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Ces articles sur les enfants africains, ainsi que beaucoup d'autres publiés sur le même thème dans Afrique Relance au cours des deux dernières années, sont réunis dans un numéro spécial de 32 pages paru à l'occasion de la session extraordinaire des Nations Unies consacrée aux enfants, qui a lieu à New York. Pour recevoir ce numéro spécial, adressez votre demande à l':
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Afrique Relance, Vol.16#1 (avril 2002), page 6

Une décennie difficile pour les enfants d'Afrique

Victimes de la pauvreté, de la maladie, de la guerre et de la pénurie d'aide

Par Michael Fleshman

Plus de dix ans après que les dirigeants mondiaux se sont réunis à l'occasion du Sommet mondial pour les enfants de 1990 afin d'adopter des objectifs ambitieux en vue d'améliorer la santé infantile et la protection de l'enfance, des dizaines de millions d'Africains, parmi les plus jeunes et les plus vulnérables de la population du continent, continuent de mener une vie difficile et dangereuse qui, bien trop souvent, s'achève prématurément. Malgré la prospérité sans précédent que le monde a connue au cours des années 90, et malgré les modestes progrès dont ont bénéficié les enfants de certains pays d'Afrique, les enfants d'Afrique subsaharienne ont davantage de risques d'être malades que les enfants de toute autre région. Ils ont par ailleurs moins de chances d'être scolarisés et risquent davantage de mourir avant d'atteindre l'âge de 5 ans. Les enfants africains et leurs parents, pris dans un engrenage de guerre, de maladies et de pauvreté toujours plus grande, se trouvaient, dans une certaine mesure, en plus mauvaise posture à la fin de la décennie qu'ils ne l'avaient été au début.

"Les enfants africains sont les plus mal lotis du monde", a indiqué l'ancien Secrétaire général de l'Organisation de l'unité africaine, Salim Ahmed Salim lors d'un Forum panafricain sur les enfants qui s'est tenu en mai 2001. "Et l'écart qui existe entre les taux de survie, d'éducation et de développement des enfants d'Afrique par rapport aux enfants d'autres continents ne cesse de se creuser." La réduction de cet écart sera de nouveau à l'ordre du jour de la communauté internationale au mois de mai, lorsque les chefs d'Etat et de gouvernement se réuniront au siège de l'ONU pour assister à la session extraordinaire de l'Assemblée générale consacrée aux enfants afin de faire le point sur la réalisation des objectifs qui avaient été fixés lors du sommet de 1990. Les dirigeants s'engageront à bâtir "un monde digne des enfants" au cours du nouveau millénaire, mais c'est en Afrique que cet objectif sera le plus difficile à réaliser.

Le retard pris

Les statistiques mettent tristement en évidence la situation tragique des enfants africains. Au cours d'une décennie pendant laquelle plus de 100 pays sont parvenus à réduire d'au moins 20 % (voir graphique) les taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans, l'Afrique -- indique le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) -- n'a connu dans son ensemble qu'une baisse de 3 % de ce taux, et dans neuf pays d'Afrique ces taux ont en fait augmenté. Le taux global de mortalité des enfants de moins de 5 ans en Afrique subsaharienne (175 o/oo en 2000), était plus de deux fois supérieur au taux moyen dans le monde (81 o/oo) et près de 30 fois supérieur à celui des pays développés.

Les statistiques concernant un autre indicateur clef du bien-être des enfants et de leurs familles, à savoir, la mortalité liée à la maternité, sont tout aussi alarmantes. Près de la moitié des quelque 515 000 femmes qui meurent tous les ans pendant leur grossesse ou en couches sont des Africaines. Avec 1 100 morts pour 100 000 naissances, les femmes africaines risquent presque trois fois plus de mourir en couches que les femmes d'Asie du Sud -- région où les taux de mortalité liée à la maternité sont les plus élevés du monde après ceux de l'Afrique. Selon une étude menée par l'ONU en 1995, une femme sur 13 en Afrique meurt pendant la grossesse ou en couches alors que dans les pays industrialisés, la proportion est d'une femme sur 4 085.

La malnutrition chronique reste chose courante en Afrique et l'objectif d'une réduction de 50 % de la malnutrition chez les enfants âgés de moins de 5 ans est encore loin d'être atteint. Un Africain sur 3 souffre de malnutrition et bien que la situation se soit améliorée dans certains pays, le nombre absolu d'enfants qui souffrent de la faim a augmenté au cours de la décennie. Les statistiques portant sur les insuffisances pondérales à la naissance révèlent qu'en Afrique chaque année, un bébé sur 8, selon les estimations -- soit 3,1 millions de nourrissons -- vient au monde avec un poids insuffisant.

"Le bien-être des enfants dans le monde à la veille de la session extraordinaire est très inégal", a expliqué à Afrique Relance Carol Bellamy, la Directrice générale de l'UNICEF. "Mais quand il s'agit des enfants africains le tableau n'a rien d'inégal. En général, la situation est franchement mauvaise."


Un enfant sur trois en Afrique souffre de malnutrition.

Photo : ©ONU / Evan Schneider


Mais il n'y a pas que de mauvaises nouvelles. Le nombre d'élèves inscrits dans les écoles primaires en Afrique est passé de 54 % en 1990 à 60 % en 1998. Des progrès importants ont été faits dans la lutte contre la poliomyélite en Afrique et dans d'autres régions en développement, 3 500 cas seulement ayant été signalés dans le monde en 2000 alors qu'il y en avait plus de 344 000 en 1988. Les carences en vitamine A et en iode, causes principales de cécité et d'arriération mentale chez les enfants, ont aussi beaucoup diminué en Afrique au cours des dix dernières années grâce à des campagnes d'éradication suivies. Les cas de dracunculose ont baissé de 88 % -- ce qui est remarquable -- et la plupart des nouveaux cas sont signalés uniquement au Soudan -- pays ravagé par la guerre.

Toutefois, même les bonnes nouvelles perdent de leur force quand on considère les difficultés que traverse l'Afrique au quotidien. Bien que la poliomyélite par exemple ait été éradiquée dans tous les pays du monde à l'exception de 20 pays au cours de la dernière décennie, 16 des pays les plus touchés par la maladie se trouvent en Afrique. Le nombre d'élèves inscrits dans l'enseignement primaire en Afrique subsaharienne, bien qu'il ait augmenté de 6 % ces dernières années, reste de loin le plus faible du monde et tout au long de la dernière décennie le nombre de filles inscrites à l'école a été de 7 % inférieur à celui des garçons.

Soixante-douze pour cent des enfants dans le monde sont immunisés contre trois maladies mortelles courantes -- la diphtérie, la coqueluche et le tétanos -- mais en Afrique le pourcentage d'enfants vaccinés a en fait baissé au cours des années 90 et il est maintenant de seulement 46 %. Ce recul s'est produit en dépit de progrès qui ont permis de compenser en partie le fléchissement -- 13 pays d'Afrique étant parvenus à l'objectif d'une couverture à 80 %. La rougeole, un autre fléau très ancien, a régressé des deux tiers environ dans le monde au cours de la dernière décennie mais reste aujourd'hui l'une des cinq principales causes de décès des enfants en Afrique. Une étude menée en 1998 par l'UNICEF a conclu que la moitié à peine des enfants d'Afrique ont été immunisés contre cette maladie bien que le vaccin soit peu coûteux et très efficace.

La mise au point d'un vaccin destiné à une autre maladie qui cause un très grand nombre de décès parmi les enfants d'Afrique -- la méningite -- n'avance plus depuis des années -- non pas en raison de difficultés techniques mais en raison de son manque de rentabilité. En annonçant au début de l'année que la Fondation Bill et Melinda Gates allait faire un don de 70 millions de dollars pour financer la mise au point du vaccin (voir Afrique Relance, juin 2001), le directeur de l'organisation non gouvernementale, Programme de technologie sanitaire appropriée, a constaté qu'en raison de l'absence d'un marché de consommation pour les médicaments en Afrique "le secteur privé n'est pas très encouragé à mettre au point le vaccin".

Le sida et la guerre

Au cours des années 90, les enfants africains ont été aux prises avec deux autres catastrophes en grande partie imprévues : le sida et la guerre. Sur les 580 000 morts de moins de 15 ans qu'a faits le sida en 2001, 500 000 -- soit près de 9 sur 10 -- chiffre astronomique -- étaient des Africains. Sur les 2,7 millions de séropositifs âgés de moins de 15 ans dans le monde en 2001, 2,4 millions se trouvaient en Afrique. Le nombre de personnes infectées par la tuberculose, étroitement liée au VIH/sida, a également fait un bond et le nombre de cas en Afrique est passé de 16 pour 100 000 en 1993 à 52 pour 100 000 à la fin de 1999. Sur plus de 13 millions d'enfants dans le monde qui ont perdu un de leur parents ou les deux à cause du sida, plus de 12 millions sont des Africains

La pandémie a eu des conséquences désastreuses pour les enfants du fait que les personnes qui comptent le plus pour les jeunes -- parents, enseignants, docteurs, camarades et frères et soeurs -- tombent malade puis meurent, entraînant ainsi l'éclatement de familles et de communautés très unies. Dans les pays les plus éprouvés, a indiqué Mme Bellamy, le sida a affaibli l'Etat. "Je ne parle pas de la maladie même, a-t-elle expliqué, mais des répercussions qu'elle a lorsque le personnel soignant succombe et que la prestation de soins de santé et d'autres services essentiels s'en ressent." Les services de santé en particulier, a-t-elle noté, "sont généralement moins productifs maintenant qu'ils ne l'étaient il y a 10 ans dans un grand nombre de pays." Un grand nombre d'enfants -- lorsqu'ils perdent leurs parents -- se retrouvent dans la misère la plus totale et doivent renoncer à l'enseignement de type scolaire; leurs perspectives d'avenir s'en trouvent menacées alors que les économies perdent du terrain et que les progrès en matière de développement obtenus au terme de décennies de durs efforts s'estompent.


Selon le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, les objectifs que la communauté internationale s'est fixés pour les enfants "ne répondent plus aux attentes en raison principalement de l'insuffisance des investissements".

La guerre a également anéanti les progrès dont avaient bénéficié les enfants dans un grand nombre de pays d'Afrique. Dans le rapport qu'il a présenté sur la réalisation des objectifs adoptés lors du Sommet de 1990, le Secrétaire général, Kofi Annan note qu'à l'époque, "la guerre froide venait de prendre fin et on avait bon espoir de voir à nouveau régner la paix". La paix devait mettre fin au bouleversement économique et social résultant de la guerre, permettre la réduction des budgets militaires et davantage d'investissements en faveur des enfants. Au lieu de cela, poursuit-il, "le monde s'est livré pendant une décennie à des conflits ethniques et à des guerres civiles marquées par une violence systématique de grande ampleur à l'encontre des enfants Depuis le sommet, les enfants ont sans doute été plus nombreux à souffrir des conflits armés et de la violence que pendant toute autre période comparable de l'histoire.

Aucun conflit au monde n'a eu des retombées aussi catastrophiques sur les enfants que le conflit qui sévit dans l'Est de la République démocratique du Congo, où l'on estime à 2,5 millions le nombre de décès dus aux hostilités qui ont commencé en 1998 -- les victimes étant des femmes et des enfants en grande majorité. En 1999, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés a indiqué que sur les 10 pays produisant le plus grand nombre de réfugiés dans le monde, 6 étaient des pays d'Afrique et que plus de 6 millions d'Africains au total avaient été déplacés à la suite des conflits.

Les enfants ne sont pas uniquement ciblés par la violence, il arrive qu'ils commettent eux-mêmes des violences lorsqu'ils sont enrôlés de force aussi bien par l'armée du gouvernement que par les forces des rebelles et sont parfois contraints de commettre des atrocités contre des membres de leur propre famille (voir Afrique Relance, octobre 2001). La Coalition non gouvernementale pour mettre fin à l'utilisation d'enfants soldats estime qu'à l'heure actuelle il y a 10 pays d'Afrique où des enfants âgés de 15 ans ou moins prennent part à des combats et que, dans d'autres pays, des enfants sont en service actif.

Comme l'a indiqué M. Annan dans son rapport historique de 1998 sur les causes des conflits en Afrique, la guerre a des retentissements sur pratiquement toutes les questions sociales et économiques qui concernent les enfants. Elle immobilise des services éducatifs et sanitaires essentiels et les ressources de développement -- déjà limitées -- sont affectées à la guerre. Des communautés entières sont déracinées et perdent leurs ressources lorsqu'elles perdent leur gagne-pain -- les femmes et les enfants en particulier se retrouvent ainsi à la merci des agressions sexuelles et de l'exploitation, de la faim et de la maladie. Les conflits qui ont embrasé certaines régions d'Afrique au cours des années 90 ont considérablement freiné les progrès d'un grand nombre d'enfants. Les effets fragilisants que les guerres de la dernière décennie ont eus sur ces enfants, sur leurs familles et sur les perspectives de développement de leurs pays dureront encore longtemps après le début de la nouvelle décennie.

'Le manque d'investissements'

Le plus grand obstacle à l'amélioration de la situation des enfants en Afrique et dans d'autres régions en développement, affirme le rapport du Secrétaire général, est la pauvreté. La Banque mondiale estime à environ 70 millions le nombre d'Africains qui, au cours des années 90, sont allés grossir les rangs des indigents. Le nombre d'enfants et d'adultes africains qui arrivent tout juste à survivre est ainsi passé à 300 millions environ. Une étude menée en 1998 dans les pays où vivent 60 % de la population africaine a conclu que plus de la moitié des personnes sur lesquelles l'enquête avait porté subsistaient avec des revenus d'à peine 67 cents par jour. Il n'est donc pas étonnant que les enfants africains n'aient pas réussi à progresser au même rythme que les enfants d'autres régions.

Le rapport de M. Annan indique clairement que le problème n'est pas venu de l'absence d'argent mais plutôt du manque de volonté.

"A une époque de prospérité sans précédent pour la planète... 1,2 milliard de personnes environ vivent -- selon les termes de la Banque mondiale -- dans la pauvreté absolue, privés de toute dignité humaine alors qu'ils peinent pour survivre avec 1 dollar par jour, dans des souffrances et un dénuement pratiquement inimaginables. La moitié de ces personnes sont des enfants." Si la communauté internationale n'a pas réussi à atteindre les objectifs qu'elle s'était fixés en ce qui concerne les enfants, ce n'est pas "parce que ces objectifs étaient trop ambitieux ou impossibles à atteindre sur le plan technique", conclut le rapport du Secrétaire général. "Si elle n'a pas réussi, c'est en grande partie en raison du manque d'investissements."

Ce sont les enfants d'Afrique qui ont souffert le plus de ce manque d'investissements. Selon Mme Bellamy, les dirigeants africains en sont en partie responsables. "Il faut que les pays d'Afrique montrent la voie en investissant dans les enfants. Malheureusement il y a trop de pays, même parmi les plus pauvres et les plus endettés, qui sont en guerre... Les dirigeants doivent faire des choix et ils choisissent rarement d'investir dans leur population." Les femmes, dont le sort est le plus étroitement lié à celui des enfants, continuent d'être victimes d'une discrimination économique et sociale et d'une marginalisation politique. Un grand nombre de hauts dirigeants africains ont mis longtemps à reconnaître la gravité de la pandémie de sida et à mettre en place des programmes d'éducation et de prévention.

Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques des pays industrialisés (OCDE), au cours des années 90 les pays en développement n'ont consacré qu'entre 12 et 14 % de leurs budgets nationaux aux services sociaux de base -- santé, éducation, nutrition, services d'assainissement et eau potable -- dont les enfants sont les principaux bénéficiaires. Ce chiffre est bien inférieur à l'objectif de 20 % qui avait été établi en 1995 lors du Sommet mondial pour le développement social, pour les dépenses à consacrer aux services sociaux.

On peut adresser la même critique aux dirigeants d'un grand nombre de pays industrialisés qui ont connu une décennie de prospérité sans précédent dans le Nord mais n'ont pas mis de frein à l'appauvrissement toujours plus grand de l'Afrique et de ses enfants. A dire vrai, selon de nombreux dirigeants africains, économistes et défenseurs de la société civile, les injustices liées à la nouvelle économie mondiale, notamment le fardeau de la dette, les barrières commerciales imposées par le Nord, l'absence de capitaux d'investissement et la baisse de l'aide, n'ont fait qu'accélérer la marginalisation de l'Afrique et compromettre encore davantage les perspectives d'avenir de ses enfants. Selon eux, si les enfants africains n'ont pas prospéré au cours de la dernière décennie c'est aussi parce que le continent n'a pas progressé sur le plan économique pendant la prospérité des années 90, malgré les retombées positives que promettaient les marchés libres et le libre-échange.

Bien qu'une économie globale et mondialisée se chiffrant à 30 000 milliards de dollars ait été en place à la fin de la décennie, et bien que le Mozambique et quelques autres pays aient connu une croissance remarquable, les économies de l'Afrique subsaharienne ont dans l'ensemble piétiné, le produit intérieur brut par habitant ayant diminué de 0,7 % entre 1988 et 1999. Les statistiques de la Banque mondiale indiquent que, de ce fait, le PNB par habitant en Afrique (exception faite de l'Afrique du Sud), qui avait déjà reculé de 509 dollars en 1980 à 381 dollars en 1990, est tombé à 323 dollars à peine en 1999. Le ralentissement de l'activité économique s'est manifesté par la baisse d'un autre indicateur important de la prospérité, à savoir, le taux de consommation par habitant, qui est passé de 324 dollars en 1990 -- moins d'un dollar par jour -- à seulement 281 dollars en 1999.

Le fossé s'est creusé entre les riches et les pauvres

Le recul économique de l'Afrique s'est accompagné d'une baisse continue de l'aide publique au développement (APD) fournie par les pays riches. En 1993, 28 % environ de l'APD allait à l'Afrique. En 1998 le pourcentage n'était plus que de 24 %. Au cours de cette même période, l'APD est passée de 9,4 % à 7 % du PIB des pays qui en bénéficiaient. Il est intéressant de noter que, selon le Comité d'aide au développement des pays donateurs, c'est dans les pays qui en avaient le plus besoin que la baisse de l'APD a été la plus forte -- c'est à dire, les pays où les taux de mortalité infantile, de malnutrition et d'analphabétisme sont les plus élevés.

En tout état de cause, lorsqu'une aide au développement a été offerte à l'Afrique, elle a rarement été destinée aux besoins des enfants. Au cours de la dernière décennie, à peine 10 % environ de l'APD ont été affectés aux services sociaux de base, en particulier à la santé et à l'éducation, dont les enfants sont les plus grands bénéficiaires. Ces services essentiels ont souvent fait l'objet de sérieuses compressions budgétaires au cours des années 80 dans le cadre des programmes d'ajustement structurel du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, et sont restés de moindre priorité aussi bien pour les gouvernements africains que pour les donateurs au cours de la dernière décennie. "Ceci est difficile à comprendre", insiste le rapport du Secrétaire général, "compte tenu du consensus international en ce qui concerne l'utilité d''un investissement dans les enfants.'"

La dette a empêché davantage l'Afrique de financer le développement de ses enfants. Entre 1980 et 1998, la dette extérieure de l'Afrique a pratiquement quadruplé pour dépasser 230 milliards de dollars, obligeant de nombreux pays d'Afrique à débourser davantage -- souvent bien davantage -- pour assurer le service de leur dette que pour la santé et l'éducation (voir graphique). La Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement a indiqué l'année dernière que, dans l'ensemble, "pour chaque dollar d'entrées nettes de capitaux en Afrique subsaharienne en provenance du reste du monde, 1,06 dollar est sorti Ces chiffres indiquent un transfert net de ressources réelles de l'Afrique subsaharienne en direction du reste du monde".

C'est ainsi, constate le rapport de M. Annan, que "Le fossé continue de se creuser entre pays pauvres et pays riches. Entre 1960 et 1995, l'écart entre les revenus par habitant dans les pays industrialisés et dans les pays en développement a plus que triplé. Jamais dans l'histoire on n'a vu de pareils chiffres. Et jamais on n'a vu l'aide globale destinée aux pays les plus nécessiteux de la planète tomber à des niveaux aussi faibles que ceux des dernières années".

Faire en sorte que le monde soit digne des enfants

Si au cours de la dernière décennie peu de progrès ont été faits en faveur des enfants d'Afrique, il y a des raisons d'espérer que les choses iront mieux au cours des dix prochaines années. Au Mali et dans d'autres pays (voir article "Sante des enfants : légère amélioration au Mali"), le gouvernement et la société civile ont instauré de nouvelles alliances afin de mettre en échec la progression du VIH/sida et d'autres maladies, de renforcer le système sanitaire et le système d'enseignement, d'ouvrir le processus politique et de renforcer la transparence et l'obligation redditionnelle au niveau de l'élaboration du budget et de la gouvernance. Les efforts déployés par certains des pays ont été consolidés par l'adoption par les gouvernements et les ONG d'une position commune africaine lors du Forum panafricain sur les enfants qui s'est tenu au Caire l'an dernier. La déclaration a affirmé les droits des enfants à la santé, à l'éducation et à la paix et elle a indiqué que "les problèmes des enfants et des adolescents d'Afrique doivent être au centre des préoccupations de la communauté internationale". Les initiatives africaines de rétablissement de la paix et de maintien de la paix sont devenues plus musclées et plus efficaces ces dernières années. Elles ont ainsi amélioré les chances de mettre fin aux conflits effroyables que connaissent l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale et elles font pendant aux efforts déployés par l'ONU pour améliorer l'efficacité de ses mécanismes de maintien de la paix et de rétablissement de la paix.

Sur le plan extérieur, on peut aussi noter de modestes signes d'amélioration. Au lendemain de la réunion infructueuse de l'Organisation mondiale du commerce qui s'est tenue à Seattle en 1999, l'Union européenne et les Etats-Unis ont progressivement commencé à ouvrir leurs marchés aux exportations africaines en réduisant les droits de douane sur un nombre croissant de produits et en augmentant les programmes d'assistance technique et de renforcement des capacités. L'allégement de la dette, même s'il est hésitant et fragmentaire, a commencé à toucher certains des pays les plus pauvres d'Afrique, libérant ainsi des ressources supplémentaires en faveur des enfants. En Ouganda, par exemple, les économies réalisées grâce à l'allégement de la dette servent à financer l'expansion de l'enseignement primaire ainsi qu'une campagne nationale visant à combler l'écart entre la scolarisation des filles et celle des garçons.

Malgré le choc économique qu'ont provoqué les attentats du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis et l'intensification de la récession mondiale, la réforme du système financier multilatéral et l'appui accru en faveur des programmes de prévention et de traitement du sida en Afrique restent à l'ordre du jour de la communauté internationale. Ceci est vrai en partie parce qu'une coalition mondiale composée d'organisations non gouvernementales du Nord et du Sud et de groupes de la société civile s'est constituée pour encourager les gouvernements des pays nantis et les institutions financières internationales à étendre l'allégement de la dette, à accroître l'aide au développement et à donner à la réduction de la pauvreté une place centrale dans le système économique mondial. Il reste toutefois à voir si les gouvernements africains, leurs partenaires fournisseurs d'aide et le secteur privé seront en mesure de produire les ressources et de mobiliser la volonté politique nécessaires à la création d'une base économique durable qui permette aux enfants africains de progresser.

En 1990, la communauté internationale a déclaré, "Nos nations, si elles agissent de concert, ont les moyens et la connaissance nécessaires pour protéger les vies des enfants et réduire considérablement les souffrances que ceux-ci endurent". Douze ans après, il ne fait aucun doute que les dirigeants du monde n'ont dans l'ensemble pas réussi à tenir les promesses qu'ils avaient faites d'améliorer la vie des enfants d'Afrique. Il reste encore à voir si, cette fois-ci, ils réussiront à obtenir les moyens nécessaires et à faire appel à leurs connaissances pour tenir leurs promesses. Les enfants africains et leurs parents suivront de près la situation.



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