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Afrique Relance, Vol.15# 1-2 (juin 2001), page 40

Progrès pour les pays les moins avancés

Gains commerciaux à l'issue de la conférence des Nations Unies

Par Tim Wall, Bruxelles

Si les espoirs de matérialisation d'un accord sur les marchés libres n'ont pas abouti lors de la Troisième conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés (PMA), les leaders africains présents à la réunion de Bruxelles à la mi-mai ont constaté certains progrès sur le plan de l'aide et du commerce. Sur les 49 pays classés par les Nations Unies comme étant "moins avancés", 34 se trouvent en Afrique subsaharienne.

S'exprimant lors de la conférence de presse de clôture le 20 mai, M. Donald Kaberuka, Ministre rwandais de l'économie et des finances, a affirmé que la conférence avait beaucoup apporté aux PMA. Mme Eveline Herfkens, Ministre néerlandais de la coopération au développement, a cité l'engagement pris la même année par l'Union européenne d'éliminer les tarifs douaniers et les quotas sur l'ensemble des produits importés des PMA, à l'exception des armes (initiative "tout sauf les armes") qui, a-t-elle dit, était directement imputable à la conférence des Nations Unies organisée par l'UE dans les bâtiments du parlement européen. Ceci est également vrai d'une décision, prise par l'Organisation de coopération et de développement économiques réunie à Paris au cours de la même semaine que la conférence de Bruxelles, de "libérer" 2 millions de dollars d'aide bilatérale destinée aux PMA, dit Mme Herfkens. "L'aide "à cessibilité restreinte" exige que les projets s'approvisionnent auprès d'entreprises du pays donateur, mesure très critiquée car inefficace et allant à l'encontre du renforcement des capacités des pays bénéficiaires.

D'autres initiatives ont également été annoncées à Bruxelles. M. Romano Prodi, président de la Commission européenne (CE), a affirmé le 15 mai que l'UE renoncerait à tout règlement des obligations encourues par les PMA au titre de prêts spéciaux accordés dans le cadre de l'ex-convention de Lomé (actuelle convention de Cotonou. Deux jours plus tard, M. Pascal Lamy, Commissaire du commerce à la CE, s'est engagé à ce que l'UE cesse de prendre des mesures anti-dumping à l'encontre des PMA et contribue au renforcement de leurs capacités commerciales. Une contribution de 200 millions de dollars à un fonds fiduciaire multilatéral pour le sida, projet à l'initiative du Secrétaire général Kofi Annan, a été annoncée par M. Andrew Natsios, directeur de l'Agency for International Development des Etats-Unis qui a également fait savoir que son agence avait demandé des crédits supplémentaires en vue d'accroître l'allégement de la dette des pays pauvres et de soutenir des projets d'éducation de base.

Espoirs anéantis

Les responsables de l'Afrique et d'autres pays moins avancés avaient pourtant espéré plus. Les organisateurs du secrétariat de la conférence avaient en particulier envisagé la possibilité que d'autres pays développés suivent l'exemple de l'UE et suppriment les taxes à l'importation ainsi que les quotas imposés aux produits importés des PMA. Ces espoirs étaient entretenus par M. Annan qui avait affirmé le jour de l'ouverture de la conférence que les initiatives de l'UE n'étaient qu'un début.

Mais M. Lamy, qui, dans les coulisses, avait oeuvré à convaincre les pays n'appartenant pas à l'UE (les Etats-Unis, le Canada et le Japon) de suivre, déclara, au cours d'un briefing de presse plus tard dans la semaine, que ces initiatives avaient échoué. Même si tous ces pays font bénéficier nombre d'importations des PMA de conditions préférentielles, certains produits "jugés sensibles" se retrouvent en situation de concurrence et se heurtent à un barrage de mesures de protection. Les domaines d'achoppement sont par exemple le riz au Japon et les textiles aux Etats-Unis, dit M. Lamy.

M. Lamy s'est toutefois montré confiant au vu des progrès enregistrés sur le plan de l'accès par les PMA aux marchés du Nord, progrès qui pourraient renforcer le commerce dans les PMA et accroître le potentiel d'investissements sans pour autant menacer les producteurs des pays riches. D'après la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), les exportations des PMA représentent seulement 0,4% du commerce mondial. Pour conclure, les participants à la conférence se sont mis d'accord uniquement pour "oeuvrer à atteindre les objectifs" consistant à supprimer les tarifs douaniers et les quotas.

(Voir graphique)

Susciter un soutien moral

A cet égard, les pays les moins avancés peuvent aussi s'attendre à recevoir l'appui de la société civile internationale. S'exprimant devant le Forum des ONG qui se tenait en même temps que la conférence des PMA, le secrétaire général des Nations Unies a fait l'éloge de la campagne de la société civile qui, ces dernières années, a fait connaître au grand public le fardeau des pays pauvres lourdement endettés et a encouragé des initiatives similaires pour faire face à leurs inquiétudes sur le plan du commerce. "Il faut organiser une campagne prônant l'ouverture des marchés qui suscitera le même intérêt que la campagne d'annulation de la dette" a-t-il dit. M. Annan a noté que certaines ONG avaient préconisé l'initiative "Jubilée 2010" qui supprimera les barrières douanières imposées aux pays pauvres et formera les salariés des pays développés les plus susceptibles de perdre leur emploi en raison d'un accroissement de la concurrence des pays en développement.

Pour ce qui est des PMA elles-mêmes, M. Kaberuka, Ministre des finances du Rwanda, a déclaré "nous devons voir ce que nous pouvons faire nous-mêmes" afin de créer un climat stable favorable aux investissements étrangers directs. Il s'est dit convaincu que l'engagement pris par les PMA d'améliorer la gouvernance et les ressources humaines et de mobiliser leurs propres ressources financières serait tenu. "En grande partie, affirma-t-il, c'est parce que les PMA examineront leurs performances mutuelles car il est de leur intérêt de procéder ainsi. Puisque de nombreux PMA ont des frontières communes, a-t-il fait remarquer, une évolution négative dans un pays limitrophe pourrait faire obstacle au commerce et aux investissements dans l'ensemble des pays pauvres."

Nouvelles négociations commerciales ?

En toile de fonds de la conférence de Bruxelles, la possibilité d'une nouvelle série de négociations commerciales par le truchement de l'Organisation mondiale du commerce a été évoquée. M. Mike Moore, Directeur général de l'OMC, a déclaré au cours d'une séance que "aucun nouveau round ne pourrait être lancé ou conclu sans que la question des intérêts des PMA ne soit abordée et résolue." Il a ajouté que l'OMC oeuvrait pour que les PMA contribuent plus pleinement et plus équitablement aux accords commerciaux mondiaux

Cela dit, nombre de PMA, ainsi que des pays comme le Nigéria qui ne fait pas partie des PMA, ont exprimé leur réticence à participer à de nouvelles négociations avant que les promesses qui leur ont été faites au cours des rounds précédents ne soient tenues. M. Iddi Simba, Ministre du commerce de Tanzanie, s'est plaint que les pays pauvres souffraient d'une "indigestion" d'accords commerciaux et croulaient sous la paperasserie et les conditionnalités. Qui plus est, les PMA ont besoin d'aide afin de renforcer leurs capacités de production et de diversifier leur production. Ainsi ils pourront tirer parti des nouveaux débouchés qui s'ouvrent à eux sur les marchés, a-t-il dit lors d'une séance sur le commerce.

Les PMA et les pays africains ont peut-être été légèrement ramollis par la promesse, faite dans le cadre du programme d'action de Bruxelles pour les partenaires du développement, de mettre pleinement en oeuvre les "mesures spéciales et différentielles" devant contribuer à aider les PMA à répondre à leurs obligations au titre des négociations commerciales de l'Uruguay Round qui ont conduit à la création de l'OMC. Le programme d'action propose aux pays développés d'envisager d'autres nouvelles mesures avantageuses pour les PMA.

Les PMA ne considèrent rien de cela comme un acquis. M. Simba a annoncé à Bruxelles qu'une réunion spéciale des représentants commerciaux des PMA serait organisée avec l'aide de la CNUCED. Elle se tiendra en Tanzanie, en anticipation de la prochaine réunion ministérielle de l'OMC du mois de novembre au Qatar. Il a déclaré que la réunion évaluerait les avantages potentiels d'une nouvelle série de négociations. Il a également prévenu que l'OMC pourrait devenir inefficace ou disparaître si les besoins des pays en développement n'étaient pas pris en compte.

UE : Les conditionnalités de l'aide seront simplifiées

Vu les inquiétudes grandissantes des pays africains quant à la prolifération des conditions attachées à l'assistance des pays donateurs, l'Union européenne souhaite "simplifier et rendre plus claires" les conditions liées à l'aide qu'elle procure" affirme à Afrique Relance M. Poul Nielson, commissaire européen de la coopération au développement et à l'aide humanitaire, au cours d'un entretien réalisé fin janvier. En outre, il ne faut pas que les pays bénéficiaires sentent que de telles conditions leur sont imposées de l'extérieur, dit M. Nielson, qui préfère les rebaptiser "principes communs". De plus en plus, dit-il, l'UE fondera ses accords d'aide sur les documents de stratégie de réduction de la pauvreté négociés entre les pays bénéficiaires, le FMI et la Banque mondiale.

Lorsqu'on lui demande si, en fin de compte, des conditionnalités excessives imposées par les pays donateurs ne s'opposent pas aux capacités des pays africains de décider et de gérer leurs propres affaires, M. Nielson convient que l'avenir du continent repose sur le renforcement des capacités. Il dit souhaiter que le renforcement des capacités devienne un volet "essentiel et convenablement financé" de la politique de l'UE en matière de coopération au développement avec l'Afrique, plutôt qu'un élément de plus simplement "ajouté" aux projets sur le terrain.

Certains critiques ont avancé que la politique commerciale de l'UE poussait les pays en développement à poursuivre leurs exportations de produits alimentaires traditionnels et les empêchait de diversifier leur production. M. Nielson répond que la diversification est certainement "la condition du progrès économique. Le renforcement des groupements économiques sous-régionaux représente une lueur d'espoir" dit-il "qui devrait faciliter la diversification des économies africaines." La Banque européenne d'investissement, note-t-il, dispose actuellement d'une facilité de 2 milliards 200 millions d'euros susceptible de contribuer au financement de projets de diversification. Les tarifs douaniers européens sur les produits manufacturés importés d'Afrique et d'autres pays pauvres ont été réduits, ce qui incite les industries manufacturières à se développer. Outre l'accord sur "tous les produits, excepté l'armement" importés des PMA, il compte que les tarifs douaniers imposés sur les produits manufacturés importés d'autres pays en développement" baisseront inévitablement pour atteindre des niveaux quasiment négligeables."

Signature d'un nouvel accord sur le cacao

Par Naututu Okhoya

Désireux d'obtenir "un développement équilibré de l'économie mondiale du cacao", les pays producteurs ont négocié un nouvel accord international avec les représentants des pays importateurs au début du mois de mars. Sixième de la série, l'accord devrait permettre de concilier les intérêts parfois divergents des exploitants de cacao, des exportateurs, des pays importateurs et des multinationales qui traitent les fèves de cacao, tout en tenant compte de la durabilité de l'environnement et de l'économie. Approximativement 70 % du cacao mondial est produit en Afrique de l'Ouest, la Côte d'Ivoire étant le premier producteur mondial, le Ghana venant en second. Les producteurs et les entreprises de transformation du cacao ont tous soufferts de graves difficultés ces dernières années puisque les prix mondiaux ont atteint leur niveau plancher depuis une trentaine d'années.

Négocié en 1993, le dernier accord sur le cacao allait venir à expiration à la fin du mois de septembre 2001, ce qui a poussé la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement à parrainer les discussions de Genève. La conclusion du nouvel accord est considérée comme un progrès puisque la première série de négociations du mois de novembre 2000 avait abouti à une impasse, la notion d' "économie durable du cacao" ayant suscité des divergences d'opinion.

M. Lambert Nguessan (Côte d'Ivoire), qui représentait le groupe africain aux négociations de Genève a insisté sur le fait qu'il fallait augmenter les revenus des producteurs de cacao. Le nouvel accord laisse cette tâche aux pays producteurs, attendant d'eux qu'ils aident les exploitants à former des coopératives afin d'augmenter leur pouvoir de négociation.

M. Nguessan a également souligné que les pays producteurs devaient absolument accroître la plus-value de leurs exportations en transformant les fèves de cacao localement plutôt qu'en les exportant sans les traiter. La Côte d'Ivoire elle-même a déjà avancé sur cette voie puisqu'elle exporte approximativement 5 % du cacao broyé mondial derrière les Etats-Unis et les Pays-Bas, qui exportent chacun 15 %. Basée à Londres, la conférence internationale composée de tous ses membres a été chargée d'administrer l'accord. Elle aidera les pays producteurs à préparer des offres de développement qui seront soumises aux institutions de financement. L'accord prévoit de créer un nouveau conseil consultatif qui sera composé d'organisations d'exploitants, de négociants, d'entreprises de traitement, de fabricants et d'instituts de recherche, dans le but d'attirer des investissements supplémentaires et de favoriser la recherche dans le secteur du cacao.

Un point de désaccord portait sur les "produits de substitution" du cacao. Dans le cadre des accords précédents, les membres étaient encouragés à interdire la fabrication du chocolat à partir d'ingrédients autres que le cacao, l'idée étant de préserver la qualité du chocolat et d'accroître la consommation de cacao. Toutefois, en juin 2000, une directive de l'Union européenne a permis d'inclure jusqu'à 5 % de graisses végétales dans les produits chocolatés. D'après la conférence internationale du cacao, cette mesure pourrait faire baisser de 74 000 tonnes la consommation de beurre de cacao, équivalent à 184 000 tonnes de fèves de cacao, et cause une perte de 780 millions de dollars pour les pays producteurs. L'accord reconnaît que l'emploi de substituts du cacao peut avoir des "effets négatifs" sur l'augmentation de la consommation de cacao, mais il ne propose aucun remède particulier.

Le nouvel accord sur le cacao, qui durera 5 ans, entrera en vigueur une fois ratifié par cinq pays exportateurs produisant au moins 80 % de la production de cacaco et cinq pays importateurs consommant au moins 60 % de cette production.

 



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