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Afrique Relance, Vol.15# 1-2 (juin 2001), page 38

Le Sénégal se risque à agrandir ses universités

Le nouveau gouvernement du Président Abdoulaye Wade projette une expansion spectaculaire de l'enseignement supérieur au Sénégal, rompant ainsi avec les accords économiques précédents qui avaient considérablement réduit ce secteur. A l'heure actuelle, environ 23 200 étudiants fréquentent les deux universités publiques du Sénégal, situées à Dakar et à Saint-Louis. Le gouvernement envisage de faire passer la population étudiante totale des deux universités à environ 40 000 d'ici à plusieurs années et d'accueillir d'autres étudiants dans des "centres universitaires" régionaux, comme celui de Bambey.


Le Président Abdoulaye Wade du Sénégal, auteur du plan Omega.

Photo : ONU


 Ces propositions ont été à l'origine de frictions avec les fonctionnaires de la Banque mondiale, qui avaient grandement influencé les politiques d'éducation du gouvernement précédent. En 1996, le Sénégal a conclu avec la Banque mondiale un projet concernant l'enseignement supérieur qui devrait s'étendre sur six ans et dont la Banque s'était engagée à financer 86 % du coût total de 14,5 milliards de francs CFA (30,9 millions de dollars). Nettement favorable à la libéralisation et à la promotion de l'enseignement supérieur privé, ce projet avait pour but de réduire le nombre d'étudiants fréquentant les universités publiques en restreignant les admissions, en augmentant les frais d'inscription et autres coûts à la charge des étudiants et en limitant le recrutement de personnel enseignant. Un programme d'éducation et de formation sur dix ans a ensuite été négocié afin de couvrir l'ensemble du secteur de l'éducation. Sur un budget total de 150 milliards de francs CFA pour les trois premières années, 4 % à peine ont été affectés aux universités.

Ces politiques ont suscité une opposition considérable aussi bien de la part des étudiants que du personnel enseignant, et les manifestations et les grèves à l'université n'ont pas manqué à la fin des années 90. Lorsqu'il faisait campagne pour la présidence, M. Wade s'est fait l'avocat d'un grand nombre des revendications économiques et sociales des pauvres du Sénégal, y compris des étudiants et des jeunes demandeurs d'emploi. Ceci a contribué à sa victoire inattendue en mars 2000 et à la solide majorité qu'a remportée sa coalition politique lors des élections législatives d'avril 2001.

Aux yeux de certains analystes, la nouvelle importance donnée à l'expansion de l'enseignement supérieur est une concession accordée aux électeurs ayant exprimé leur mécontentement. En effet, lorsque les violentes manifestations d'étudiants universitaires ont repris en janvier 2001 -- faisant un mort parmi les manifestants -- M. Wade n'a pas tardé à promettre de leur accorder les bourses supplémentaires qu'ils réclamaient. Mais ces dépenses plus importantes destinées à financer des bourses d'étudiants et le recrutement de personnel enseignant correspondent également à la conception générale que M. Wade a du développement et qui consiste à privilégier le renforcement des capacités de gestion, de la productivité et de la compétitivité internationale du Sénégal, grâce à une amélioration rapide des compétences professionnelles et techniques.

Les fonctionnaires de la Banque mondiale ont toutefois exprimé de sérieuses réserves quant à cet aspect des plans du gouvernement. Après l'accord que M. Wade a passé avec les étudiants, M. Adrien Wespoor, responsable des programmes d'éducation de la Banque en Afrique, a exhorté les autorités à s'en tenir au programme convenu, en réduisant tout particulièrement les dépenses consacrées aux bourses. Quelques semaines plus tôt, M. Madior Diouf, qui était alors Ministre de l'enseignement supérieur du Sénégal, avait accusé les négociateurs de la Banque mondiale de "dénigrer les intérêts" du Sénégal lorsque, avec deux autres ministres, il avait cherché à renégocier les termes des accords sur l'éducation signés par le gouvernement précédent. M. Diouf a suggéré que si la Banque mondiale continuait à s'entêter, le Sénégal pourrait aller chercher un financement ailleurs et il a expressément nommé l'Arabie saoudite. D'ailleurs, après l'accord que M. Wade a passé avec les étudiants universitaires, il a déclaré qu'un "ami arabe" s'était engagé à verser la majeure partie des fonds supplémentaires nécessaires aux bourses.

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