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Afrique Relance, Vol.15# 4 (décembre 2001), page 14 L'ONU implore : n'oublions pas l'Afrique C'est en Afrique que se produisent la plupart des crises humanitaires La crise en Afghanistan -- et ses innombrables réfugiés et victimes de la famine -- a retenu l'attention des médias internationaux et des principaux pays donateurs et bailleurs de fonds. D'après les estimations, environ 17 millions d'Afghans sont touchés par la guerre ou par la famine : cette tragédie humanitaire a indéniablement pris d'énormes proportions. C'est également ce que l'on a pu constater le 26 novembre dernier, lors du lancement de "l'appel global interinstitutions" des Nations Unies, au cours duquel les besoins d'aide humanitaire des différentes institutions des Nations Unies ont été présentés aux donateurs, pour l'année à venir et pour tous les pays du monde. Puisque 7,5 millions d'Afghans auraient besoin de toute urgence d'aide alimentaire, de médicaments et d'autres formes d'assistance, le montant de l'appel de fonds pour l'Afghanistan -- 657,2 millions de dollars -- a de loin dépassé tous les autres. Cependant, pendant le lancement de l'appel de fonds, à New York et, le lendemain, dans sept autres villes de pays donateurs, les dirigeants des Nations Unies ont exprimé une priorité commune : la situation très préoccupante de l'Afghanistan ne doit pas éclipser d'autres crises humanitaires graves. "Je vous demande instamment de n'en oublier aucune", a lancé le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, tout en indiquant que l'appel de fonds global pour 2002 concernait 17 pays et régions, en plus de l'Afghanistan (voir tableau ci-contre). Mme Thoraya Ahmed Obaid, Directrice exécutive du Fonds
des Nations Unies pour la population, est du même avis
: "Ne nous arrêtons pas à l'Afghanistan, car
beaucoup d'autres pays, notamment en Afrique, ont de toute urgence
besoin de notre aide. D'ailleurs, plus des deux tiers des pays
concernés par l'appel de fonds se trouvent en Afrique." Des enfants réfugiés africains reçoivent de l'aide alimentaire : les donateurs réagissent différemment, selon "l'importance stratégique" d'un pays. Photo : ©HCR / A en juger par la réaction de M. Jostein Leiro, Représentant de la mission de la Norvège auprès de l'Organisation des Nations Unies, certains donateurs ont conscience du problème : "Aujourd'hui, la communauté internationale s'intéresse en priorité à l'Afghanistan, alors que d'autres crises humanitaires suscitent moins d'intérêt, a-t-il fait remarquer. Nous ne devons pas oublier les souffrances qui continuent de se produire en Afrique et ailleurs." On ne sait pas si ces appels seront entendus. Le 6 novembre 2001, soit bien avant que la situation en Afghanistan ne se détériore davantage, les organismes de secours présents en Afrique avaient reçu moins de la moitié du budget de 1,6 milliard de dollars demandé pour l'année. Les proportions variaient selon les pays : de 77 % du budget demandé en Tanzanie (principalement pour les réfugiés du Burundi) à 20,1 % en Somalie et 26,3 % dans la République du Congo. Dans un rapport publié le 4 décembre à l'occasion de son 50e anniversaire, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a également constaté "l'inégalité" de l'aide versée par les donateurs aux situations d'urgence des réfugiés et des personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays. En 1999, le HCR a réussi à obtenir 90 % du budget nécessaire dans l'ex-Yougoslavie, mais seulement 60 % dans des pays comme l'Angola et la République démocratique du Congo (RDC). Les contributions des donateurs "varient selon l'importance stratégique que les gouvernements accordent à certaines opérations et certaines crises". En RDC, à l'heure actuelle, quelque 16 millions de personnes -- un tiers de l'ensemble de la population -- ont absolument besoin d'aide humanitaire, a déclaré M. Atoki Ileka, le Représentant congolais, lors de la présentation de l'appel de fonds global. Mais, puisqu'un grand nombre de ces personnes sont quasiment inaccessibles, le budget de 194,1 millions de dollars demandé par l'ONU permettrait de répondre aux besoins de seulement 2,4 millions de Congolais. A cause de la guerre civile dans ce pays, a expliqué M. Ileka, le système de santé a été détruit dans sa quasi-totalité. "Tout doit être reconstruit." L'Angola, le Burundi, l'Erythrée, la Sierra Leone et la Somalie (voir "Afrique horizon"), le Soudan et d'autres pays africains ont également des besoins très importants, dans la plupart des cas à cause de guerres récentes ou actuelles. Dans l'ensemble, d'après les estimations des institutions de l'ONU, l'Afrique aura besoin en 2002 d'une aide d'urgence de près de 1,2 milliard de dollars, destinée à environ 14,6 millions de personnes.
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