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Afrique Relance, Vol.15# 1-2 (juin 2001), page 42 La menace des pesticides en Afrique Des décharges de déchets toxiques menacent les populations, le bétail et les terres Une nouvelle étude de la FAO, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, a révélé que le volume des stocks de pesticides périmés et mortels est cinq fois supérieur aux estimations antérieures et qu'il constitue une véritable bombe à retardement toxique pour l'Afrique et d'autres régions en développement. Publiés le 9 mai dernier, ces nouveaux chiffres alarmants portent les quantités de pesticides périmés et interdits à 100 000 tonnes en Afrique et au Moyen Orient, 200 000 tonnes en Asie et 200 000 tonnes en Europe de l'Est et dans l'ex-Union Soviétique. Ils sont souvent stockés dans des conteneurs endommagés qui fuient, sans que la population ou l'environnement soit convenablement protégés. Si l'on en croit les estimations de la FAO, des stocks de plus de 48 000 tonnes de pesticides de cette nature ont été repérés jusqu'à présent en Afrique et le chiffre total pourrait bien encore augmenter lorsque des données supplémentaires de l'enquête seront publiées. (voir tableau).
Dans ces stocks se trouvent certains produits chimiques qui figurent parmi les mélanges les plus dangereux, notamment la dieldrine, le DDT et le chlordane. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que plus d'un million de personnes dans le monde ont été en contact avec des pesticides, le nombre des décès se montant à 20 000 par an. "Les dangers mortels liés aux pesticides périmés sont alarmants. Il faut agir d'urgence et nettoyer les décharges publiques" a noté M. Alemayehu Wodageneh, expert de la FAO. Non seulement ces "stocks oubliés" présentent un danger pour la santé publique mais ils contaminent également l'eau et le sol. Les infiltrations de pesticides peuvent contaminer de très vastes zones et les rendre impropres à l'agriculture. Le problème est particulièrement grave en Afrique subsaharienne où les agriculteurs et les responsables de la réglementation manquent souvent des ressources financières et des capacités techniques nécessaires à la manipulation sûre des pesticides et à l'élimination des produits contaminés interdits ou non homologués. La FAO et l'OMS estiment que dans les pays en développement, 30 % au moins des pesticides vendus chaque année (soit 900 millions de dollars l'année dernière) ne répondent pas aux normes internationales et sont souvent mal étiquetés ou carrément non identifiés. Le problème prend des proportions dramatiques en Ethiopie où quelque 3 400 tonnes de pesticides périmés, pour la plupart vieux de plus de 20 ans, sont stockés dans un millier de sites répartis sur le territoire. L'une des plus grandes décharges publiques se trouve au centre d'Addis-Abeba, la capitale. Elle contient plus de 30 tonnes de pesticides périmés, stockés dans des barils qui fuient, situés près de 40 silos à grains. Dans le village d'Arjo, dans l'ouest de l'Ethiopie, les chercheurs de la FAO ont trouvé plus de 5 tonnes de DDT et du malathion dans une grange en ruine au milieu du village, à quelques mètres des habitations et des pâturages. Les habitants du village se plaignent depuis longtemps de nausées, de problèmes respiratoires et de maux de tête et ils signalent que ce site non protégé dégage une odeur pestilentielle. Le gouvernement éthiopien et la FAO, grâce à un financement des Pays Bas, de la Suède et des pouvoirs publics américains, ont commencé à nettoyer la zone afin de détruire 1 500 tonnes de pesticides, ce qui représente le plus vaste effort de décontamination actuellement mené en Afrique. Elimination coûteuse et difficile Mais les initiatives d'élimination de stocks de pesticides
périmés en Afrique ayant été estimées
à 250 millions de dollars, les efforts de nettoyage sont
lents. Une enquête préliminaire de la FAO sur les
sites toxiques de 39 pays africains a révélé
que sur les 48 081 tonnes de produits chimiques répertoriées,
seules 2 838 tonnes avaient été détruites.
Faute d'incinérateurs à haute température,
les pesticides africains doivent être expédiés
en Europe, procédure dangereuse et coûteuse qui
a jusqu'à présent entravé les initiatives
de nettoyage. Des travailleurs agricoles chargent des pesticides dans un avion de poudrage. L'élimination des pesticides est coûteuse et dangereuse. Photo : FAO Il faut que les fabricants de pesticides, secteur dominé par une poignée de compagnies américaines, européennes et japonaises soient plus impliqués, affirme M. Wodageneh. "Il est crucial que les industriels financent le processus d'élimination car les agences d'aide des pays donateurs ne sont pas à même de couvrir la totalité des coûts." L'industrie s'est engagée à participer à l'incinération des composés périmés et instables, note-t-il, mais jusqu'à présent leur contribution reste minime. De leur côté, la FAO, l'OMS, le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) et l'Organisation des Nations Unies pour le développement industriel ont renforcé leurs initiatives d'assistance aux gouvernements africains afin de permettre à ces derniers de repérer la menace toxique et d'y répondre. En juin 2000 à Dakar (Sénégal), le PNUE a organisé un atelier régional sur la Convention de Rotterdam qui régit le commerce des produits chimiques dangereux et des pesticides. Les institutions des Nations Unies oeuvrent, de concert avec de nombreux pays africains (notamment le Nigéria, l'Ouganda, le Sénégal et l'Ethiopie), à l'élaboration de plans d'actions nationaux destinés à la manipulation et l'élimination des pesticides et elles encouragent les pouvoirs publics à remplacer les insecticides chimiques par des produits de remplacement respectueux de l'environnement. Le 23 mai, 122 pays ont adopté la Convention de Stockholm
sur les polluants organiques persistants et ont interdit les
12 produits les plus dangereux. Le Fonds pour la protection de
l'environnement, géré par la Banque mondiale, le
PNUE et le PNUD, financera la mise en oeuvre de la convention. [retour au volume 15 #1-2 sommaire ] [ Accueil ] [ Actualités ] [ Magazine ] [ Index / Recherche ] [ A propos d'Afrique Relance ] [ Accueil - ONU ] [ Nouvelles - ONU ] [ Grand rapports de l'ONU ] [ Liens de l'ONU pour l'Afrique ] Le contenu de cet article peut être reproduit librement, à condition d'en indiquer l'origine : "Afrique Relance, ONU". Merci de nous en envoyer une copie. Afrique Relance Site Web : www.africarecovery.org |
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