

|
Afrique Relance, Vol.16#1 (avril 2002), page 3 L'aide à l'Afrique va-t-elle augmenter ? A Monterrey, l'Union européenne et les Etats-Unis ont promis d'accroître leur aide Par Tim Wall à Monterrey Si les engagements pris lors d'un sommet organisé par l'ONU à Monterrey (Mexique) se concrétisent, l'aide accordée à l'Afrique (voir graphique ) et aux autres régions en développement pourrait bien cesser de diminuer. Comme l'a rappelé le Président du Nigéria, Olusegun Obasanjo, lors de la Conférence internationale sur le financement du développement qui s'est tenue du 18 au 22 mars, au cours des dernières années, "des quantités importantes de capitaux qui devaient servir à financer le développement, en particulier celui de l'Afrique, ont été réaffectées au financement de programmes dans d'autres régions du monde". Toutefois, à Monterrey, l'Union européenne a annoncé qu'elle allait commencer à augmenter les sommes qu'elle alloue annuellement à l'aide publique au développement (APD). Actuellement, l'Union y consacre en moyenne environ 0,33 % de son produit national brut (PNB), proportion qui devrait passer à 0, 39 % d'ici à 2006. Il lui faudra pour cela débourser 20 milliards de dollars supplémentaires d'ici à 2006. Avant la conférence, le Premier Ministre britannique Tony Blair, qui a déclaré que l'Afrique aurait valeur de grande priorité lors de son second mandat, s'est engagé à faire en sorte que le Groupe des Huit pays les plus industrialisés et l'Organisation de coopération et de développement économiques améliorent leur partenariat avec l'Afrique. La communauté internationale dispose de "la meilleure chance qui lui ait été donnée depuis fort longtemps" de lutter contre la pauvreté en Afrique, a-t-il déclaré en février, juste avant de se rendre en visite dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest.
Photo : ©Nations Unies Les Etats-Unis, pour leur part, ont annoncé qu'ils augmenteraient progressivement leurs dépenses au titre de l'APD pour les faire passer d'un peu plus de 10 milliards de dollars par an (leur niveau actuel) à 15 milliards de dollars d'ici à 2006. Ces sommes supplémentaires, qui alimenteront un "Fonds du millénaire", s'élèveront en tout à 10 milliards de dollars entre la fin de l'année 2003 et la fin de l'année 2006, d'après ce qu'a expliqué le Ministre américain des finances, Paul O'Neill, lors d'une séance d'information avec la presse à Monterrey. Par ailleurs, le Président des Etats-Unis, George W. Bush, a explicitement mentionné l'aide à l'Afrique et le financement de la lutte contre le sida lorsqu'il a annoncé ce programme quelques jours avant l'ouverture de la conférence. Il a cité des cas de réussite dans lesquels l'aide s'est appuyée sur des politiques nationales musclées, dans des pays comme le Mozambique et l'Ouganda. Le Président Bush, tout comme le Ministre des finances O'Neill, a insisté sur le fait que seuls les pays qui satisfaisaient les critères des Etats-Unis en matière de gouvernance, de transparence et d'intégrité budgétaire recevraient une aide. Limites et conditions A la conférence de Monterrey, le Président de l'Afrique du Sud, Thabo Mbeki, s'est félicité des déclarations faites par l'Union européenne et par les Etats-Unis. Toutefois, avec le Président Obasanjo et le Secrétaire général adjoint de l'Organisation de l'unité africaine Vijay Makhan, il a noté que l'objectif fixé à l'échelle internationale en matière d'aide est de 0,7 % du PNB des pays donateurs. Si l'Union européenne augmente son aide comme elle l'a promis, cette aide restera inférieure à 0,4 % du PNB. Avec leur programme, les Etats-Unis ne consacreraient que 0,15 % de leur PNB à l'aide. Le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a de nouveau appelé à doubler les niveaux actuels d'aide dans le monde pour les faire passer de 50 milliards à 100 milliards de dollars par an. Ainsi, l'APD passerait de 0,25 % à 0,5 % du PNB des pays donateurs. A Monterrey on s'est également inquiété du fait que l'aide soit subordonnée à davantage de conditions et que l'on se serve de la promesse d'aide, ou de la menace de retrait de l'aide, pour influencer les décisions prises par les pouvoirs publics des pays bénéficiaires. Les Etats-Unis ont assuré que le Fonds du millénaire ne serait accessible qu'aux pays qui satisfont aux critères rigoureux imposés par les Etats-Unis. Un grand nombre d'observateurs ont estimé que cette exigence allait à l'encontre des déclarations faites par les ministres européens de la coopération au développement, selon lesquels l'aide ne donne de bons résultats que lorsque la population locale maîtrise pleinement la conception et la mise en oeuvre des programmes. Toutefois, à Monterrey, au moins un haut responsable du développement a fait valoir que les Etats-Unis insistent maintenant tout autant que la Banque mondiale, l'Union européenne et d'autres donateurs sur le lien qui existe entre l'aide et le développement et l'élimination de la pauvreté. Selon ce fonctionnaire, puisque auparavant les Etats-Unis offraient souvent leur aide sur la base de considérations géopolitiques, les directives présentées par les Etats-Unis à Monterrey constituent un pas dans la bonne direction. Acceptation de la responsabilité Dans le discours qu'il a prononcé lors de la séance inaugurale, M. Trevor Manuel (Afrique du Sud) a fait valoir que les pays en développement acceptent la responsabilité de leur développement socioéconomique. Ils reconnaissent également l'importance de politiques nationales judicieuses et d'une bonne gouvernance, qu'ils considèrent comme indispensables à la réduction de la pauvreté et à une croissance nationale soutenue. (M. Manuel a pris la parole à Monterrey en qualité de Ministre des finances de son pays, de Président du Comité mixte de développement de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international et d'envoyé spécial du Secrétaire général de l'ONU pour le financement du développement.) M. Manuel a noté que ces principes font partie intégrante du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), en faveur duquel les Présidents Mbeki et Obasanjo et une dizaine d'autres dirigeants oeuvrent actuellement. Selon M. Manuel, le consensus auquel on est parvenu à Monterrey consacre en quelque sorte un partenariat Nord-Sud, dans le cadre duquel les pays en développement acceptent d'instaurer de bonnes politiques nationales et les pays développés acceptent de leur fournir les ressources, et notamment l'aide, nécessaires. Ce consensus, a-t-il ajouté, suppose notamment que les pays en développement puissent participer davantage à la prise de décisions économiques à l'échelle internationale. "La réforme de la politique financière internationale est essentielle si l'on veut que les pays en développement puissent tirer parti de la mondialisation en y participant." Tout en félicitant les bailleurs de fonds de s'être engagés à verser une aide plus importante, le Secrétaire général de l'ONU a demandé que l'on améliore les débouchés commerciaux dont disposent les pays en développement. "Nous ne pouvons plus continuer à reprendre d'une main, a-t-il dit, ce que nous donnons de l'autre", en imposant des obstacles déloyaux aux exportations des pays en développement vers les marchés du Nord. En s'exprimant ainsi, M. Annan a fait écho aux dirigeants africains qui ont souligné à quel point il était important de réduire les subventions agricoles dans le Nord, ainsi que les tarifs douaniers élevés qui frappent des exportations africaines parfois essentielles, comme les textiles. [retour au volume 16#1 sommaire ] [ Accueil ] [ Actualités ] [ Magazine ] [ Index / Recherche ] [ A propos d'Afrique Relance ] [ Accueil - ONU ] [ Nouvelles - ONU ] [ Grand rapports de l'ONU ] [ Liens de l'ONU pour l'Afrique ] Cet article peut être reproduit librement, à condition d'en indiquer l'origine : "Afrique Relance, ONU". Avant d'utiliser toute photo, il faut obtenir la permission du titulaire des droits d'auteur dont le nom est indiqué. Merci de nous envoyer une copie de tout article reproduit. Afrique Relance Site Web : www.africarecovery.org |