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Afrique Relance, Vol.15# 4 (décembre 2001), page 10

Le programme africain fait son chemin

Appui des donateurs au "Nouveau Partenariat" mis au point

Par Ernest Harsch

En mettant énergiquement en avant leur nouveau programme de paix et de développement du continent africain, les Africains sont résolus à "chanter leurs propres chansons et à danser au son de leur propre musique", a déclaré le Président Thabo Mbeki au cours d'une session extraordinaire du parlement sud-africain. Après avoir ouvert le débat sur ce programme -- le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique -- le 31 octobre dernier, il en a récapitulé les nombreux objectifs ambitieux. Il s'agit notamment d'établir des relations plus étroites et plus transparentes entre les gouvernements africains et leur population, tout en formant "un nouveau partenariat avec le reste du monde, en fonction de ce que nous, les Africains, jugeons être la bonne voie à suivre pour parvenir à notre propre développement".

De ces deux priorités, ni l'une ni l'autre ne sera facile à réaliser, a reconnu M. Mbeki. Certaines élites africaines s'opposeront peut-être à cette volonté de faire preuve d'une plus grande transparence et d'exploiter les ressources considérables de l'Afrique dans l'intérêt des citoyens ordinaires, et particulièrement des pauvres. Et, en reprenant les termes du Nouveau Partenariat, il a fait observer que les liens de l'Afrique avec les pays très industrialisés étaient fondés sur un "clivage en matière de développement qui s'est creusé pendant des siècles de relations inégales". Le lourd fardeau de la dette extérieure, la réduction de l'aide publique au développement, les bas prix des marchandises qui constituent les principales exportations de l'Afrique et les restrictions d'accès aux marchés des pays industrialisés sont autant d'importants obstacles extérieurs qui risquent d'empêcher l'Afrique de mettre en oeuvre ce programme.


L'Afrique est tout à fait capable "d'accélérer sa marche vers le développement", a dit le Président du Mali, Alpha Oumar Konaré.

Photo : ©ONUDI


Cependant, les premières réactions des dirigeants des principaux pays industrialisés ont été positives. Le 3 décembre, par exemple, quelque 400 délégués africains et asiatiques se sont réunis à Tokyo pour préparer la troisième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique, qui devrait avoir lieu en 2003, dix ans après la première initiative japonaise visant à renforcer la solidarité de l'Asie avec le développement africain. Maintenant que l'Afrique a adopté le Nouveau Partenariat, les participants ont également examiné par quels moyens la Conférence internationale de Tokyo pourrait aider au mieux le nouveau programme africain.

"Le monde du XXIe siècle ne connaîtra la stabilité et la prospérité que si les problèmes de l'Afrique sont résolus", a déclaré en guise de préambule le Premier Ministre japonais, Junichiro Koizumi. Le Président du Mali, Alpha Oumar Konaré, lui a garanti que l'Afrique était tout à fait capable "d'accélérer sa marche vers l'intégration et le développement". Il a instamment demandé à "[ses] partenaires de se joindre à ce mouvement". Le Ministre des affaires étrangères, Makiko Tanaka, a accueilli avec satisfaction le Nouveau Partenariat et a annoncé que le Japon continuerait à apporter son aide à l'Afrique, aide particulièrement importante maintenant que "l'économie mondiale est en phase de ralentissement".

Une distribution plus équitable

Les dirigeants notamment de Bruxelles, d'Ottawa, et de Londres, ainsi que les responsables de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, ont eu des réactions tout aussi positives. Dans un discours prononcé le 17 novembre, la baronne Amos, Sous-Secrétaire d'Etat parlementaire au Ministère des affaires étrangères du Royaume-Uni, a longuement évoqué le Nouveau Partenariat. "A l'heure où l'Afrique se prend en main, a-t-elle déclaré, le Nouveau Partenariat demande aux autres [acteurs] de jouer leur rôle en améliorant les conditions dans lesquelles l'Afrique participe à l'économie mondiale. Les dirigeants africains à l'origine du Nouveau Partenariat n'ont pas peur de la mondialisation. Mais ils souhaitent que les avantages en soient plus équitablement distribués. Il faut pour cela un accès aux marchés, de meilleurs termes d'échange et une aide visant à accroître les flux financiers en direction de l'Afrique."

D'après M. K.Y. Amoako, Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l'Afrique de l'ONU, l'organisation a également accueilli favorablement le Nouveau Partenariat. "La question est maintenant la suivante : comment faire du Nouveau Partenariat la structure centrale à partir de laquelle l'ONU mènera son action" en Afrique ? Le Comité administratif de coordination des Nations Unies -- qui regroupe les dirigeants de toutes les institutions des Nations Unies -- a déjà organisé des débats préliminaires sur la question.

Pour favoriser le financement du développement de l'Afrique, le Nouveau Partenariat préconise de faire appel aux ressources financières du continent dans des proportions plus grandes, d'augmenter l'aide au développement et de réduire davantage la dette. En consultation avec le Groupe des Huit pays industrialisés, les dirigeants africains ont décidé d'inscrire la question du financement public au programme de la conférence des Nations Unies sur le "financement du développement", qui aura lieu en mars 2002 à Monterrey (Mexique). (Voir article "Comment financer le développement ?".)

En janvier, une autre conférence aura lieu à Dakar (Sénégal) sur le thème du financement du Nouveau Partenariat. Elle sera consacrée aux possibilités d'investissements étrangers privés. "Nous voudrions que le secteur privé joue en Afrique le même rôle qu'il a joué dans le développement de l'Europe, des Etats-Unis et du Japon", dit le Président du Sénégal, Abdoulaye Wade.

Nouveau nom, même programme

Le Nouveau Partenariat est né de deux initiatives africaines, le Partenariat du millénaire pour le Programme de relance de l'Afrique, établi au début de l'année 2001 par les Présidents de l'Afrique du Sud, du Nigéria et de l'Algérie, et le Plan Oméga, présenté au même moment par le Président Wade (voir Afrique Relance, juin 2001). En juillet dernier, lors de la réunion au sommet de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), ces deux programmes ont été fusionnés pour donner naissance à la Nouvelle initiative africaine, officiellement adoptée comme la stratégie commune de développement de l'Afrique. Lors du même sommet, les dirigeants africains ont décidé, par vote, de transformer l'OUA en Union africaine dans l'année à venir, afin de doter le continent d'un programme politique et économique plus intégré (voir Afrique Relance, octobre 2001).

Mais d'autres efforts restent à fournir. Le 23 octobre, neuf chefs d'Etat ou de gouvernement africains et des dirigeants de six autres pays africains -- constituant le "comité de mise en oeuvre" -- se sont réunis à Abuja (Nigéria), pour mettre la dernière main à un document cadre. Ils ont notamment révisé le texte en question et modifié le nom de la Nouvelle initiative africaine, qui a ainsi été rebaptisée "Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique" (NEPAD).

D'après M. Wiseman Nkuhlu, Conseiller économique du Président Mbeki et Chef du comité de l'Afrique du Sud pour le Nouveau Partenariat, si le nom du programme a changé, la teneur en est la même. (La version finale du document cadre du NEPAD peut être consultée dans son intégralité sur le Web : <www.dfa.gov.za/events/nepad.htm>.)

Transparence et paix

Pour que le NEPAD donne des résultats, rappelle M. Nkuhlu, l'Afrique doit être en mesure d'instaurer les conditions politiques nécessaires au développement. "Nous devrons nous attaquer à toutes les questions, comme les élections, l'indépendance du pouvoir judiciaire, les droits de l'homme et la question de la démocratie."

Ces thèmes ont déjà été évoqués à la réunion d'Abuja. Le Président du Nigéria, Olusegun Obasanjo, qui est à la tête du comité de mise en oeuvre du Nouveau Partenariat, a affirmé que les dirigeants africains ne pouvaient plus se taire face aux lacunes ou aux abus de certains de leurs homologues : "Dans l'Afrique contemporaine, la vieille accusation d'ingérence dans les affaires intérieures ne tient plus. Nous devons dialoguer davantage et organiser davantage de consultations les uns avec les autres."

De même, le Président Mbeki a déclaré devant le parlement sud-africain : "Nous devons instaurer une culture des droits de l'homme... Nous devons lutter contre la corruption et rendre compte de toutes nos actions."



Les Africains ne peuvent plus se taire face aux abus de pouvoir : "Nous devons être prêts à recevoir des critiques constructives de la part d'autres dirigeants africains."
-- Le Président du Nigéria, Olusegun Obasanjo


Lors de la réunion d'Abuja, il a été décidé d'établir un "mécanisme d'évaluation réciproque", ainsi qu'un code de gouvernance politique et économique, afin d'évaluer régulièrement les performances des dirigeants africains. Ce mécanisme d'évaluation, estime M. Mbeki, devrait être assorti de mesures visant à en "garantir le respect". Des institutions telles que la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples peuvent jouer un rôle important de suivi. En outre, dès que l'Union africaine entrera en fonction l'an prochain, elle établira une nouvelle Cour africaine de justice dont M. Mbeki espère qu'elle pourra traiter de "la question de la gouvernance".

Parallèlement, les participants à la réunion d'Abuja ont souligné qu'il était nécessaire pour les Africains de parvenir à un meilleur règlement des nombreux conflits armés qui dévastent le continent. Ils ont établi un sous-comité spécial sur la "paix et la sécurité", présidé par l'Afrique du Sud et auquel siègent l'Algérie, le Gabon, le Mali et Maurice. Ce Comité étudiera comment renforcer la coopération des pays africains en vue de prévenir et de régler les conflits.

Mosiuoa Lekota, Ministre de la défense de l'Afrique du Sud, a indiqué fin octobre, dans un discours portant sur le Nouveau Partenariat, qu'il était vital, pour le développement de l'Afrique, de mettre fin aux conflits : "Tant que la paix ne règnera pas en Afrique, le budget militaire continuera à absorber une grande partie des dépenses publiques du continent. Seule la paix permettra de dégager des ressources à réallouer à des besoins sociaux."

Fixer des priorités

Le Nouveau Partenariat traite d'un très grand nombre de sujets, allant de la lutte contre la pauvreté et du développement de l'agriculture et de l'industrie à l'intégration économique régionale, la protection de l'environnement et la promotion de la paix, de la démocratie et des droits de l'homme. Tout en envisageant le développement de l'Afrique sous tous ses angles et en sachant qu'il faudra agir dans de nombreux domaines, les dirigeants réunis à Abuja ont décidé de former des "équipes de travail" chargées de définir des projets particuliers et des stratégies de mise en oeuvre dans cinq domaines prioritaires :

  • renforcement des capacités aux fins de la paix et de la sécurité
  • gouvernance économique et gouvernance d'entreprise
  • infrastructure et technologies de l'information et de la communication
  • banque centrale et normes financières
  • agriculture et accès aux marchés

Différents présidents africains aideront directement à définir l'action à mener dans des secteurs précis. Par exemple, le Président Wade s'intéressera tout particulièrement au développement de l'infrastructure africaine. Début décembre, il a demandé à des experts africains volontaires d'évaluer l'état des différents éléments de l'infrastructure en Afrique et de déterminer comment les renforcer en vue d'intensifier les échanges et les investissements entre pays africains.

Le Président Konaré sera à la tête de la Commission e-Afrique, l'une des toutes premières initiatives du Nouveau Partenariat, qui établira des stratégies et des projets visant à promouvoir les technologies de l'information et de la communication. Le projet "e-écoles" consiste par exemple à former des jeunes à l'informatique de base, afin qu'ils puissent poursuivre leurs études, trouver du travail ou créer une entreprise.

"Le défi qui se présente n'est pas seulement lié à la technologie, a déclaré à la mi-novembre la Ministre sud-africaine de la communication, Ivy Matsepe-Casaburri, en expliquant la mission de la Commission e-Afrique. Il est lié à la création d'un continent africain, à l'histoire, à la géographie et à la culture africaine. Telle est l'orientation du Nouveau Partenariat."

Investissements privés : le "maillon manquant" de l'Afrique

Le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique reconnaît le rôle que peuvent jouer les capitaux privés lorsqu'il s'agit de répondre aux besoins de financement de l'Afrique, a fait observer le Président du Botswana, Festus Mogae, lors d'une conférence qui a eu lieu à Gaborone, la capitale de son pays. Organisée par la Coalition mondiale pour l'Afrique, un organisme international de dialogue sur les problèmes de l'Afrique, cette réunion a été consacrée à la contribution potentielle du secteur privé au développement du continent.

L'obtention d'investissements privés plus importants n'est ni une solution facile "n'ayant que des avantages et n'entraînant aucun sacrifice" ni une panacée, a reconnu le Président Mogae. Mais elle pourrait permettre à l'Afrique de bénéficier de nouveaux capitaux, technologies et compétences en marketing et en gestion. "Le secteur privé, estime Jacob Zuma, Vice-Président de l'Afrique du Sud, devrait dépasser l'image négative de l'Afrique et y voir 'une région d'activité commerciale'."

A de nombreux égards, le secteur privé est le "maillon manquant" de l'Afrique, fait observer Mme Eveline Herfkens, Ministre néerlandaise de la coopération et du développement. Quelle que soit l'importance du rôle qu'il jouera à l'avenir, ajoute-t-elle, le milieu des affaires devrait faire preuve de "responsabilité sociale et de civisme d'entreprise", en payant des impôts, en encourageant la libre concurrence et en refusant de céder à la corruption.

Nouveau Partenariat : l'Afrique doit mettre en commun ses ressources

Voici un extrait d'un chapitre du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique qui est consacré aux approches régionales en matière de développement :

La plupart des pays africains sont de taille modeste, si l'on considère leur population et leur revenu par habitant. Aux yeux des investisseurs potentiels, ces marchés restreints ne sont pas très rentables, et la diversification de la production et des exportations est retardée. Cela freine les investissements à réaliser dans l'infrastructure de base, dont la viabilité dépend des économies d'échelle.

Dans ces conditions, il est nécessaire pour les pays africains de mettre en commun leurs ressources et de renforcer le développement régional et l'intégration économique du continent, afin d'améliorer leur compétitivité à l'échelle internationale. Les cinq groupements économiques sous-régionaux du continent doivent donc être renforcés.

Le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique privilégie l'obtention de biens collectifs régionaux essentiels (transports, énergie, eau, TIC [technologies de l'information et de la communication], élimination des maladies, préservation de l'environnement et constitution de capacités de recherche régionales), ainsi que la promotion des échanges commerciaux et des investissements au sein de l'Afrique. La priorité sera donnée à la rationalisation du cadre institutionnel d'intégration économique -- des projets communs compatibles avec des programmes nationaux et régionaux de développement intégrés seront recensés -- et à l'harmonisation des politiques et des pratiques en matière d'économie et d'investissements. Il faut que les politiques sectorielles nationales soient coordonnées et que les décisions prises à l'échelle régionale fassent l'objet d'un suivi adéquat.



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