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Afrique Relance, Vol.16#1 (avril 2002), page 16

Restructuration de la dette ou remise à flot des économies ?

Rares sont ceux qui s'accordent sur les raisons de la débâcle qu'a connue l'Argentine. De même, il est difficile de s'entendre sur la stratégie à adopter pour prévenir des crises similaires ou y faire face une fois qu'elles se déclarent. Après la débâcle qu'a connue l'Asie de l'Est en 1997-1998, le FMI a fait l'objet de critiques sans précédent, qui ont porté non seulement sur ses recommandations politiques, mais ont aussi mis en doute la capacité des institutions financières à faire face à une économie mondiale aussi instable. Mais à mesure que la crise s'est résorbée, il n'a plus été réellement question de réformer "l'architecture financière internationale". Compte tenu du ralentissement économique mondial de l'an dernier -- aggravé par les attentats terroristes de septembre et la crise en Argentine -- ces discussions sont revenues à l'ordre du jour mais seulement ponctuellement pour l'instant.

Le débat porte notamment sur les dettes extérieures de grandes économies en difficulté. Au Mexique, en Indonésie, en Turquie, au Brésil et dans quelques autres pays, le FMI a souvent offert des prêts considérables afin d'éviter qu'un pays ne cesse d'assurer le service de sa dette ou que l'instabilité financière ne s'étende à d'autres pays, en échange de quoi il a demandé aux bénéficiaires d'adopter des mesures d'austérité très rigoureuses. Toutefois, ces mesures ont souvent été critiquées : certains estiment qu'il s'agit d'argent dépensé en pure perte ou que des fonds publics servent à "sortir d'affaire" des créanciers privés, qui savaient souvent très bien à quels risques ils s'exposaient. En outre, étant donné la fréquence des crises financières et la réticence des hommes politiques du G-7 à augmenter le budget du FMI, d'aucuns craignent que les ressources limitées de cette institution soient mises à rude épreuve.

Le premier signe d'un éventuel changement d'orientation est apparu au milieu de l'année 2001, lorsque le FMI et le Ministère des finances américain ont refusé de proposer un prêt de grande ampleur à l'Argentine. Les risques de contagion semblaient les préoccuper moins qu'avant. A ce jour, les répercussions internationales de la crise en Argentine ont d'ailleurs été limitées, si ce n'est pour quelques pays voisins.

Puis, dans deux grands discours prononcés fin 2001, Mme Anne Krueger, Directrice générale adjointe du FMI, a suscité de nombreux débats en proposant une nouvelle formule. Elle a suggéré que l'on donne aux pays qui ne peuvent pas assurer le service de leurs dettes la possibilité de faire une demande de protection internationale contre la faillite. Ce système, qui s'inspirerait des lois nationales sur la faillite qui protègent les débiteurs, personnes physiques ou entreprises, afin d'éviter qu'ils ne perdent tous leurs biens au profit de leurs créanciers, permettrait "d'arrêter temporairement les remboursements de la dette", pendant qu'une instance d'arbitrage négocierait une "restructuration" des obligations d'un pays vis à vis de ses principaux créanciers.

Mme Krueger a indiqué que, tout comme dans un tribunal national des faillites, un tel processus obligerait le pays débiteur à négocier "en toute bonne foi" pour effectuer au moins un remboursement partiel. Tout accord conclu avec de grandes banques créancières et institutions financières serait alors contraignant pour tous les créanciers de ce pays, y compris les "vautours" qui spéculent sur le marché secondaire de la dette des pays en développement.

Lors d'un débat consacré à cette proposition qui s'est déroulé au siège de l'ONU en janvier 2002, M. Michael Chamberlin, Directeur exécutif de l'Emerging Markets Traders Association (Etats-Unis), a qualifié la proposition de Mme Krueger de "pas dans la mauvaise direction" et même de "très mauvaise idée". M. Frank Fernandez, économiste en chef de la Securities Industry Association, a également rejeté cette idée, en affirmant qu'elle "dissuaderait ceux qui investissent" dans les marchés émergents. "La meilleure chose que nous puissions faire, a-t-il dit, est d'enterrer cette proposition."

En revanche, les Gouvernements des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la France se sont déclarés intéressés par ces recommandations. De même, un certain nombre d'analystes et d'organisations non gouvernementales (ONG) qui militent depuis longtemps en faveur de l'allégement de la dette des pays en développement se sont félicités de cette proposition, bien qu'ils accueillent généralement avec scepticisme les politiques du FMI. M. Jeffrey Sachs, chef du Centre for International Development de l'Université d'Harvard, a indiqué peu après le premier discours de Mme Krueger qu'il préconisait une formule de ce type depuis 15 ans. Il s'est déclaré "heureux et surpris que des progrès aussi importants aient été faits en si peu de temps".

M. Jürgen Kaiser, coordonnateur de la campagne allemande du Jubilé -- mouvement d'opposition à la dette -- a qualifié la proposition de Mme Krueger de "bonne idée". Il a toutefois demandé pourquoi une telle formule devrait ne s'appliquer qu'aux pays à revenu moyen et il a recommandé qu'on l'étende aux pays pauvres qui ont aussi des dettes intenables. "Nous devons disposer d'un cadre souple", a-t-il déclaré lors du débat organisé par l'ONU. Il a également demandé que les dettes dues au FMI puissent bénéficier de cette restructuration et il a fait valoir, en accord avec certains responsables du FMI, que le Fonds ne devrait pas faire office de cour d'arbitrage puisqu'il est lui-même un créancier important. M. Kaiser et d'autres militants des ONG ont proposé qu'un organisme plus neutre et indépendant soit mis sur pied, de préférence sous les auspices de l'ONU.

Inquiètes des résultats limités qu'ont les programmes actuels d'allégement de la dette, les ONG africaines demandent qu'un organisme indépendant apparenté à l'ONU contribue à l'annulation des dettes. Pour venir à bout de l'endettement de l'Afrique, a déclaré Mme Eunice Mafundikwa de l'African Forum on Debt and Development (AFRODAD) (Zimbabwe), "il faut qu'un traité prévoie la création d'un mécanisme d'arbitrage de la dette". Les pays africains demanderaient auprès de cette instance l'annulation de dettes héritées d'anciens dictateurs ou accumulées à cause de mauvais projets et programmes préconisés par le FMI, la Banque mondiale et d'autres institutions donatrices.



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