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Afrique Relance, Vol.15# 1-2 (juin 2001), page 36 Une ville assainie de fond en comble Le projet d'Habitat pour la mise en oeuvre d'Action 21 à l'échelon local Par Roman Rollnick, Nakuru Cette ville poussiéreuse située à environ 160 kilomètres au nord-ouest de Nairobi, la capitale du Kenya, était auparavant considérée comme la ville la plus propre d'Afrique de l'Est. Elle est connue pour son lac salin, l'un des sites d'élevage de flamants roses les plus importants du monde qui est également le centre du Parc national du lac Nakuru, la plus belle réserve du Kenya. Tous les ans, des milliers de visiteurs viennent du monde entier. Mais la situation laisse à désirer pour la population de Nakuru, estimée à 360 000 habitants, et dont le nombre augmente au rythme énorme de 7 % par an, selon les estimations du Centre des Nations Unies pour les établissements humains (CNUEH). Ce développement urbain rapide pose des problèmes aussi bien pour les fonctionnaires municipaux que pour les autorités responsables de la faune et de la flore sauvages. Il est courant que des buffles défoncent la clôture du parc. Et lorsque des babouins arrivent à l'escalader, ils peuvent liquider un champ de maïs mûr dans la nuit. Lorsqu'il pleut, des torrents de vidanges et de débris sont charriés vers le lac et occasionnent des problèmes de santé aussi bien aux humains qu'aux animaux. Pendant ce temps, les résidents les plus pauvres de Nakuru manquent de logements, n'ont pas d'électricité ou n'en ont qu'épisodiquement et connaissent une grave pénurie d'eau douce. Pour améliorer les conditions urbaines et environnementales locales, le CNUEH, également connu sous le nom d'Habitat, a lancé au début des années 90 un projet à long terme : le Programme de mise en oeuvre d'Action 21 à l'échelon local (Action 21 étant le programme d'action adopté il y a dix ans à Rio de Janeiro lors du Sommet Planète Terre). Habitat a créé des projets pilotes dans trois villes de taille moyenne à travers le monde : à Nakuru, dans la ville marocaine d'Essaouira et dans la ville de Vinh au Vietnam. 'Il ne s'agissait pas d'idées imposées' Avec l'accord des autorités municipales, une antenne du CNUEH disposant d'un personnel permanent a été établie dans le bâtiment municipal, sous la direction de Mme Margaret Ng'ayu, une urbaniste kényenne expérimentée. "Il ne s'agissait pas d'idées imposées par nous. Tous les projets entrepris par Habitat ont été longuement examinés lors de réunions périodiques avec les dirigeants municipaux et les représentants des collectivités locales, dit Mme Ng'ayu. Nous leur avons demandé quelles étaient à leur avis les priorités et comment nous pourrions collaborer et améliorer les choses. A chaque étape, nous nous sommes réunis avec eux pour adopter une démarche globale où tous les niveaux étaient représentés de façon appropriée." Des études menées par le CNUEH et l'administration locale ont produit des chiffres stupéfiants : 75,9 % de la population vit dans une seule pièce, généralement partagée avec d'autres personnes. A peine 3,1 % des habitants sont propriétaires de leurs habitations. Moins de 10 % des logements possèdent une cuisine, des toilettes et une salle de bains à l'intérieur. Le nombre de logements ayant l'eau courante ou l'électricité est encore plus faible. "Ce sont généralement les femmes qui doivent passer une bonne partie de leur temps à veiller à ce qu'il y ait suffisamment d'eau pour leurs familles, dit Mme Ng'ayu. Elles l'achètent à des marchands ou bien vont la chercher elles-mêmes." La National Water Corporation ne fournit que 13 000 mètres cubes par jour, sur les 75 000 dont la ville a besoin. Un nouveau puits foré, construit dans le cadre du Programme de mise en oeuvre d'Action 21 à l'échelon local, fournit maintenant 26 000 mètres cubes de plus. Les riverains peuvent y puiser de l'eau pour un prix symbolique et la vendre pour se faire un peu d'argent. Déchets et eaux usées Ces dernières années, des centres de ramassage d'ordures ont été construits dans les banlieues qui longent la réserve, ce qui a considérablement amélioré l'hygiène publique. Toutes les deux semaines, un camion compacteur de déchets fourni par la Banque mondiale vide ces centres. Un projet de système d'évacuation des eaux est à l'étude, qui permettra d'éliminer comme il convient les vidanges. "Grâce à l'aide des communautés locales, le système d'évacuation des vidanges qui, il y a quatre ans, ne bénéficiait qu'à 19 % des habitants de Nakuru s'étend maintenant à 30 %, déclare M. Simon Kiarie, responsable de la gestion des eaux usées et des déchets. Ce pourcentage, ajoute-t-il, s'élèvera à 70 % une fois que le programme sera pleinement opérationnel." Habitat encourage également les gens à construire des maisons en briques, produites à peu de frais à partir de sable volcanique local et de ciment. Plus de 100 logements ont été construits ainsi ces derniers temps, et "les gens adoptent de plus en plus cette méthode", indique M. Paul Chege, l'urbaniste municipal local. Les fonctionnaires de l'ONU ont constaté que si la situation s'améliore sensiblement à Nakuru, c'est notamment parce que des informations correctes sur les divers aspects du développement urbain ont été diffusées. "Je ne saurais trop dire à quel point il est important de simplifier les pratiques de la municipalité locale en matière de gestion de l'information", dit Mme Ng'ayu. Pour assurer une meilleure intégration de la planification et de la gestion du développement urbain et pour avoir plus de crédibilité face aux donateurs externes, il a été indispensable que les administrateurs principaux disposent systématiquement d'informations sur les différents secteurs. "Nous devons nous relever et cela est possible", a déclaré M. Erastus Makuna, un professeur de science qui est aussi animateur local de collectivité et qui a été consulté à tous les stades du programme d'Habitat. "Il faut du temps pour cela -- des années -- mais peu à peu nous voyons des progrès. Nous voulons que Nakuru soit à nouveau considérée comme la ville la plus propre d'Afrique."
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