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Afrique Relance, Vol.15# 4 (décembre 2001), page 1

Les armes légères en Afrique

Violence armée : un lourd bilan

Par Michael Fleshman

Nul ne s'attend à ce que les savanes sèches et vallonnées du Nord du Kenya servent de cadre à une course aux armements. Mais, en moins d'une génération, les bergers Pokot et leurs voisins, qui défendaient auparavant leurs troupeaux à la lance, ont désormais armé leurs jeunes gens de fusils automatiques fiables, bon marché et mortels, provenant des zones de guerre de la Somalie, de l'Ethiopie et du Soudan. L'impact des armes militaires modernes sur les Pokot et les populations voisines a été ressenti tragiquement dans la région, au début de 2001, lorsque de jeunes Pokot ont ouvert le feu sur un village rival, tué 47 personnes, incendié le village et transformé en massacre la tradition quasi sacrée du vol de troupeaux. "Les armes changent tout", a déclaré un jeune Pokot au Washington Post. "Les jeunes ne respectent plus les anciens." "Si vous n'avez pas d'arme, a ajouté un autre jeune, vous êtes condamné à mort."


Photo: © Impact Visuals / Teun Voeten

En fait, les armes légères -- fusils, revolvers et fusils mitrailleurs -- remplissent les cimetières africains d'un nombre croissant de morts -- des champs de bataille du Burundi et de la République démocratique du Congo aux rues de Lagos et de Johannesburg. démocratique du Congo aux rues de Lagos et de Johannesburg. Tandis que la communauté internationale tente, sans succès pour l'instant, de s'accorder sur la réglementation du commerce mondial des armes légères, un nombre croissant de pays africains, d'organismes des Nations Unies et d'organisations non gouvernementales sont confrontés à la violence engendrée par les armes et à ses conséquences sur les populations et le développement, et essaient de réduire la demande et l'offre des "armes de choix des assassins de notre époque", pour reprendre les termes du Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan.

Pour le développement des pays africains, il est de plus en plus important de réduire la circulation et l'emploi des armes légères dans les régions où les combats se sont terminés, car le nombre de conflits a augmenté ces dix dernières années. L'usage répandu et abusif des armes draine les ressources publiques destinées à la santé et à l'éducation, décourage les investissements, freine la croissance économique, et prive les pays des compétences et des talents des victimes.

Des millions d'armes légères -- qui pèsent peu et sont faciles à porter et terriblement efficaces aux mains de tireurs, même jeunes et peu formés -- ont été expédiées en Afrique pendant la guerre froide en vue d'armer les combattants anticolonialistes, les pays nouvellement indépendants et les forces alliées des superpuissances. L'effondrement du bloc soviétique a entraîné un nouvel afflux d'armes légères en Afrique car les marchands ont bradé sur le marché international des millions d'armes excédentaires, vestiges de la guerre froide.

Des années plus tard, ces machines à tuer, toujours en état de marche, sont entre les mains d'insurgés, de milices locales, de réseaux de criminels et de populations vulnérabilisées par l'inefficacité des forces de l'ordre et par les conflits civils. Dans certaines régions d'Afrique, les fusils d'assaut AK-47, de fabrication soviétique, convoités pour leur facilité d'usage et leur puissance de tir, peuvent s'acheter pour la somme dérisoire de 6 dollars ou s'échanger contre un poulet ou un sac de céréales. En 1999, la Croix Rouge a estimé que les habitants de la seule capitale somalienne de Mogadishu (au nombre de 1,3 million) possédaient plus d'un million de fusils -- sur environ 550 millions d'armes légères en circulation dans le monde.


L'usage répandu et abusif des armes draine les ressources publiques destinées à la santé et à l'éducation, décourage les investissements, freine la croissance économique et prive les pays des compétences et des talents des victimes des armes légères.

"La prolifération des armes légères en Afrique menace sérieusement le développement", note Mme Virginia Gamba, ex-Directrice du Programme de lutte contre l'armement de l'ISS, le South African Institute for Security Studies. Leur coût peu élevé et leur facilité d'usage et d'obtention "peuvent entraîner une escalade des conflits, compromettre les accords de paix, intensifier la violence et l'impact de la criminalité, freiner le développement économique et social et empêcher l'instauration de la stabilité sociale, de la démocratie et de la bonne gouvernance". En juillet 2001, le Gouvernement américain estimait que les armes légères alimentaient les conflits dans 22 pays d'Afrique, conflits qui avaient déjà fait de 7 à 8 millions de victimes. En Afrique, les fusils ne sont pas seulement les armes de choix, mais aussi des armes de destruction massive.

Lorsque les armes survivent aux conflits

L'impact de la guerre sur les individus et le développement des communautés et des Etats est manifeste et bien documenté. De par sa nature -- et parfois à dessein -- la guerre moderne détruit les infrastructures économiques et sociales, déplace les populations, paralyse l'activité économique, perturbe les services de santé et d'enseignement de base, et détourne les ressources financières du développement au profit de la défense.

Ce que l'on comprend moins bien est l'impact des armes légères sur le développement, une fois les conflits terminés. A la différence des systèmes d'armement lourd, dont l'achat et le maniement peuvent être coûteux et qui sont relativement faciles à démanteler ou à contrôler, les armes légères ne disparaissent pas nécessairement à la fin de la guerre.

Comme l'expliquent Robert Muggah et Peter Bachelor, analystes à l'institut de recherche européen Small Arms Survey dans une étude récente, intitulée Le développement pris en otage : Evaluer les effets des armes légères sur le développement humain, "Une fois qu'elles sont introduites dans un pays, les armes légères présentent un risque durable -- particulièrement dans les sociétés où de vastes quantités d'armes ont été accumulées... Elles survivent souvent aux accords de paix et sont récupérées, une fois les conflits terminés", par des groupes armés, des commandos, des dissidents et des particuliers inquiets pour leur sécurité. Dans les zones où les forces de sécurité de l'Etat sont insuffisantes ou inexistantes, posséder une arme peut être une question de vie ou de mort, permettant soit de s'emparer de nourriture ou d'autres ressources vitales, soit de se protéger d'une agression. Ailleurs, le faible coût et la facilité d'obtention des armes à feu peuvent promouvoir ce que les experts appellent une "culture de la violence", dans laquelle la possession d'une arme à feu devient symbole de puissance et de statut social, et où les conflits personnels ou politiques se résolvent d'abord par les armes.


Rebelles en Sierra Leone : les armes légères font beaucoup de morts et grèvent aussi lourdement les sociétés et les économies africaines.

Photo : ©Impact Visuals / Teun Voeten


Depuis la fin de l'apartheid en 1994, l'Afrique du Sud a beaucoup pâti de l'usage abusif des armes légères, et elle a pris depuis des mesures musclées visant à en réduire la circulation. A la différence des autres pays d'Afrique, un grand nombre d'armes légères circule légalement en Afrique du Sud, puisque, à la fin de 1999, 4 millions de fusils étaient détenus légalement par des particuliers, en majorité des Blancs. Mais, à l'instar des pays limitrophes des zones de conflit de l'Afrique de l'Ouest et de l'Est, l'Afrique du Sud a aussi subi l'afflux d'armes importées clandestinement des pays voisins, au terme des conflits auxquels elles étaient destinées.

Dans les années 70, afin de défendre la domination de la minorité blanche, le Gouvernement de l'apartheid a commencé à fournir des milliers de tonnes d'armes et de munitions à ses alliés, à l'intérieur du pays et dans la région. Environ 30 tonnes de fusils et d'explosifs de contrebande ont également été introduites dans le pays par les mouvements de lutte contre l'apartheid, qui ont aussi entreposé leurs armes dans leurs bases arrières, situées dans les pays limitrophes. Environ 4 millions d'armes de sources diverses sont tombées illicitement aux mains des civils sud-africains. Ces grandes quantités d'armes échappant au contrôle des pouvoirs publics ont déjoué les efforts des forces de l'ordre, contribué à la criminalité et à l'insécurité, freiné la croissance économique et causé des morts et des accidents qui auraient pu être évités.

Evaluation des retombées

Il est difficile d'évaluer les répercussions que les armes légères ont, en temps de paix, en Afrique du Sud et dans d'autres pays. De nombreux pays n'ont pas les moyens de recueillir et d'analyser des données sur l'emploi des armes légères. En outre, les coûts les plus importants pour le développement, tels le report des investissements, la baisse de l'activité économique et la perte de productivité due aux blessés et à l'insécurité, sont indirects et donc difficiles à mesurer.

Les chiffres officiels de la santé sont à cet égard l'un des meilleurs indicateurs, affirme le Dr Etienne Krug, Directeur du service de prévention de la violence et des blessures à l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais, surtout dans des régions en développement comme l'Afrique, indique l'OMS dans son rapport de 2001 sur les armes légères et la santé mondiale, "les données relatives à l'impact des armes légères sur la santé des particuliers sont loin d'être exhaustives". Les statistiques sont indispensables à l'élaboration de stratégies efficaces visant à répondre aux problèmes médicaux dus aux armes légères, mais les bailleurs de fonds sont souvent peu désireux de financer la collecte de données dans le cadre de projets sanitaires.

Dans le monde, l'OMS évalue le nombre total de morts violentes -- toutes causes confondues -- à 2,3 millions en 1998. Sur ces 2,3 millions, plusieurs centaines de milliers de victimes auraient été tuées par balles : 42 % à la suite d'un suicide, 32 % à la suite d'un meurtre et 26 % dans le cadre de guerres. L'étude établit un lien entre la violence engendrée par les armes et le développement : le taux de décès dans les pays à revenus moyens et faibles, qui atteint 42 pour 100 000, est plus de deux fois supérieur à celui des pays à revenus élevés, qui est de 17 pour 100 000. Des centaines de milliers de personnes survivent à des blessures par balles, mais elles doivent recevoir des soins coûteux et souffrent souvent de séquelles physiques et psychologiques permanentes. Toutefois, en l'absence d'établissements de soins d'urgence bien équipés, les blessures par balles sont plus souvent mortelles dans les pays en développement que dans les pays industrialisés.

Le coût direct est parfois très élevé. D'après une étude de 1997, réalisée en Afrique du Sud sur un millier de victimes de blessures par balles, le coût total des traitements hospitaliers atteignait presque 30 millions de rand (soit 6,5 millions de dollars de l'époque). L'impact indirect des armes sur la santé publique, affirme l'OMS, est également énorme. Le traitement d'un grand nombre de patients blessés par balles "grève les services de santé de base et détourne les ressources dont d'autres services sociaux et services de santé ont terriblement besoin".

Montée de la criminalité

Les statistiques sur la criminalité peuvent aussi fournir une indication de l'impact que les armes légères ont sur le développement. Puisque les chiffres relatifs à la criminalité sous l'apartheid en Afrique du Sud ne sont pas considérés comme fiables, les chercheurs de l'ISS ont analysé les archives policières après l'apartheid et ont constaté une "nette augmentation" des homicides par arme à feu -- de 41,5 % en 1994 à 49,3 % en 1998 -- alors que le nombre total des meurtres avait diminué. L'emploi des armes légères dans les vols qualifiés a aussi augmenté de façon significative -- de 51 000 en 1996 à 69 500 en 1998 -- alors que le nombre total de vols à main armée (toutes armes confondues) n'avait augmenté que très légèrement.

Cette augmentation, avancent les analystes, "montre que les criminels sont de plus en plus nombreux à être armés et qu'il est plus facile qu'auparavant d'obtenir des armes à feu". En 2000, le Gouvernement sud-africain a constaté que les homicides, avec usage d'armes à feu, étaient la principale cause de décès chez les hommes de 15 à 21 ans, et que les blessures par balles (meurtres, suicides et accidents) étaient la première cause de mort non naturelle dans le pays.

Ce nombre énorme de décès et de blessés chez les jeunes a de graves retombées sur le développement -- il réduit le nombre de personnes instruites arrivant sur le marché du travail, détourne les ressources familiales et sociales au profit des personnes handicapées par les armes, et force les pouvoirs publics à réinvestir dans le maintien de l'ordre des fonds destinés aux services sociaux. L'année dernière, par exemple, l'Afrique du Sud a consacré 1,96 milliard de dollars au maintien de l'ordre et 1,56 milliard de dollars à la santé.

Au Kenya, l'afflux d'armes légères importées clandestinement des pays voisins semble alimenter la violence loin des zones instables proches de la frontière septentrionale du pays. A Nairobi, par exemple, la multiplication des armes pourrait expliquer la hausse du nombre d'homicides et l'usage de la violence lors des vols qualifiés, même si la police kenyane affirme que le nombre de plaintes pour vol a reculé. Une étude récente du Centre des Nations Unies pour les établissements humains (Habitat) et des pouvoirs publics kenyans a établi que 75 % des citadins ne se sentaient pas en sécurité la nuit, malgré la présence renforcée de la police dans les quartiers à criminalité élevée.

Les hommes, les femmes et les fusils

L'impact disproportionné des armes sur les hommes jeunes a été fréquemment constaté en situation de conflit. Il en va de même en temps de paix. D'après l'OMS, 80 % des victimes d'homicides sont des hommes, tous âges confondus, et les hommes sont de trois à six fois plus susceptibles que les femmes de commettre un meurtre, les agresseurs et les victimes étant en grande majorité des hommes de 18 à 49 ans.

Même lorsque l'usage des armes n'est pas très fréquent, dit Mme Lieke van de Wiel, responsable d'un projet sur les armes légères au Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), "le tissu social change en présence d'armes. Si vous allez à la poste et que l'homme à côté de vous est armé, vous vous sentez beaucoup moins en sécurité. C'est un problème de pouvoir". La menace implicite de violence, remarque Mme van de Wiel, est particulièrement effrayante pour les femmes. "S'il y a des hommes armés alentour, qu'ils se servent ou non de leurs armes, les femmes sont intimidées. La menace existe."


Les autorités des pays africains les plus touchés par la violence engendrée par les armes légères, notamment le Mali et l'Afrique du Sud, luttent énergiquement contre la culture de la violence, avec l'appui de la société civile et des Nations Unies.

En 1998, d'après les chiffres de Gun Free South Africa, organisation non gouvernementale, 12 % des morts par armes à feu en Afrique du Sud étaient des femmes, et environ 7 % étaient âgées de moins de 17 ans. Si les données limitées dont nous disposons montrent que la grande majorité des victimes féminines ont été assassinées par leur partenaire ou leur ancien partenaire, il est plus difficile de prouver que les armes légères contribuent à la violence domestique. Des chercheurs en Tanzanie ont établi que les armes légères étaient utilisées dans 6 % des cas de violence domestique, tandis qu'une étude en Zambie a montré qu'en 1995, les armes à feu avaient causé la mort de seulement trois victimes de violence domestique. Toutefois, ces chiffres sont certainement nettement inférieurs à la réalité car les crimes violents contre les femmes sont moins susceptibles de faire l'objet d'une plainte officielle, et le type d'arme employé n'est pas toujours noté.

Bien que les fabricants d'armes prétendent que les armes légères sont des armes d'autodéfense idéales pour les femmes -- qui leur permettent de se défendre lorsqu'elles sont attaquées par des hommes plus grands et plus forts qu'elles -- ce sont presque exclusivement les hommes qui continuent à posséder et à utiliser des armes. Loin de libérer les femmes de la violence, la facilité d'obtention des armes aggrave la situation. "Les femmes se sentent menacées par les armes, dit Mme van de Wiel, les hommes se sentent plus forts grâce à elles." "Vous pouvez fuir la violence physique, a dit une femme sud-africaine à un journaliste en 1998, mais vous ne pouvez pas fuir les balles."

Contre la "culture de la violence"

Réduire la circulation et l'emploi des armes légères est difficile, écrit la sociologue Jacklyn Cock, en partie parce que l'apartheid et le mouvement de lutte contre l'apartheid ont engendré une "culture de la violence" qui justifie l'emploi d'armes dans le règlement des conflits, exacerbe les rapports sociaux entre les races, les classes sociales et les sexes, et crée une demande d'armes satisfaite par des sources licites et illicites. Une telle culture, affirme l'OMS, "peut déterminer si les armes sont ou non utilisées. En d'autres termes, recourir aux armes à feu est plus acceptable dans certaines sociétés que dans d'autres. Ceci pourrait expliquer pourquoi, dans certains pays, les armes sont présentes mais moins employées qu'ailleurs".

La symbolique de l'AK-47 dans les anciennes colonies d'Afrique australe en est une illustration parfaite. Après avoir été utilisée pendant des décennies par les mouvements anticoloniaux et antiapartheid, cette arme puissante est désormais associée à la libération. La silhouette de ce fusil mitrailleur figure sur le drapeau du Mozambique. Les chants de lutte contre la suprématie d'une minorité en Namibie, en Afrique du Sud, au Zimbabwe et en Angola vantent souvent ses vertus et celles des soldats qui en sont armés.

Toutefois, dans certains pays africains, l'AK-47 et ses homologues américains et européens sont actuellement aux mains d'insurgés brutaux, de groupes maffieux et de milices paramilitaires -- qui paralysent les initiatives de développement et font un amalgame abusif entre armes et virilité, idée répandue dans le monde entier. Pour remplacer l'image idéalisée des armes et comprendre leur effet destructeur, affirment les membres des groupes de pression, il faut s'efforcer à long terme de réduire l'offre, d'améliorer la protection offerte par les forces de l'ordre, d'offrir un avenir meilleur aux jeunes sur le plan économique et éducatif afin de les empêcher de s'identifier aux armes et à la violence.

Les autorités des pays africains les plus touchés par la violence engendrée par les armes légères, notamment le Mali et l'Afrique du Sud, luttent énergiquement contre la culture de la violence, avec l'appui important de la société civile et des Nations Unies. En 1995, les pouvoirs publics sud-africains et mozambicains ont entrepris des opérations conjointes pour empêcher l'entrée illicite, en Afrique du Sud, d'armes de l'époque de l'apartheid, provenant des anciennes zones de guerre du Mozambique. A la fin de 1998, une série de missions (nom de code "Opération Rachel") a permis de localiser et de détruire plus de 400 tonnes d'armes légères et plus de 40 millions de cartouches de munitions, au cours de l'une des opérations de désarmement les plus réussies du monde.

Quelques mois plus tard, les pouvoirs sud-africains ont annoncé qu'au lieu de les vendre, ils détruiraient les stocks d'armes excédentaires et confisquées. Le nouveau programme (Opération Mouflon) a été officiellement lancé le 6 juillet 2000 avec la destruction de quelque 63 000 fusils d'assaut, pistolets et fusils mitrailleurs sur les 263 000 armes légères devant être détruites ultérieurement.

Feux de joie au Mali

Le 27 mars 1996, en Afrique de l'Ouest, le Gouvernement du président malien, Alpha Oumar Konaré, et le Programme des Nations Unies pour le développement ont recueilli et détruit publiquement plus de 3 000 armes dans un feu de joie. Cette mesure a été suivie, le 31 octobre 1998, d'un moratoire de trois ans sur l'importation d'armes légères dans la région, imposé par la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest). L'organisation a aussi constitué un registre et une base de données d'armes. L'Organisation de l'unité africaine (OUA) lui a emboîté le pas en 1999, en condamnant la prolifération et le trafic illicite d'armes légères et en appelant les pays africains à coordonner leurs efforts contre ce commerce.


Armes recueillies au Mali en préparation d'un feu de joie.

Photo : ©PNUD


Bien que le moratoire de la CEDEAO ait été prolongé de trois ans en juillet 2001, les mesures prises par l'Afrique de l'Ouest et l'OUA ont, par manque de ressources, été d'une portée limitée. Les pouvoirs publics sud-africains et leurs alliés non gouvernementaux ont mis l'accent sur les efforts communautaires visant à réduire l'attrait des armes légères. L'un des programmes les plus réussis, basé à Soweto, Youth Against Crime, est mis en oeuvre par des élèves qui sensibilisent leurs camarades aux dangers des armes légères. En coopération avec la police et Gun Free South Africa, 21 écoles de Soweto ont interdit les armes à l'école. Des initiatives en cours visent à étendre cette campagne au reste du pays, sous la tutelle du South African Youth Council.

Les chercheurs de l'ISS ont aussi étudié les comportements des communautés face à la possession et l'usage d'armes à feu, l'objectif étant de mettre sur pied des programmes de sensibilisation et de désarmement plus efficaces. Ils ont constaté que la population, dans sa grande majorité, considérait que les armes légères jouaient un rôle significatif dans la criminalité et la violence.

Mais ils ont également découvert que près de 60 % des personnes interrogées voulaient être armées pour se défendre. Cette attitude témoigne de la méfiance que la police continue d'inspirer aux Sud-Africains noirs, asiatiques et métis et qui remonte à l'époque où la police était considérée comme le bras droit de l'apartheid, disent les analystes. Elle est aussi liée à l'idée répandue, parfois apparemment exagérée, selon laquelle depuis la fin de la domination des Blancs en 1994, on assiste à une montée de violence incontrôlée de la part des criminels et des milices. La population soutient fortement l'adoption de lois plus sévères contre le port d'armes et leur application par des policiers plus nombreux et mieux formés.

Lutter contre la pauvreté et l'inégalité

De même que le désarmement, la démobilisation et la réinsertion des anciens soldats sont maintenant considérés comme des conditions essentielles au rétablissement de la paix, les membres de Small Arms Survey remarquent : "Les interventions destinées à limiter la demande d'armes légères devraient privilégier la lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales. Elles contribueraient ainsi à éliminer certaines des raisons pour lesquelles la population garde ou acquiert des armes" au terme des conflits. De l'opinion de quasiment tous les experts, la violence engendrée par les armes ne peut s'expliquer seulement par la pauvreté ou l'injustice ou par la facilité d'obtention des armes légères. C'est lorsque ces trois facteurs convergent que les armes des conflits passés trouvent de nouveaux acquéreurs et remplissent les tombes fraîchement creusées de l'Afrique.

Aider les enfants à refuser le port des armes

La facilité d'obtention des fusils automatiques ne suffit pas à expliquer la situation des enfants-soldats, dit Mme Lieke van de Wiel, responsable d'un projet sur les armes légères au Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), mais "l'usage de ces armes modifie le rôle des enfants. Les armes légères sont petites et d'un emploi facile, les enfants peuvent donc très rapidement se transformer en tueurs professionnels". Dans les conflits antérieurs, remarque-t-elle, les enfants devaient transporter les munitions ou étaient placés en première ligne pour protéger les autres soldats des tirs ennemis. Désormais, grâce à la puissance des armes modernes, "ils peuvent tout de suite tuer".

Dans les régions où les armes sont omniprésentes, "les enfants ne savent pas toujours que les armes à feu sont dangereuses, explique Mme van de Wiel. Les parents gardent des armes chez eux, les enfants les voient donc tout le temps. Si les armes légères font partie de la vie quotidienne des enfants, ceux-ci doivent apprendre à en réduire les risques".

2002 verra le lancement d'un programme pilote de l'UNICEF visant à enseigner aux adolescents le danger des armes légères, et à leur offrir des alternatives à la violence des armes. Ce programme sera offert en Somalie, au Libéria, au Kosovo et au Tadjikistan. Il s'appuiera sur les interventions actuelles de l'UNICEF auprès de groupes de jeunes. Seront enseignés les principes de sécurité du maniement des armes, le leadership, des cours d'enseignement technique, mais aussi le règlement des conflits, l'objectif étant de présenter aux jeunes gens et aux jeunes filles d'autres perspectives que la violence et la terreur.

Changer les mentalités et les comportements est toujours difficile et prend du temps, remarque Mme van de Wiel, surtout chez les garçons. "Les garçons sont plus attirés par les armes parce que leurs frères, leur père ou le chef du village possèdent une arme. Les armes sont 'cools'." C'est pour cette raison, remarque-t-elle, que le travail de sensibilisation aux dangers des armes légères doit se faire dès le plus jeune âge, afin de lutter contre l'image idéalisée des armes et leur acceptation sociale. Mais le progrès social et économique est la meilleure réponse au problème, conclut-elle. "L'avenir et la survie des enfants ne doivent pas dépendre des armes. Leur offrir d'autres possibilités est la meilleure façon de les soustraire à la violence."



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