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Afrique Relance, Vol.15# 3 (octobre 2001), page 25

L'initiative africaine : un défi pour l'ONU

La communauté internationale devra définir l'appui à apporter au nouveau plan africain

La nouvelle Initiative africaine n'exigera pas seulement un engagement considérable de la part des Africains, mais se traduira également par "un défi lancé par l'Afrique à la communauté internationale, aux Nations Unies et à ses membres, pour dégager les ressources nécessaires au développement du continent", a affirmé à la mi-juillet l'Ambassadeur Martin Belinga-Eboutou, Président du Conseil économique et social de l'ONU (ECOSOC). L'Ambassadeur s'adressait à la session de haut niveau de trois jours de l'ECOSOC à Genève (Suisse), consacrée justement au rôle des Nations Unies dans l'aide à apporter aux efforts de développement africain.



"Les disparités existant au sein du système commercial international, y compris dans certains accords de l'OMC, entravent considérablement la croissance et le développement de l'Afrique."
-- le Groupe africain


De nombreux orateurs ont fait allusion d'une manière ou d'une autre à la nouvelle Initiative africaine, qu'ils considèrent comme une démarche importante et positive entreprise par les Africains en vue d'élaborer leurs propres stratégies de développement. Koos Richelle, Directeur général pour le développement de la Communauté européenne, a affirmé que l'Europe saluait l'Initiative comme "un pas concerté en avant en matière d'élimination de la pauvreté et de croissance et de développement durables". Pour sa part, le Président de la Banque mondiale James Wolfensohn et le Directeur exécutif du Fonds monétaire international (FMI) Horst Köhler ont tous deux promis "le soutien" de leurs institutions. "Le FMI est prêt à offrir ses compétences et ses ressources et à coopérer activement et appuyer résolument cette vision africaine et ce programme de travail", a précisé M. Köhler. Le Directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Mike Moore, a quant à lui rappelé quelques-unes des difficultés rencontrées par les pays africains pour exporter leurs produits sur les marchés du monde industrialisé.

Le Groupe des ambassadeurs africains à l'ONU a convenu que "les disparités qui existent au sein du système commercial international, y compris dans certains accords de l'OMC, entravent considérablement la croissance et le développement de l'Afrique", et réclamé que les exportations du continent fassent l'objet d'"un traitement spécial et différentiel". Pour sa part, M. Belinga-Eboutou a souligné qu'il est difficile d'attirer des investissements étrangers en Afrique. "Rien que l'an dernier, l'Afrique a enregistré une chute spectaculaire de 13 % des investissements étrangers directs", a-t-il précisé.

Puisqu'il n'est pas possible de compter sur l'apport des capitaux directs pour combler le déficit financier de l'Afrique, il faudra augmenter le niveau de l'aide publique au développement et multiplier les mesures d'allégement de la dette, affirme de son côté Rubens Ricupero, Secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement. Il est donc indispensable à son avis d'enrayer le "cercle vicieux" qui se manifeste non seulement par une réduction de l'aide, mais aussi par l'allocation de la plus grande partie de l'aide au service de la dette de l'Afrique. "Cela a l'air paradoxal, mais la seule façon de mettre fin à la dépendance vis à vis de l'aide est de disposer dans un premier temps d'une aide accrue", affirme M. Ricupero. Utilisée d'une manière plus rationnelle, cette aide pourra, à son avis, "donner une impulsion positive qui à la longue rendra l'aide superflue".

Au-delà de l'amélioration de la situation financière et commerciale du continent, l'objectif principal de la nouvelle Initiative africaine est d'offrir aux Africains la possibilité d'élaborer leurs propres politiques économiques, a affirmé le Ministre nigérian des affaires étrangères Sule Lamido, dans un discours prononcé au nom du Président Olusegun Obasanjo. Par le passé, la Banque mondiale, le FMI et les bailleurs de fonds définissaient certains modèles de politique économique mis en oeuvre par les pays africains. "Si ces modèles ont échoué, c'est avant tout parce qu'une logique purement économique a été appliquée à des questions qui étaient parfois de nature politique, parfois de nature socio-culturelle, et souvent très complexes", a écrit le Président Obasanjo.

Si le système des Nations Unies entend mieux soutenir les objectifs et stratégies fixés par les Africains eux-mêmes, il doit également s'imposer certains changements, ont déclaré plusieurs orateurs. "Le mode de fonctionnement des Nations Unies doit changer", a affirmé Kwesi Ndoum, Ministre ghanéen de la planification économique et de la coopération régionale, en demandant que l'ONU coopère davantage avec les représentants de la société civile et le secteur privé. Pour sa part, Charles Ntwaagae, Ambassadeur du Botswana à Genève, a recommandé plus de souplesse et d'adaptabilité dans les activités de l'ONU sur le terrain. La révision finale l'an prochain du nouveau Programme d'action de l'ONU pour le développement de l'Afrique dans les années 90 "nous fournira l'occasion idéale de veiller à ce que les futurs programmes et initiatives de l'ONU soutiennent les objectifs de la nouvelle Initiative africaine", a indiqué pour sa part la Ministre sud-africaine des communications, Ivy Matsepe-Casaburri.

Le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, s'est engagé quant à lui à ce que l'ensemble des institutions des Nations Unies plaide plus vigoureusement la cause du développement de l'Afrique. "Nous devons nous faire les avocats de l'Afrique", a-t-il affirmé, pour un accès aux marchés plus facile, une aide internationale accrue, un allégement de la dette plus rapide, plus d'investissements étrangers, "et pour la restitution sans délai des richesses frauduleusement acquises qui ont été transférées dans des banques occidentales par certains dirigeants et responsables africains corrompus".

Voir :
[ La nouvelle Initiative africaine, source d'espoir ]
[ La transformation de l'OUA en Union africaine ]
[ "Nous déterminerons notre propre destin" ]



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