrique Relance, Vol.17#1 (mai 2003), page 18
Opposition croissante aux subventions agricoles du Nord Les producteurs africains de coton ont du mal à survivre Par Gumisai Mutume Le petit village reculé de Logokourani, dans l'ouest du Burkina Faso, vit du coton. C'est le pilier de cette communauté rurale et, pour beaucoup d'habitants, la principale, voire la seule, source de revenus. Le coton permet de financer la santé et l'éducation et aide à construire maisons et écoles. Lorsque le prix des exportations de coton était à la hausse, la production a augmenté dans cette région, et les revenus du village également. Mais l'effondrement du cours du coton sur le marché
mondial -- une chute de 54 % depuis le milieu des années
90 -- menace l'existence même de communautés telles
que Logokourani. "Les prix du coton sont trop bas pour que
nous puissions continuer d'envoyer nos enfants à l'école,
ou d'acheter de quoi manger et payer nos frais de santé,
explique M. Brahima Ouattara, petit producteur de coton de Logokourani.
Certains exploitants sont déjà partis. Une autre
saison comme celle-ci et ce sera la fin de notre communauté." Chargement de balles de coton au Zimbabwe : les subventions des pays du Nord nuisent à la compétitivité des agriculteurs africains. Photo : ©FAO / T. Reddy Bien que la chute du cours du coton ait des causes diverses et complexes, le facteur le plus important est, d'après certains analystes, la hausse des subventions gouvernementales versées aux producteurs de coton des Etats-Unis. De même, les subventions agricoles de l'Union européenne (UE) contribueraient pour beaucoup à la baisse du cours mondial du sucre. En 2001, les pays riches de l'Organisation de coopération et de développement économiques ont octroyé dans différents secteurs des aides à l'agriculture d'un montant total d'environ 360 milliards de dollars. Le versement de ces subventions aux agriculteurs des pays industrialisés suscite de plus en plus de protestations de la part des pays en développement, qui estiment que les subventions sont à l'origine de pratiques commerciales déloyales et de l'arrivée massive sur les marchés mondiaux de produits à bas prix, faisant chuter le cours des marchandises. L'organisation non gouvernementale Oxfam affirme que les subventions américaines à la production et à l'exportation ont mis à mal en Afrique non seulement des petites communautés mais également des régions entières. Dans une étude portant sur l'impact en Afrique des subventions accordées aux producteurs américains de coton, intitulée "Cultivating Poverty" et publiée en septembre, l'ONG détaille ces effets négatifs en présentant une série d'interviews de petits agriculteurs du continent, dont M. Ouattara. Pendant la saison 2001/02, note Oxfam, les Etats-Unis ont versé à leurs 25 000 producteurs de coton des subventions et autres aides d'un montant total de 3,9 milliards de dollars, soit deux fois plus qu'en 1992. Ces subventions ont favorisé la surproduction aux Etats-Unis et se sont traduites par l'arrivée massive sur le marché mondial de coton vendu à des prix inférieurs aux coûts de production. Les cours ont alors baissé à des niveaux auxquels les concurrents ont du mal à survivre. Grâce au faible coût de la main-d'oeuvre et à des lopins de petite taille faciles à gérer, les producteurs de coton de l'Afrique occidentale et centrale ont des coûts de production qui sont parmi les plus bas du monde. D'après le Comité consultatif international du coton, la production d'une livre de coton revient à 0,21 dollar des Etats-Unis au Burkina Faso contre 0,73 dollar aux Etats-Unis. Cependant, les subventions gouvernementales garantissent aux producteurs américains un prix minimum -- actuellement de l'ordre de 0,52 dollar par livre -- indépendamment des fluctuations du cours mondial. Les producteurs américains reçoivent également des aides financières supplémentaires qui font passer leurs revenus à un niveau cible. Par conséquent, ils continuent à augmenter leur production de coton -- de 42 % entre 1998 et 2001 -- indifférents à la chute des cours mondiaux qui se poursuit depuis près de cinq ans. L'an dernier, en partie à cause de l'arrivée continuelle sur le marché de grandes quantités de coton américain, les cours mondiaux sont tombés à 0,42 dollar par livre, prix bien inférieur à la moyenne à long terme de 0,72 dollar. Pendant la saison 2001/02, le Gouvernement américain a accordé à ses producteurs de coton des aides supérieures à la valeur des récoltes : 3,9 milliards de dollars de subventions pour des récoltes évaluées à 3 milliards de dollars. L'accès aux subventions est le seul avantage comparatif des producteurs de coton américains, qui ne seraient sinon pas compétitifs sur le plan international, note le Directeur général de la société cotonnière d'Etat du Sénégal, M. Ahmed Bachir Diop. "Nos producteurs sont plus compétitifs sur le marché mondial parce que, sans subventions, nous sommes capables de produire du coton de qualité à des coûts qui défient toute concurrence..." Un avantage déloyal D'après le rapport d'Oxfam, les subventions des pays du Nord défavorisent considérablement les exploitants agricoles pauvres de l'Afrique : "En faisant chuter les cours, les contribuables américains -- ainsi que leurs homologues européens dans le cas d'autres marchandises -- sont directement responsables de la pauvreté en Afrique." Oxfam estime que les subventions américaines se sont traduites en Afrique par un manque à gagner de plus de 300 millions de dollars pendant la saison 2001/02. Les subventions américaines influencent considérablement le marché mondial car une proportion importante de la production des Etats-Unis -- plus de 50 % -- est exportée, ce pays étant de loin le plus grand exportateur mondial. En mai 2002, les Etats-Unis ont adopté un texte de loi visant à accroître encore le montant des subventions versées par le Gouvernement aux agriculteurs. Cette nouvelle Loi sur les fermes prévoit d'accorder 83 milliards de dollars supplémentaires, en plus des 100 milliards de dollars actuellement consacrés aux programmes existants. Les producteurs de coton, qui sont principalement de grandes entreprises agricoles, devraient recevoir 2,5 milliards de dollars supplémentaires par an pendant les six années à venir.
Cela n'a fait qu'envenimer la question déjà très controversée des subventions agricoles et a suscité la colère de pays en développement. Le Brésil a porté plainte contre les Etats-Unis à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), arguant que Washington violait une "clause de paix" de l'Accord sur l'agriculture de l'organisation. Cette clause, qui comme par ironie du sort a été introduite à la demande des Etats-Unis et de l'Union européenne (UE) lors des négociations commerciales du Cycle d'Uruguay, protège un pays de toute contestation qui pourrait être faite de son régime de subventions, tant que ces subventions restent inférieures au niveau de 1992. Le Brésil conteste les subventions des Etats-Unis dans le secteur du coton, car affirme-t-il, le montant de 2002 est deux fois supérieur à celui de 1992. L'OMC limite à 19 milliards de dollars par an le montant total des sommes que les Etats-Unis peuvent accorder à certains types de programmes agricoles. Mais, en utilisant un système complexe d'aides, de subventions et de crédits agricoles, Washington y consacre en fait environ 49 milliards de dollars par an. Les débats sur les subventions agricoles sont souvent obscurcis par la terminologie juridique et le jargon technique employés. Les dirigeants américains affirment que leur pays respecte les règles de l'OMC car ses subventions (celles qui sont soumises aux réglementations de l'OMC) ne faussent pas le commerce international. Ils accusent également les pays en développement de mettre toutes les subventions américaines dans le même sac, alors que les réglementations de l'OMC imposent différentes conditions à différents types d'aides. Les dirigeants et les militants des pays en développement maintiennent que les Etats-Unis ne jouent pas franc jeu. Mépris des règles de l'OMC "Plusieurs pays d'Afrique centrale et occidentale sont victimes de l'injustice des Etats-Unis et de l'UE, déclare le Président du Burkina Faso, Blaise Compaoré. Ces pays subventionnent leurs producteurs agricoles, au mépris des règles de l'OMC. Ces pratiques nuisent aux économies nationales précaires des pays qui dépendent du coton." L'an dernier, le coton représentait 57 % des recettes à l'exportation du Burkina Faso, et 75 % du Bénin, pays voisin. Des observateurs de plus en plus nombreux s'accordent à reconnaître que le problème est également en grande partie dû aux lacunes du pacte de l'OMC qui visait à régir équitablement le commerce des produits agricoles, l'Accord sur l'agriculture. En théorie, cet accord, qui est entré en vigueur en 1995, oblige tous les Etats membres à réduire les subventions qui nuisent au commerce. Mais de nombreuses possibilités de contourner cet accord ainsi que des réglementations favorables aux membres les plus puissants de l'OMC ont permis aux pays industrialisés non seulement d'éviter de réduire leurs subventions agricoles mais également, dans certains cas, de continuer à les augmenter. Le Représentant du commerce des Etats-Unis, Robert Zoellick, a déclaré à plusieurs reprises que les Etats-Unis ne faisaient rien d'illégal mais tiraient simplement parti des limites fixées par les accords de l'OMC. "Si vous voulez que nous changions, asseyez-vous à la table [de négociations] avec nous. Nous allons négocier dans l'intérêt de l'Amérique." L'Accord sur l'agriculture fait actuellement l'objet à Genève de nouvelles négociations qui devraient se terminer en 2005. Ce nouveau cycle de négociations a débuté à Doha (Qatar) en novembre 2001, lorsque les pays industrialisés ont pour la première fois décidé d'entamer des négociations globales en vue d'éliminer progressivement toutes les subventions agricoles. Cependant, des différends durables ont pour l'instant empêché tout progrès (voir "Impasses de négociations agricoles mondiales"). En février 2003, le clivage entre pays en développement et pays industrialisés étant toujours aussi important, un groupe de 50 organismes de la société civile du monde entier a publié une déclaration condamnant la réticence persistante des pays industrialisés à mener des négociations portant sur des questions importantes pour les pays pauvres, comme les subventions agricoles. Dans cette déclaration, les organisations demandaient que soient adoptées de nouvelles réglementations permettant aux pays pauvres d'introduire des mesures de contrôle des importations de denrées agricoles produites selon des pratiques déloyales. "L'hypocrisie et l'inégalité de traitement restent la règle", a déclaré M. Bob van Dillen de Catholic Aid Agencies, l'un des 50 groupes à avoir signé la déclaration. Aux dépens de l'aide Il est principalement reproché aux subventions agricoles de nuire directement aux efforts faits par les pays donateurs, y compris les Etats-Unis, en vue de combattre la pauvreté dans les pays en développement. On estime que 96 % de tous les agriculteurs du monde vivent dans des pays en développement et que quelque 2,5 milliards de personnes dépendent de l'agriculture. Beaucoup cherchent à s'extraire de la pauvreté en commerçant selon des pratiques loyales. Mais, au fil des ans, les termes défavorables de l'échange ont contribué pour beaucoup à faire reculer les parts de marché détenues par les pays pauvres. D'après l'OMC, la part des pays en développement dans les exportations agricoles mondiales est passée de 40 % en 1961 à 35 % l'an dernier Parce que les économies de nombreux pays pauvres dépendent majoritairement d'un seul ou de quelques produits, elles sont particulièrement vulnérables à la baisse du prix des marchandises. L'effondrement des cours mondiaux du coton s'est par exemple fait durement sentir en Afrique centrale et occidentale, région dont les recettes à l'exportation sont fortement tributaires de cette marchandise. La production de coton a été multipliée par cinq dans la région depuis le début des années 1970, et environ 95 % de la production sont exportés. Quinze pour cent des exportations mondiales de coton proviennent de neuf pays d'Afrique occidentale et centrale. Oxfam indique que, en 2001, huit de ces pays ont subi 65 % du manque à gagner de 300 millions de dollars auquel a dû faire face l'Afrique subsaharienne à cause de la chute des prix du coton. Le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, le Cameroun et la Côte d'Ivoire ont été durement touchés. "Franchement, nous commençons à nous demander
si les pays riches souhaitent vraiment réduire la pauvreté
dans les pays en développement", lit-on dans une
déclaration commune des fédérations de producteurs
de coton du Bénin, du Burkina Faso et du Mali s'opposant
aux subventions agricoles. Malgré leur intention déclarée
de réduire la pauvreté dans les pays en développement,
les politiques nationales des pays riches ont souvent eu l'effet
inverse. En Afrique de l'Ouest, la baisse des recettes à
l'exportation dépasse le montant de l'aide économique
accordée par Washington. D'après Oxfam, en 2001,
le Mali a reçu 37,7 millions de dollars d'aide américaine
mais a perdu 43 millions de dollars en grande partie à
cause des subventions des Etats-Unis. Le montant total des subventions
accordées aux 25 000 producteurs de coton américain
est supérieur au produit intérieur brut du Burkina
Faso, l'un des pays les plus pauvres du monde, où plus
de 2 millions de personnes vivent du coton. Un producteur nigérian d'arachide : mieux vaut vendre la récolte à un prix acceptable que recevoir de l'aide extérieure. Photo : ©Banque mondiale / Yosef Hadar "Il n'y a aucun intérêt à donner d'une main ce que l'on reprend de l'autre, a déclaré à propos des subventions agricoles le Secrétaire général de l'ONU au Sommet alimentaire mondial de juin 2002. Mettez-vous à la place d'un petit pays en développement qui ne peut exporter ses produits agricoles en raison des restrictions et des tarifs douaniers, un petit pays qui, même s'il pouvait exporter, ne peut pas rivaliser sur le marché mondial parce que les agriculteurs plus fortunés des pays plus riches sont fortement subventionnés." Il a également été reproché aux pays industrialisés de faire preuve de partialité, en imposant des tarifs douaniers élevés dans l'agriculture, secteur important pour les exportations des pays en développement, tout en obligeant en même temps les pays en développement à ouvrir leurs marchés. C'est justement dans le but de promouvoir la libéralisation des marchés africains que les Etats-Unis ont adopté en 2000 l'Africa Growth and Opportunity Act (AGOA). Cette loi donne un accès préférentiel au marché américain aux pays qui libéralisent leurs échanges commerciaux, soutiennent un régime de droit et adopte des politiques d'ouverture commerciale. Bien que plus de 30 pays répondent aux critères de l'AGOA, l'Afrique ne représente que 2 % des importations de marchandises des Etats-Unis. Les ministres de l'agriculture d'Afrique occidentale et centrale réunis en Côte d'Ivoire en juin 2002 ont fait observer que les conditions dont est assorti l'AGOA sont contre-productives, car la loi permet d'exporter des textiles africains sur le marché américain en échange de l'achat de coton des Etats-Unis. L'UE ne fait guère mieux Lorsque des détracteurs reprochent aux Etats-Unis les répercussions négatives de leurs subventions, Washington renvoie souvent la critique aux 15 membres de l'UE, en affirmant que les subventions de cette région sont bien pires. D'après les estimations, les subventions et autres aides accordées aux agriculteurs de l'UE se sont l'an dernier élevées à 93 milliards de dollars -- soit près du double des 49 milliards de dollars octroyés par les Etats-Unis. Pour illustrer l'absurdité des subventions au regard du développement humain, l'économiste en chef de la Banque mondiale, Nicholas Stern, cite l'exemple d'une vache européenne, qui reçoit en moyenne 2,5 dollars de subventions par jour alors que 75 % des Africains vivent avec moins de 2 dollars par jour. Ces subventions ont permis à la région de dominer le commerce mondial même dans le cas des produits agricoles les plus inattendus. "Certaines conséquences sont bizarres, poursuit M. Stern. Nous voyons des cultures de canne à sucre en Finlande alors que les producteurs et coupeurs pauvres de canne à sucre des tropiques ont du mal à joindre les deux bouts." Bien que ses coûts de production soient plus de deux fois supérieurs à ceux de pays ayant un avantage comparatif naturel comme le Brésil, la Thaïlande et le Mozambique, l'UE est maintenant le deuxième exportateur mondial de sucre, alors qu'elle devait en importer il y a trente ans. L'UE accorde tous les ans environ 3,3 milliards de dollars d'aides aux exportations de sucre et, au milieu de l'année 2002, rémunérait ses raffineries à un prix garanti trois fois supérieur au cours mondial. D'après la Banque mondiale, le cours mondial du sucre a chuté de 17 % à cause des subventions de l'UE.
Des pays comme le Mozambique, qui s'efforce de relancer ses exportations de sucre au terme de la guerre civile, n'ont alors aucune chance. Au Mozambique, plus de 23 000 personnes travaillent dans l'industrie du sucre, qui est la plus grande source d'emplois. Le principal objectif économique du pays est de remettre en état ses raffineries et de porter à 40 000 le nombre de personnes travaillant dans ce secteur. Mais il doit faire face à l'effondrement du cours mondial et à l'incapacité de rivaliser avec l'UE, même en Afrique. L'an dernier, l'UE a exporté 770 000 tonnes de sucre en Algérie et 150 000 tonnes au Nigéria. "Il est intéressant de constater que dans les pays où il y a des subventions, les exploitants agricoles ne représentent que 5 % de la population, remarque l'Union nationale des producteurs de coton du Burkina Faso. Ici, les exploitants agricoles représentent environ 80 % d'une population qui est de plus en plus pauvre, sur des terres qui elles-mêmes s'appauvrissent, sans la moindre aide de l'Etat." Une opposition de plus en plus vive Si la question a jusqu'ici été principalement débattue dans les salles de négociations de l'OMC, la campagne contre les subventions agricoles suscite depuis peu un mouvement d'opposition mondial de plus en plus important. Qu'il s'agisse des petits exploitants agricoles de l'Afrique, des ministres, des organisations non gouvernementales, des mouvements de contestation des effets de la mondialisation et des institutions multilatérales comme la Banque mondiale, les revendications sont les mêmes : les pays industrialisés doivent renoncer aux politiques restrictives qui continuent d'empêcher les pays pauvres de bénéficier des échanges commerciaux. "Il est hypocrite de prêcher les bienfaits du libre-échange et de la libéralisation des marchés et de dresser ensuite des obstacles précisément sur ces marchés où les pays en développement ont un avantage comparatif, a déclaré M. Stern de la Banque mondiale au Centre d'études économiques de l'Université de Munich (Allemagne) en novembre dernier. Cette hypocrisie ne passe pas inaperçue dans les pays en développement." Il a fait remarquer que la Loi américaine sur les fermes et un accord européen récent visant à retarder la réforme de la politique agricole commune de l'UE "sont très préjudiciables". La réforme de cette politique devait entraîner une réduction importante des subventions. La Banque note qu'une partie de ses programmes se heurte aux effets des subventions des pays du Nord. Le Burkina Faso a par exemple subi l'an dernier un manque à gagner de 27 millions de dollars, ce qui correspond environ au montant des économies réalisées au titre du remboursement de la dette dans le cadre de l'initiative des Pays pauvres très endettés de la Banque, visant à réduire l'endettement des pays pauvres. La Banque estime que l'élimination de toutes les mesures de protection et subventions agricoles des pays riches se traduirait par une augmentation de 17 % des échanges commerciaux mondiaux. Les exportations agricoles de pays à faible et moyen revenu augmenteraient alors de 24 % et les revenus des populations rurales de ces pays de 6 %, soit environ 60 milliards de dollars. À mesure que l'opposition internationale s'intensifie, la question des subventions agricoles est maintenant fréquemment inscrite à l'ordre du jour de réunions mondiales et régionales. En juin 2002, le Premier Ministre canadien Jean Chrétien a déclaré au sommet annuel du G-8 que le plus grand service que le Nord pourrait rendre à l'Afrique serait de réduire les subventions et tarifs douaniers. Au Sommet mondial sur le développement durable tenu l'an dernier en Afrique du Sud, les négociateurs des pays en développement voulaient obtenir une déclaration demandant l'élimination rapide des subventions. Mais les représentants des pays industrialisés, principalement l'UE, ont quitté la salle de réunion. Pour exprimer leur indignation, les groupements d'agriculteurs et les organisations de la société civile ont déversé de grandes quantités de sucre européen devant les cafés fréquentés par les délégués. A Abidjan (Côte d'Ivoire), en juin, les ministres de l'agriculture de l'Afrique occidentale et centrale ont déclaré craindre que, dans les circonstances actuelles, leurs pays soient exclus du marché mondial par des pays moins compétitifs mais fortement subventionnés. Ils ont recommandé que soit créée une coalition régionale chargée de défendre les intérêts de la région au sein d'institutions multilatérales comme l'OMC. "Les activités de mobilisation et de pressions devraient s'effectuer à l'échelle internationale en ce qui concerne l'impact des politiques de subventions agricoles sur les pays d'Afrique occidentale et centrale et leur population", ont déclaré les ministres. Réparations Cependant, aucune position commune n'existe encore sur le
continent quant à la meilleure façon de chercher
à obtenir réparation de la crise actuelle. Diverses
propositions sont formulées. Des agriculteurs du Bénin,
du Burkina Faso, du Mali et du Sénégal ont récemment
demandé à leur gouvernement et à l'Union
économique et monétaire de l'Afrique de l'Ouest
de déposer à l'OMC des "requêtes"
visant à soutenir les procédures juridiques intentées
par le Brésil à l'encontre des subventions des
Etats-Unis. Oxfam note que, d'après les données
de son rapport, les producteurs de l'Afrique centrale et occidentale
sont tout à fait fondés à demander 334 millions
de dollars de réparations pour le manque à gagner
subi pendant la période 1998-2001. Champ de canne à sucre au Kenya : à cause des subventions de l'UE, les cours mondiaux du sucre ont chuté de 17 %. Photo : ©Charlotte Thege Aucun pays africain n'a encore intenté de poursuites judiciaires contre les subventions agricoles à l'OMC. Bon nombre d'entre eux sont à court de liquidités et dépendent de l'aide et de la réduction de la dette provenant des pays mêmes auxquels ils s'attaqueraient. Beaucoup redoutent également les risques de représailles. Au lieu de s'attaquer directement aux pays industrialisés, d'autres personnes, dont M. Diop de la société cotonnière d'Etat du Sénégal, propose de négocier avec les pays industrialisés en vue d'obtenir réparation des pertes subies à cause de leurs subventions. Certains pays africains ont essayé de protéger leurs marchés intérieurs vulnérables en augmentant les impositions à l'importation. Le Sénégal a imposé une surtaxe de 20 % sur le riz à bas prix qui a envahi le marché lorsque le pays a réduit de 10 % ses tarifs douaniers en 1995. Pour empêcher leur industrie du coton de s'effondrer, des pays d'Afrique occidentale et centrale octroient tous les ans des subventions d'environ 60 millions de dollars. Mais ces dépenses sont limitées, les gouvernements devant également financer des domaines prioritaires comme la santé et l'éducation. En outre, à cause des conditions imposées dans le cadre des réformes économiques du FMI, les dépenses publiques ne peuvent dépasser certaines cibles budgétaires convenues. Une autre possibilité consiste à continuer à négocier de nouvelles conditions plus favorables, lors des pourparlers actuellement consacrés à l'accord sur l'agriculture de l'OMC. Lors de ces négociations, les pays en développement essaient d'obtenir un calendrier contraignant portant sur l'élimination des subventions. "Ce qui nous dégoûte, c'est que les réglementations interdisant les subventions ont été soutenues et mises en place au sein de l'OMC par les mêmes puissances qui subventionnent aujourd'hui leurs exploitants agricoles, note le Ministre de l'agriculture du Burkina Faso, Salif Diallo. Il y a un problème quelque part."
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