[ retour au volume 15 #3 sommaire ] [ [ retour au a propos d'Afrique Relance]




Afrique Relance, Vol.15# 3 (octobre 2001), page 17
(Dossier spécial : La protection des enfants africains)

Le Malawi aide les orphelins du sida

Malgré leurs maigres ressources, les communautés s'efforcent d'aider les orphelins

Par Gumisai Mutume

Dans une région rurale, au bord du Lac Malawi, Mme Catherine Phiri mène des milliers de bénévoles dans un combat désespéré et d'arrière-garde contre le VIH/sida, qui consiste à nourrir les orphelins, à soigner les malades à domicile, à informer la population et l'inciter à se faire tester. Depuis six ans, ils travaillent sans financement extérieur, dépendant uniquement des contributions des villageois vivant dans cette région démunie du continent.

"Nous pouvons réunir les enfants pour un repas seulement une fois par semaine", explique Mme Phiri, fondatrice de la Salima AIDS Support Organization (SASO). "A part cela, nous ne pouvons pas faire grand chose car nous n'avons pas d'argent. Notre programme de prise en charge des orphelins ne bénéficie d'aucun financement." Fondé en 1994 pour répondre au nombre croissant de séropositifs du Malawi, où selon les estimations, un adulte sur sept vit avec le virus, SASO dessert 58 000 foyers de Salima.

Il y a un an seulement, SASO, avec ses 2 650 bénévoles, a obtenu pour financer ses programmes de sensibilisation au sida une subvention d'environ 30 000 dollars, qui sera épuisée à la fin de l'année. "Les pouvoirs publics nous aident, dit Mme Phiri à Afrique Relance, mais ils ne disposent pas de fonds spéciaux destinés aux orphelins." En 1990, après la mort de son mari des suites d'une maladie liée au sida, elle a publiquement révélé sa séropositivité et fondé SASO.

Au Malawi, il existe des centaines d'organismes communautaires similaires, gérés par des bénévoles. Ils sont rattachés à un grand réseau dont la coordination est assurée par un groupe de travail national de prise en charge des orphelins formé par les pouvoirs publics en 1991. Ils ont fondé des centres où les enfants jouent, s'instruisent, se font vacciner et bénéficient de contrôles sanitaires. Les comités de villages aident les enfants les plus désespérés, en particulier ceux qui sont pris en charge par des grands-parents âgés ou des parents très malades.


Mapopa N'Goma, l'un des neufs frères et soeurs orphelins du sida, est élevé par sa grand-mère à Kuanda (Malawi).

Photo: © UNICEF / Cindy Andrew


 

"Le 'phénomène de la grand-mère' est pour l'instant, je crois, le principal programme de prise en charge des orphelins dans la plus grande partie de l'Afrique orientale et australe, dit M. Stephen Lewis, Envoyé spécial des Nations Unies pour le VIH/sida en Afrique. C'est un accord passé au sein de la famille élargie, et les enfants, qui sont en gros de la même famille, sont plus heureux ainsi."

"Lorsque les responsabilités retombent sur la communauté au sens large, plutôt que sur la grand-mère ou sur la famille élargie, les arrangements sont souvent improvisés et ponctuels, et les enfants en souffrent", dit M. Lewis. Ce qui inquiète le plus les planificateurs du développement, c'est lorsque la mort des grands-parents propulse subitement les enfants dans le rôle de chef de famille.

De nombreux orphelins, des fonds restreints

Personne ne connaît le nombre exact des orphelins du sida au Malawi. Les estimations oscillent entre 850 000 et 1,2 million, et devraient s'élever à 2 millions à la fin de l'année prochaine.

Les ressources font défaut pour gérer cette crise de plus en plus grave des orphelins. Cette année, les pouvoirs publics peuvent uniquement allouer 250 000 dollars au Service de l'aide sociale du Ministère des affaires féminines, note M. Penston Kilembe, responsable de la prise en charge des orphelins. "Ce n'est pas suffisant. Nous avons besoin de beaucoup plus d'argent, parce qu'il s'agit là de la survie, de la croissance et du développement de ces enfants." Les pouvoirs publics s'appuient sur le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), pour financer 80 % de leur programme de soins infantiles.

Plus de 365 000 Malawiens sont morts du sida depuis 1985, date à laquelle le virus a été diagnostiqué pour la première fois dans ce pays de 10,6 millions d'habitants. L'espérance de vie a plongé de 52 ans en 1990 à environ 39 ans l'année dernière. Le Programme conjoint des Nations Unies sur le sida (ONUSIDA) estime que le taux de séropositivité des adultes au Malawi est de 16 %.

Des enjeux décourageants

Les pouvoirs publics reconnaissent que leur appui "est totalement inadapté et les conditions des orphelins sont aggravées par la misère extrême et l'érosion des familles élargies". Le traitement humain et exemplaire que le Malawi accorde à ses orphelins en dépit de ses maigres ressources a cependant fait l'objet de nombreuses éloges.

L'UNICEF est persuadé que la volonté politique s'affermit. Le Président Bakili Muluzi se montre de plus en plus favorable au programme de prévention et de prise en charge du sida. Dans ses discours, il exhorte fréquemment la population à modifier ses comportements. Son vice-président et lui-même ont adopté des orphelins du sida.

En 1992, le Malawi a été le premier pays de la région à avoir formulé des stratégies de prise en charge des orphelins, qui servent de modèle aux pays voisins. Elles recommandent de maintenir les orphelins dans leurs communautés et indiquent que les pouvoirs publics doivent être au centre des activités nationales de prise en charge.

Mais les pouvoirs publics perdent beaucoup de fonctionnaires à cause du sida. Le Ministère de la santé estime qu'en 2005, entre 25 et 50 % des travailleurs des zones urbaines mourront du sida. Si le taux de séropositivité est supérieur dans les zones urbaines, le nombre de séropositifs est plus élevé dans les zones rurales, où vit 85 % de la population. Dans ces régions, le VIH/sida représente un défi énorme sur le plan du développement, car au lieu de travailler dans les champs, une partie de la main d'oeuvre s'occupe des malades, ce qui augmente donc l'insécurité alimentaire et menace la survie de la communauté toute entière.

Briser le cycle de la pauvreté

"Notre plus grand problème est celui de la pauvreté, dit M. Kilembe. Au moins 65 % de la population vit en-dessous du seuil de la pauvreté. Nombreux sont ceux qui ne peuvent pas s'occuper d'autres enfants parce qu'ils sont déjà en difficulté." Le revenu annuel moyen par habitant est de 200 dollars, soit moins de la moitié de la moyenne de 500 dollars en Afrique subsaharienne.

De nombreux enfants déshérités ne vont pas à l'école parce qu'ils n'en ont pas les moyens. En 1994, les pouvoirs publics ont supprimé les frais d'inscription dans l'enseignement primaire, ce qui a entraîné une augmentation des inscriptions l'année suivante, puisqu'elles sont passées de 1,9 million à 3,2 millions. Mais beaucoup d'élèves ne vont pas plus loin. Seuls 20 % des élèves diplômés du primaire entrent au lycée. Les planificateurs du développement ont conscience du danger présenté par une génération d'adultes incultes.

Mme Elizabeth Hughes, de l'UNICEF Malawi, affirme que la prise en charge des orphelins devrait privilégier l'enseignement général plutôt que la formation professionnelle. "Quand vous parlez à ces enfants, ils sont nombreux à dire que ce qu'ils souhaitent vraiment, c'est aller à l'école, dit Mme Hughes. Nous devons faire en sorte qu'ils poursuivent leur scolarité."



[retour au volume 15 #3 sommaire ]


[ Accueil ] [ Actualités ] [ Magazine ] [ Index / Recherche ]
[ A propos d'Afrique Relance ]
[ Accueil - ONU ] [ Nouvelles - ONU ] [ Grand rapports de l'ONU ]
[ Liens de l'ONU pour l'Afrique ]

Cet article peut être reproduit librement, à condition d'en indiquer l'origine : "Afrique Relance, ONU". Avant d'utiliser toute photo, il faut obtenir la permission du titulaire des droits d'auteur dont le nom est indiqué. Merci de nous envoyer une copie de tout article reproduit.

Afrique Relance
Bureau S-931
United Nations
New York, NY 10017 USA
Tél : (212) 963-6857
Fax: : (212) 963-4556
E-mail : africa_recovery@un.org,

Site Web : www.africarecovery.org
Pour nous contacter par e-mail: africa_recovery@un.org