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Afrique Relance, Vol.15# 1-2 (juin 2001), page 3

L'Afrique établit ses propres stratégies

De nouvelles offensives contre la pauvreté et la marginalisation du continent

Par Ernest Harsch

Les dirigeants africains s'emploient activement à élaborer un ensemble de nouvelles stratégies de développement à l'échelle du continent. Le fossé entre nations riches et nations pauvres ne cessant de se creuser, leur objectif global est de mettre fin à "la marginalisation de l'Afrique et à l'exclusion sociale dont souffre sa population à l'échelle mondiale", déclare le Président de l'Afrique du Sud Thabo Mbeki. M. Mbeki et d'autres dirigeants mettent actuellement la dernière main à deux initiatives indépendantes qui devraient être présentées lors de la réunion au sommet annuelle des chefs d'État africains qui aura lieu à Lusaka (Zambie) en juillet. Beaucoup espèrent que ces deux plans seront regroupés en une seule et même vision d'avenir et de progrès.

Comme ces présidents africains l'ont affirmé à plusieurs reprises depuis le début de l'année, leurs plans feront autant que possible appel aux efforts et aux ressources de l'Afrique. Cette résolution traduit leur désillusion croissante envers l'assistance et les conseils stratégiques des bailleurs de fonds traditionnels de l'Afrique, la colère qu'ils éprouvent de voir que le continent n'a pas accès aux débouchés qu'offre la mondialisation et leur prise de conscience du fait que l'Afrique a besoin d'une solution radicalement différente pour sortir de son cycle de croissance lente et d'appauvrissement. Il s'agira "d'un plan conçu par l'Afrique à l'intention du peuple africain", fait valoir le Président du Nigéria Olusegun Obasanjo.



"Nous sommes d'accord sur la vision d'ensemble du développement de l'Afrique : un continent prospère... participant en toute égalité à l'économie mondiale."

Ces opinions semblent de plus en plus répandues en Afrique, ainsi qu'en témoignent plusieurs initiatives entreprises indépendamment les unes des autres et presque simultanément. L'une d'entre elles, provisoirement connue sous le nom de Partenariat du millénaire pour le Programme de relance de l'Afrique, est coordonnée par les Présidents Mbeki, Obasanjo et Abdelaziz Bouteflika (Algérie). Une autre initiative, que le Président Abdoulaye Wade du Sénégal, qui en est à l'origine, a nommée Plan Omega, fait à de nombreux égards double emploi avec le projet de l'OUA. Par ailleurs, la Commission économique pour l'Afrique de l'ONU (CEA) a rédigé le Contrat pour la relance de l'Afrique, visant à apporter un appui technique et analytique au Partenariat du millénaire.


Les Présidents Olusegun Obasanjo du Nigéria (à gauche) et Thabo Mbeki de l'Afrique du Sud, deux des artisans du Programme du millénaire.

Photo : © Associated Press


Les ministres africains des finances, du développement et de la planification se sont réunis à Alger du 8 au 10 mai pour examiner ces divers plans. Exprimant le désir de nombreux gouvernements africains d'obtenir une meilleure coordination du processus, le Ministre des finances du Zimbabwe, Simba Makoni, a rappelé que l'Afrique ne peut se permettre de disperser ses efforts entre des initiatives différentes. Par ailleurs, les ministres ont exhorté les responsables des Plans du millénaire et du plan Omega à oeuvrer en faveur "d'une vision commune de l'avenir de l'Afrique... et d'un seul programme qui refléterait les dimensions nationales, sous-régionales et régionales du continent". Afin de continuer à mettre au point et à harmoniser leur travail, des experts des deux plans participeront à des ateliers à Abuja (Nigéria) et à Dakar (Sénégal) avant le sommet de Lusaka.

"Nous sommes d'accord sur la vision d'ensemble du développement de l'Afrique : un continent prospère ne connaissant pas de conflits, qui participe avec succès à l'économie mondiale en toute égalité et dans lequel tous les citoyens peuvent réaliser leur potentiel", ont déclaré les ministres africains.

Toutefois, cette vision est loin de la triste réalité à laquelle l'Afrique est actuellement confrontée. Le Président de la Tanzanie, Benjamin Mkapa, a fait observer que, dans les faits, la mondialisation a été synonyme en Afrique "d'exclusion plus que d'intégration, de privations plus que d'avantages". Comme l'indiquent souvent les analystes africains, l'Afrique subsaharienne ne génère que 2 % des exportations mondiales et le continent dans son ensemble ne représente que 1,9 % de l'ensemble des investissements étrangers directs. L'aide fournie par les principaux bailleurs de fonds de l'Afrique n'a cessé de diminuer au cours des cinq dernières années (voir encadré, "L'Afrique reçoit une aide de plus en plus réduite").

Doit-on repenser la mondialisation ?

C'est dans cet état d'esprit que les dirigeants africains se sont rendus au Forum économique mondial de Davos (Suisse), fin janvier. Ce forum, qui se tient tous les ans, réunit de nombreux dirigeants de sociétés et hommes politiques du monde entier, et en particulier des pays industrialisés. Cette rencontre symbolise donc maintenant le mouvement en faveur de la mondialisation.

Dans le discours qu'il a prononcé lors du Forum, le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a fait observer que les nombreux manifestants qui se trouvaient à l'extérieur des salles de conférence étaient représentatifs d'une attitude répandue. "Aujourd'hui, pour bien trop de personnes dans le monde, a-t-il dit, la libéralisation fait figure de menace, pour leurs moyens d'existence, les modes de vie et la faculté de leurs gouvernements de les servir et de les protéger." Selon lui, la plupart des gens ne souhaitent pas faire reculer la mondialisation mais "aspirent à un autre type de mondialisation, meilleur que ce que nous connaissons aujourd'hui".

Les organisateurs du Forum ont consacré une table ronde à "la réaction d'hostilité qu'a provoquée la mondialisation", reconnaissant ainsi indirectement les importantes manifestations qui ont été organisées depuis l'an dernier contre l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et d'autres institutions du même ordre. Tandis que le Président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, et plusieurs dirigeants d'entreprises de premier plan ont souligné l'importance de dialoguer avec les opposants à la mondialisation, M. Mbeki, plus direct, s'est félicité des manifestations dans lesquelles il a vu le reflet d'un "nouvel internationalisme" qui prend de l'ampleur parmi les militants du Nord aussi bien que du Sud.

Le Président Mbeki a mis en garde contre le fait que pour de nombreux habitants des pays en développement, surtout en Afrique, la mondialisation se traduit non pas par de nouvelles possibilités, mais par "des inégalités croissantes au sein des pays... une plus grande polarisation entre pays ... [et] une plus grande vulnérabilité face aux chocs macroéconomiques". Par conséquent, a-t-il dit, nous devons avoir pour objectif de "repenser" la mondialisation en minimisant la polarisation et l'exclusion sociale et en améliorant l'accès des particuliers aux avantages qu'elle présente.

Priorités pour le millénaire

Le Président de l'Afrique du Sud, avec ses homologues du Nigéria, du Sénégal et de la Tanzanie, a placé un grand nombre de ces considérations générales dans un contexte spécifiquement africain, au cours d'une autre table ronde consacrée à l'Initiative africaine du millénaire. Ce programme, ont-ils souligné, pourrait permettre de modifier les relations que l'Afrique entretient avec le reste du monde, tout en dynamisant son programme de développement.

M. Mbeki et ses confrères ont présenté les principales priorités du Plan du millénaire :

-- L'établissement de la paix, de la sécurité et de la stabilité, en partie grâce à de nouveaux efforts d'expansion et de consolidation des régimes démocratiques en Afrique. Comme M. Mbeki l'a précisé quelques mois plus tard, cela se traduirait par la "fin des coups d'Etat et des gouvernements militaires imposés aux peuples de l'Afrique, ainsi que des conflits violents, et le rejet des élites qui s'enrichissent d'une manière corrompue aux dépens du peuple". Le Président Mkapa a bien précisé lors du Forum de Davos que seuls les Africains peuvent renforcer les institutions administratives et gouvernementales et qu'il est impossible d'imposer ces changements de l'extérieur.

-- Des investissements en faveur du peuple africain, grâce à une stratégie globale de mise en valeur des ressources humaines, avec notamment une amélioration des secteurs de la santé, de l'éducation et de la formation. Ceci contraste avec les rigueurs imposées par les politiques d'ajustement structurel pendant la plus grande partie des années 80 et 90, qui ont souvent entraîné des réductions des dépenses sociales.

-- La promotion de l'industrialisation, grâce aux abondantes ressources agricoles et minérales de l'Afrique, pour accroître la diversité économique du continent et renforcer sa position dans l'économie mondiale.

-- L'augmentation des investissements dans les technologies de communication et d'information de pointe afin de combler la "fracture numérique" qui sépare maintenant l'Afrique des pays développés. Le Secrétaire général de l'ONU a noté à Davos que l'accès à Internet est plus réduit dans l'ensemble de la région située au Sud du Sahara que dans le quartier de Manhattan de la ville de New York. La plupart des Africains vivent à au moins deux heures de route du téléphone le plus proche.

-- La mise sur pied d'une infrastructure physique de base : routes, chemins de fer, centrales électriques, etc. Aujourd'hui, l'Afrique (à l'exception de l'Afrique du Sud) ne dispose que de 171 000 kilomètres de routes asphaltées -- soit moins que la Pologne.

-- La création de mécanismes de financement qui appuieront tous ces efforts. Il faudrait que ces mécanismes financent des projets au niveau national, mais avant tout qu'ils sous-tendent les projets et les programmes entrepris à l'échelle régionale et continentale.

Ressources nationales, aide extérieure

Les artisans du Plan du millénaire estiment que le financement devrait venir dans la mesure du possible des pays d'Afrique, en faisant moins appel aux sources traditionnelles comme les organismes donateurs. "Nous devons et pouvons éviter les mesures qui renforcent la dépendance de l'Afrique vis-à-vis de l'aide, a déclaré M. Mbeki. Il est nécessaire que les peuples de l'Afrique se persuadent qu'ils ne sont pas et ne doivent pas être les pupilles de tuteurs bienveillants, mais les instruments de leur propre progrès soutenu."

Pour réduire la dépendance à l'égard de l'aide, il faut s'efforcer davantage de faire participer le secteur privé en Afrique. "Nous devons prendre toutes les mesures qui s'imposent pour encourager les investisseurs africains à investir en Afrique, plutôt que de contribuer à la fuite des capitaux en dehors de l'Afrique", a déclaré le Président Mbeki à l'occasion d'un festival consacré à la renaissance africaine qui s'est tenu fin mars à Durban.

Il faudra également attirer davantage d'investissements étrangers. Comme l'a fait remarquer à Davos le Ministre sud-africain des finances, Trevor Manuel, même son pays -- dont l'économie est la plus importante et la plus diversifiée du continent -- ne dispose pas d'un taux d'épargne intérieur suffisant pour financer les investissements nécessaires. Il doit donc aussi faire appel à davantage d'investissements étrangers.

Il est possible par ailleurs d'augmenter les recettes en développant les exportations. Mais comme l'a vigoureusement expliqué M. Manuel, il faut pour cela ouvrir aux exportations africaines les marchés des économies développées. A l'heure actuelle, a-t-il noté, les grandes puissances économiques -- l'Union européenne, les Etats-Unis et le Japon -- ne suivent pas les mêmes règles que le reste du monde en matière de libre-échange.

Etant donné les perspectives d'avenir incertaines du commerce africain et l'insuffisance des investissements étrangers destinés au continent, l'aide publique au développement restera un élément important du financement du développement de l'Afrique, au même titre que les économies qui pourraient résulter de l'allégement de la dette. En ce qui concerne la dette, les ministres africains ont noté lors de leur réunion d'Alger que les accords actuellement conclus pour 18 pays africains dans le cadre de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) de la Banque mondiale et du FMI sont insuffisants et qu'il faut faire plus si l'on veut réduire considérablement le fardeau de la dette du continent.

Certains des artisans de l'Initiative du millénaire estiment qu'il est dans l'intérêt des pays industrialisés d'offrir une aide plus généreuse. Le Président Mbeki a fait remarquer que l'Afrique dispose de considérables "richesses écologiques". Elle a, par exemple, de nombreuses forêts pluviales, une atmosphère quasiment sans gaz carbonique et des sols et des eaux qui n'ont pas été pollués à l'excès -- et ces richesses ajoutent à la qualité de l'environnement mondial. Investir dans le développement durable de l'Afrique permet donc d'aider les Africains à protéger l'environnement pour eux-mêmes et le reste du monde.

D'autres intervenants ont plutôt insisté sur les obligations des pays donateurs. L'archevêque W.H. Njongonkulu Ndungane du Cap (Afrique du Sud) a fait valoir qu'en raison de l'esclavage qu'a connu l'Afrique par le passé, de la guerre froide et de la dette, il faut un programme d'aide massive qui soit "en quelque sorte une réparation".

Quelle que soit les raisons qui poussent les donateurs à offrir leur assistance, les dirigeants africains voient d'un oeil de plus en plus critique les pratiques établies des principaux pays et organismes donateurs, qu'ils considèrent paternalistes, autoritaires et assorties de conditions si nombreuses qu'elles réduisent la marge de manoeuvre des Africains.

Les dirigeants africains maintiennent que la relation que le continent entretient avec les institutions externes devrait être plus équitable et se faire sur la base d'un véritable "partenariat". Il faut pour cela procéder à la réforme des institutions internationales. Le Président Mbeki a instamment demandé que l'OMC "accorde plus d'importance aux préoccupations des pays du Sud". Son Ministre des finances, M. Manuel, a proposé que la Banque mondiale et le FMI cessent d'accorder des droits de vote plus importants aux grandes puissances économiques et adoptent le système "une nation, un vote" de l'Assemblée générale des Nations Unies.

Le plan Omega

A Davos, le Président Wade du Sénégal s'est félicité de l'Initiative du millénaire. Il a toutefois profité de l'occasion pour présenter son plan Omega. Ce plan part du principe selon lequel la croissance économique et le développement de l'Afrique ne seront solides et durables que si les pays investissent davantage dans quatre domaines prioritaires, à savoir : l'infrastructure, l'éducation et la formation, la santé et l'agriculture.

Depuis que M. Wade a remporté la victoire aux élections de mars 2000, il a mis l'accent sur les compétences et la formation, ce qui a déjà suscité au Sénégal de nouveaux efforts d'amélioration de l'enseignement supérieur, malgré le désaccord de la Banque mondiale à ce sujet (voir encadré, "Le Sénégal se risque à agrandir ses universités"). Selon lui, cette priorité est essentielle si l'on veut que l'Afrique puisse améliorer sa productivité et faire face à la forte concurrence qu'impose une économie de plus en plus mondialisée. "Si nous pouvons aller dans le sens d'une plus grande égalité en ce qui concerne l'enseignement et l'infrastructure, a-t-il dit à Davos, l'Afrique pourra jouer un rôle dans le commerce mondial."

M. Wade a ajouté que l'amélioration des réseaux de transport entre pays africains est également essentielle si l'on veut encourager le commerce et l'intégration régionale. Les liaisons actuelles, établies à l'époque coloniale, vont généralement de l'intérieur vers les villes portuaires qui longent la côte, mais relient bien moins souvent les uns aux autres les pays voisins. Il est impossible d'aller directement en voiture de Dakar à Rabat, la capitale du Maroc, a-t-il noté.

M. Wade a qualifié le Plan Omega de plan d'inspiration "keynésienne", laissant ainsi entendre que le gouvernement doit jouer un rôle central dans la promotion des investissements dans ces secteurs clés. Toutefois, il a également souligné l'importance des investissements privés nationaux et étrangers pour le financement des projets d'infrastructure et il est ouvertement favorable aux privatisations. Lorsqu'il a évoqué la privatisation au Forum économique mondial, il a provoqué un débat, au cours duquel M. Jackson Shamenda, Président du Zambia Congress of Trade Unions (Fédération des syndicats de la Zambie) a soutenu que les dirigeants africains ne devraient pas renoncer à leurs responsabilités face à la société en ayant recours à la privatisation.

Le plan Omega et le Plan du millénaire diffèrent en apparence dans la mesure où ils n'accordent pas la même importance aux sources traditionnelles de financement. M. Wade est apparemment encore plus opposé à l'aide extérieure au développement que les autres présidents. Quand il parle de l'ancienne dépendance de l'Afrique vis-à-vis de l'aide et des prêts, il la qualifie "d'échec complet", qui n'a entraîné que peu d'avantages durables mais a aggravé le problème de la dette du continent. Le Président sénégalais a ajouté lors de sa visite au Maroc, à la fin mai, que le processus actuel d'aide présente un autre problème du fait du manque de coordination. "Si nous continuons à construire un petit aéroport par-ci et un tronçon de route par-là, il faudra 50 ou 100 ans pour combler le retard qui existe en matière d'infrastructure."

L'un des conseillers économiques de M. Wade, M. Gnounka Touré Diouf, a évoqué une autre préoccupation : l'aide est souvent assortie de conditions excessives et les bailleurs de fonds ont une influence démesurée sur les politiques nationales. Ce n'est pas la première fois que l'Afrique a des plans de développement, a-t-il observé en mai à Dakar lors d'une réunion d'information sur le plan Omega, "mais toutes les autres fois, les donateurs se sont ingérés dans ces plans. Cette fois-ci, nous disposons d'un plan qui a été conçu et mis au point par les experts africains eux-mêmes".

Lors d'une réunion d'économistes à Dakar en février, M. Wade a vivement dénoncé l'action du FMI et de la Banque mondiale. Il a souligné que ces institutions n'ont pas été créées dans l'intérêt de l'Afrique et que leurs interventions constantes ont entraîné un accroissement de l'endettement du continent. Par ailleurs, leur orientation change constamment, a-t-il déclaré. "Ils ne nous consultent pas pour comprendre quel genre d'orientation il conviendrait de suivre."

Afin que la communauté mondiale puisse mieux soutenir l'Afrique, le Président Wade propose la création d'un nouveau fonds international, géré par les Nations Unies, qui offrira des prêts concessionnels à très long terme (échéance de 50 ans) pour des projets privilégiant les quatre domaines prioritaires du Plan Omega.

Porto Alegre

Les organisations non gouvernementales (ONG) africaines et les associations de la société civile ont également critiqué les institutions financières internationales et les institutions commerciales, mais en des termes encore plus cinglants. Pendant la réunion de Davos, quelque 15 000 participants originaires de 120 pays du monde, y compris de l'Afrique, se sont réunis au Forum social mondial de Porto Alegre (Brésil). Reconnaissant l'importance de cette réunion, certains des participants de Davos -- y compris le financier international George Soros et l'Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement, Mark Malloch Brown -- ont participé à un débat transmis en direct par satellite avec des animateurs du Forum de Porto Alegre.

Les participants au Forum de Porto Alegre ont été nombreux à signaler leur désaccord face à une approche rigoureusement économique ou "néolibérale" de la mondialisation et ont demandé plutôt une "autre mondialisation", qui accorderait une plus grande priorité aux droits des individus et à leur bien-être social. "On s'en prend aux valeurs du néolibéralisme parce qu'elles font passer l'individualisme du marché avant les valeurs sociales et le bien public", a noté le député sud-africain Ben Turok.

Les groupes disparates qui se sont réunis à Porto Alegre n'ont pas publié de communiqué final, bien qu'ils aient décidé d'un commun accord de se réunir à nouveau l'an prochain et qu'ils aient encouragé les militants à continuer de manifester lors des principales réunions de l'OMC, de la Banque mondiale, du FMI et d'autres institutions du même ordre.

Annuler la dette de l'Afrique

Certaines organisations ou groupes d'associations ont profité du Forum pour faire part des problèmes qui les concernent directement. M. Ousseynou Sané, cultivateur sénégalais faisant partie d'un réseau international qui a pour nom Agriculture paysanne et mondialisation, a déploré la baisse sur le marché mondial des cours des produits agricoles alors que les prix des engrais et des autres entrants continuent à augmenter. De nombreuses ONG africaines présentes à Porto Alegre ont publié une déclaration réclamant l'annulation de la dette de l'Afrique et le rétablissement de la "souveraineté" des pays d'Afrique. Jubilé Sud, qui fait partie de la coalition internationale contre la dette de Jubilé 2000, a appelé les ONG et les chercheurs à convoquer dans leurs pays "des tribunaux populaires chargés d'examiner la question de la dette" afin de juger si les prêts contractés par leurs gouvernements étaient justifiés.

Un mois plus tard à Bamako (Mali), il a été à nouveau question de la dette de l'Afrique. Lorsque M. Wolfensohn, Président de la Banque mondiale, est arrivé avec le Directeur général du FMI, Horst Köhler, il a été accueilli par une manifestation organisée par le groupe malien affilié au mouvement du Jubilé. "A notre avis, le FMI et la Banque mondiale sont à l'origine de l'appauvrissement de notre pays", a déclaré Mme Aminata Touré Barry, l'une des organisatrices de la manifestation.

La visite commune organisée au Mali par les dirigeants de ces deux institutions financières était sans précédent, et selon M. Köhler, elle représentait une "nouvelle démarche" reposant sur un dialogue plus étroit avec les dirigeants africains. Après s'être entretenus à Bamako avec une douzaine de présidents, ouest-africains pour la plupart, les deux hommes sont ensuite allés à Dar es-Salaam (Tanzanie), où ils ont rencontré douze autre chefs d'Etat d'Afrique orientale et australe.

Les réunions se sont tenues en privé et aucun résultat concret n'a été annoncé. Toutefois, M. Köhler a indiqué que le FMI et la Banque mondiale seraient plus disposés à financer les projets ayant une dimension régionale et sous-régionale que les projets ayant une dimension simplement nationale, conformément à l'approche recommandée aussi bien par l'Initiative du millénaire que par le plan Omega.

De fait, lors de leur séjour à Bamako, les dirigeants du FMI et de la Banque mondiale ont eu droit à une présentation du Programme du millénaire, effectuée par les Présidents Mbeki, Obasanjo et Bouteflika, auxquels s'était joint le Président du Mali, Alpha Oumar Konaré. Quelques jours plus tard, M. Köhler s'est félicité publiquement du programme, qu'il a qualifié de "conception distinctement africaine", sous la conduite de "nouveaux dirigeants oeuvrant en commun en Afrique".

Lors de la réunion de mai des ministres africains à Alger, les représentants des donateurs ont accueilli tout aussi favorablement le programme. M. Jean-Claude Fauré, Président du Comité d'aide au développement de l'Organisation de coopération et de développement économiques des pays industrialisés, s'est réjoui de la campagne menée par l'Afrique afin de "prendre en main" son propre développement et il a promis que l'organisation y apporterait son appui.

L'initiative africaine, a déclaré le Secrétaire exécutif de la CEA, K.Y. Amoako à Alger, "imprime un élan politique nécessaire, car seuls les principaux dirigeants politiques de l'Afrique pourront mettre en place les changements nécessaires en matière de gouvernance pour donner à notre développement une base durabl. Cette initiative nous donne une forte visibilité face à nos partenaires et je pense qu'elle renforcera nos chances d'obtenir les changements que nous recherchons en matière de partenariat de développement."


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