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Afrique Relance, Vol.15# 3 (octobre 2001), page 3

Nouvelle peur du terrorisme et de la guerre

Condoléances, condamnations des attentats terroristes et appels à la prudence

Au lendemain des attentats terroristes du 11 septembre, tous les gouvernements d'Afrique ont présenté leurs condoléances et envoyé des témoignages de solidarité aux Etats-Unis. Parmi les victimes du World Trade Centre se trouvaient des citoyens de plusieurs pays africains. Tous les pays d'Afrique s'inquiètent des répercussions économiques que subira leur continent (voir encadré). Beaucoup redoutent les retombées politiques du 11 septembre ; certains pays figurent sur la liste, établie par les Etats-Unis, des nations ayant abrité des terroristes, et d'autres doivent faire face sur leur territoire à de violents groupes d'opposants. Certains pays africains ont eux-mêmes été directement victimes d'actes de terrorisme, notamment lors des attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie qui ont tué des centaines d'Africains en 1998.


Le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, près des décombres du World Trade Centre, aux côtés du maire de New York, Rudolph Giuliani, (à gauche) et du Gouverneur George Pataki.

Photo: ©ONU / Eskinder Debebe


Les réactions, commentaires et débats qu'inspirent en Afrique la tragédie du 11 septembre font apparaître divers points de vue. Aux nombreuses condamnations du terrorisme s'ajoutent des mises en garde prudentes contre une vengeance et des représailles aveugles. Voici quelques premières réactions :

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Olusegun Obasanjo, Président du Nigéria : Les auteurs de ce crime odieux qui a fait énormément de victimes et de dégâts matériels ne doivent pas rester impunis. Il ne faut jamais conforter le terrorisme et les terroristes. L'esprit de la démocratie ne doit jamais faiblir mais doit au contraire être soutenu et rendu invincible...

Le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui n'est pas assez juste. Il n'est pas suffisamment équitable. Si les Américains ne nous mènent pas vers un monde plus juste et équitable, nous risquons de ne pas pouvoir résoudre le problème du terrorisme. Peut-être que cette fois-ci nous arrêterons et punirons les coupables mais il y en aura d'autres à l'avenir.

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Thabo Mbeki, Président de l'Afrique du Sud : Nous avons encore à l'esprit le souvenir des centaines d'Africains qui sont morts lorsque les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie ont été attaquées par des individus qui avaient manifestement pris pour ennemi les Etats-Unis. Tout comme ceux qui ont trouvé la mort à bord des avions détournés et à New York, aucun de ces Africains ne peut être accusé d'avoir participé à la planification ou à l'exécution d'actes de guerre. Ils sont morts parce que ceux qui les ont tués n'ont que peu ou pas de respect pour la vie humaine.

Lorsque notre mouvement [l'African National Congress] a décidé de s'armer pour venir à bout du système de l'apartheid, il a été décidé de tout mettre en oeuvre pour éviter les pertes en vies humaines ... Ce parti pris s'est maintenu pendant les trois décennies durant lesquelles la lutte armée a joué un rôle important dans la stratégie de notre mouvement. Même lorsque nos ennemis et leurs alliés nous ont qualifiés de terroristes, nous avons pris de strictes mesures afin d'éviter de recourir à la terreur contre la population ...

A l'évidence, il existe de nombreux problèmes, dans différentes régions du monde, qui nécessitent une juste solution. C'est tout particulièrement le cas de la restitution des droits du peuple de Palestine.

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Yoweri Museveni, Président de l'Ouganda : Les véritables combattants de la liberté évitent toujours de s'en prendre aux civils. Tout en présentant nos condoléances au peuple des Etats-Unis d'Amérique et au Président George W. Bush, nous demandons au monde entier de s'unir pour mettre fin au terrorisme ... Le terrorisme doit être éliminé dans le cadre de notre lutte contre toutes les formes d'oppression.

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Kofi Annan, Secrétaire général de l'ONU : Le terrorisme menace toutes les sociétés. A l'heure où la communauté internationale lutte contre ce problème, nous constatons tous de nouveau qu'il est nécessaire de remédier aux conditions qui permettent à tant de haine et de dépravation de se développer. Nous devons lutter, avec une vigueur toujours plus grande, contre la violence, le sectarisme et la haine. L'action de l'ONU doit se poursuivre pendant que nous nous attaquons aux fléaux que constituent les conflits, l'ignorance, la pauvreté et la maladie.

Cela ne suffira pas à dissiper toutes les haines ou à prévenir tous les actes de violence. Quand bien même il n'y aurait plus d'injustice, certains continueront de haïr ou de tuer. Mais si le monde entier prouve qu'il ne se décourage pas, qu'il persiste à créer une communauté internationale plus forte, plus juste, plus généreuse et plus authentique, englobant toutes les races et religions, alors les terroristes auront échoué.

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Organisation de l'unité africaine, communiqué de l'Organe central du Mécanisme de l'OUA pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits : Condamne catégoriquement les effroyables attentats terroristes qui ont entraîné d'énormes pertes en vies humaines et dégâts matériels ... Tient à témoigner au Gouvernement et au peuple des Etats-Unis d'Amérique l'entière solidarité de l'OUA et du peuple africain dans son ensemble et leur présente leurs condoléances les plus sincères, à la suite de cette tragédie qui touche non seulement le peuple américain mais également l'humanité entière ... Souligne qu'il faut d'urgence traduire en justice les auteurs de ces attentats terroristes et ceux qui les ont financés et demande à la communauté internationale d'oeuvrer avec une plus grande concertation et une plus grande détermination afin de prévenir et de combattre le terrorisme.

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Editorial du quotidien sud-africain The Sowetan : Il n'y a aucune hésitation à avoir face aux atrocités infligées à des civils innocents lors des attentats du 11 septembre ... Des actes inhumains d'une telle barbarie appellent non seulement une condamnation sans équivoque mais également une réaction importante ... La solution n'est pas dans des représailles hargneuses et aveugles qui n'auraient pas fait l'objet d'une réflexion approfondie. Diviser le monde en deux blocs, l'un en faveur des Etats-Unis et l'autre contre, est peut-être plus dangereux, voire presque aussi insensé, que les raisonnements qui ont inspiré les auteurs des attentats du World Trade Centre. Le choix que les Américains ont imposé au reste du monde -- "vous êtes soit avec nous, soit contre nous" -- n'est guère judicieux.

L'attitude américaine souligne à quel point il est nécessaire de disposer d'un organisme international respecté, comme l'ONU, qui préside à la recherche urgente d'une solution. Nous pensons que toute autre solution ne ferait que créer des divisions entre populations et acculer à la guerre des nations contraintes de choisir leur camp.

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Cheikh Boureïma Abdou Daouda, recteur de la mosquée de l'université de Niamey (Niger) : Le danger est que si jamais cette riposte [des Etats-Unis] se transforme en guerre de civilisation ou de religion, il n'y aura aucun peuple, aucune personne qui ne défendra sa foi jusqu'à sa mort. Chrétiens, juifs et musulmans doivent définir ensemble le terrorisme pour mieux lutter contre et éviter des dérapages dans la riposte américaine, [y compris des] amalgames entre musulmans et terroristes.

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Baba Leigh, imam de la mosquée de Kanifing Est de Banjul (Gambie) : L'ensemble de l'Ummah [peuple] musulman a été bouleversé par la tragédie américaine et s'associe à la douleur des Américains ... L'islam est une religion d'Allah, qui n'est synonyme que de paix et qui interdit tout acte de violence, inévitablement porteur pour la population d'effusions de sang, de destructions et de souffrances.

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Alhajie Abdoulie Fatty, imam de la mosquée State House de Banjul (Gambie) : L'Amérique subit les conséquences de l'usage et de l'abus de son pouvoir de veto contre des Etats de plus petite taille ... La colère et la frustration accumulées pendant des années par ceux que la politique étrangère américaine a opprimés ne pouvait que mener à de tels attentats.

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Editorial du journal éthiopien Addis Tribune : La guerre contre le terrorisme n'est pas une guerre religieuse et ne doit pas être présentée comme telle. Tout comme le christianisme, l'islam condamne le massacre de civils innocents, et il faut comprendre que dans ce cas, l'ennemi n'incarne pas les valeurs morales de l'islam et répond à des objectifs essentiellement politiques. Il ne faut pas non plus oublier que des musulmans ont trouvé la mort dans les récents attentats terroristes contre les Etats-Unis et que les pays musulmans sont également victimes de terroristes fondamentalistes.

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Editorial du journal ghanéen The Daily Graphic : Alors que les événements ont déjà été qualifiés de terroristes, nous souhaitons rappeler que les Etats-Unis en particulier et leurs alliés occidentaux en général doivent faire preuve de retenue et de prudence pendant que les enquêtes se poursuivent sur l'identité des auteurs de ces actes et leurs motivations ... Tant que la lumière ne sera pas entièrement faite sur l'identité des auteurs [de ces attentats], la justice ne pourra être rendue et la prévention d'attentats similaires pourrait n'en être que plus difficile. Chaque fois que des gens perdent leurs proches, on s'attend naturellement à un appel général à la vengeance, mais c'est à ce moment qu'il convient de procéder avec prudence, de façon à ce qu'aucun innocent ne soit inutilement puni.

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Abdoulaye Bathily, professeur d'histoire et ancien Ministre de l'énergie du Sénégal : Les tragiques événements du 11 septembre nous rappellent que la non-violence et la paix constituent des biens précieux pour assurer la justice et l'équité dans les rapports humains comme dans les relations internationales. Nous constatons tous qu'au-delà de l'émotion soulevée, ces événements ont rallumé, de façon passionnée, les débats sur le nouvel ordre international actuel.

A cet égard, l'on aura remarqué la promptitude avec laquelle les gouvernements s'apprêtent à mobiliser des ressources financières importantes en vue d'engager leurs pays dans la lutte contre le terrorisme. Pourtant, ces mêmes pays déclarent n'avoir pas assez d'argent pour lutter contre la pauvreté, réduire les inégalités sociales de plus en plus grandes, promouvoir un bien-être partagé, alléger la dette des pays pauvres. Mais ils trouveront toujours de l'argent pour la guerre. C'est là la grande contradiction du monde contemporain.

*****Encadré*****

De graves répercussions économiques en Afrique

En plus des dizaines d'Africains portés disparus à la suite des attentats terroristes du 11 septembre contre le World Trade Centre de New York, des milliers d'autres mourront prochainement sous l'effet des répercussions économiques des attentats en Afrique. D'après la Banque mondiale, le nombre de décès d'enfants de moins de cinq ans risque d'augmenter de 20 000 à 40 000 à l'échelle mondiale, à cause de l'aggravation de la récession internationale et de la progression de la pauvreté. Il est probable que la moitié environ de ces décès auront lieu en Afrique.

Le Président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, a déclaré le 1er octobre que les conséquences économiques des attentats feront "sur le plan humain des ravages qui, dans une large mesure, passeront inaperçus et affecteront toutes les régions du monde en développement, et en particulier l'Afrique". D'après les économistes de la Banque mondiale, la croissance économique de l'ensemble des pays en développement sera en 2002 de 0,5 à 0,75 % inférieure aux projections datant d'avant les attentats. Bien qu'ils ne disposent pas d'estimations précises par région, ils s'attendent à ce que l'Afrique soit "le plus durement touchée".

Dans ses projections mises à jour le 10 octobre, le Département des affaires économiques et sociales de l'ONU estime que la croissance des pays en développement ne dépassera pas 4,25 % en 2002, soit un point de pourcentage de moins que les 5,25 % précédemment prévus. Dans le cas de l'Afrique, les projections sont passées de 4,25 % à 3 %, niveau qui n'est plus que très légèrement supérieur au taux de croissance démographique du continent (voir graphique).

Les répercussions du 11 septembre seront multiples en Afrique. A cause du ralentissement de la croissance aux Etats-Unis et dans d'autres pays industrialisés, la demande d'exportations provenant de toutes les régions en développement faiblira. En 2001, le prix des marchandises exportées par les pays africains devait, d'après les prévisions, baisser de 7,4 % en moyenne par rapport à l'an dernier. La baisse devrait maintenant être plus importante. Dans le climat actuel d'insécurité, les assurances sur les importations et exportations et les frais de transport augmentent. En outre, le ralentissement mondial du tourisme se traduira par un manque à gagner considérable dans un secteur qui représente 10 % des recettes à l'exportation du continent. Sous l'effet conjugué de ces différents facteurs, le nombre d'Africains vivant dans la pauvreté augmentera probablement de 2 millions de plus que prévu, d'après la Banque mondiale, tandis que de 2 à 3 autres millions de personnes s'enfonceront plus profondément dans la pauvreté.

On ne sait pas encore quelles conséquences la guerre menée en Asie centrale aura sur le cours du pétrole. Quelques semaines après les attentats, le cours du pétrole avait baissé d'environ 5 dollars par baril par rapport à son niveau d'avant le 11 septembre, ce qui a fait chuter les recettes des principaux pays africains exportateurs de pétrole (notamment le Nigéria, l'Algérie et le Gabon) mais a aidé les nombreux pays pauvres importateurs de pétrole en Afrique à réduire leurs coûts. Cependant, si la guerre se poursuit ou si l'instabilité politique gagne certains pays exportateurs du Moyen-Orient, le cours du pétrole pourrait de nouveau augmenter, ayant alors en Afrique des effets inverses à ceux récemment observés.

Etant donné les difficultés économiques de l'Afrique et la baisse probable des flux de capitaux privés (due à la perte de confiance des investisseurs), la Banque mondiale recommande d'augmenter considérablement l'aide extérieure aux pays les plus pauvres d'Afrique et d'autres régions. Mais il est peu probable que cela se produise. Juste avant les attentats, le Fonds monétaire international prévoyait, dans ses Perspectives économiques mondiales, que l'aide à l'Afrique serait réduite en 2002 de 7,1 %, après déjà plusieurs années de baisse. L'aide humanitaire importante dont auront besoin l'Afghanistan et les pays voisins ne fera que grever davantage les ressources des pays donateurs.



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