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Afrique Relance, Vol.15# 1-2 (juin 2001), page 19

Le coût économique et social du sida

L'Afrique australe est particulièrement touchée dans sa croissance économique

Par Belinda Beresford, Johannesburg

En Afrique australe, comme partout ailleurs sur le continent africain, l'épidémie de sida n'est pas seulement une crise sanitaire. C'est également "une grande menace qui pèse sur le développement et la société humaine", pour reprendre les termes qu'a employés Peter Piot, le Directeur général du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA), lors d'une conférence organisée en avril dernier à Nairobi. La maladie ne s'en prend pas seulement aux générations actuelles ; elle met également en péril l'avenir, en fragilisant les économies et les sociétés africaines, souvent de façon insidieuse.



Le VIH/sida détruit les sociétés en commençant par s'en prendre aux éléments de base de la société : les femmes et les soutiens de famille.

En adoptant une approche restrictive, certains ont prétendu que le sida n'aurait probablement pas de graves répercussions économiques à l'échelle nationale, les malades étant, dans leur très grande majorité, pauvres et non qualifiés et ne jouant donc qu'un rôle économique minime. Cette approche ne tient compte ni de la dimension humaine de la maladie, ni des aspects sociaux et économiques plus généraux du développement. Elle fait également abstraction des nombreuses répercussions du sida qui se manifestent déjà de façon insidieuse dans des secteurs importants des pays les plus durement touchés par l'épidémie.

Lors d'une conférence internationale sur le sida organisée l'an dernier en Afrique du Sud, Jeffrey Sachs, économiste d'Harvard, a fait remarquer que le VIH/sida détruit les sociétés de la même façon qu'il détruit le corps humain : il commence par s'en prendre aux éléments de base de la société, les femmes et les soutiens de famille qui font vivre et protègent l'ensemble de la communauté. Mais si à terme, le sida compromet la croissance économique et nuit au développement, c'est surtout au niveau "cellulaire", c'est-à-dire dans les foyers africains, que ses effets se font d'abord sentir.

De toutes les régions d'Afrique, c'est l'Afrique australe qui a les taux de séropositivité les plus élevés (voir carte). En Afrique du Sud et au Botswana, la probabilité de mourir du sida est de 50 % chez les jeunes de 15 ans. D'après les prévisions effectuées l'an dernier par le Census Bureau des Etats-Unis, le Botswana, le Zimbabwe et l'Afrique du Sud connaîtront à cause du sida un taux d'accroissement négatif de la population. Des progrès difficilement acquis, concernant par exemple l'espérance de vie, l'éducation et l'alphabétisation, s'estompent. Au Botswana, le VIH devrait d'après les estimations réduire de moitié l'espérance de vie à la naissance.

L'Afrique du Sud, que l'on considérait auparavant comme la locomotive économique de la région, aurait, de tous les pays du monde, le pourcentage le plus élevé de séropositifs : une personne sur neuf, d'après les estimations. La propagation du virus ne devrait atteindre son paroxysme que dans cinq ans, lorsque le nombre de séropositifs passerait de 5,2 à 8,2 millions, soit près de 17 % de la population. Ces projections, bien sûr, ne tiennent pas compte d'éventuels progrès médicaux ou de modifications des comportements de la population, qui pourraient ralentir la progression de la maladie.

Dans les familles, les coûts directs du VIH/sida se mesurent par la perte de revenus des personnes qui sont mortes ou qui ont perdu leur emploi à cause de la maladie. L'épargne des ménages s'épuise, les dépenses autres que les soins de santé et les obsèques diminuent et les modes de consommation se modifient à mesure que les familles s'efforcent de prendre en charge les malades et les mourants.

M. Robert Greener, de l'Institut d'analyse politique du Botswana, a expliqué à Afrique Relance que si les recettes publiques provenant de l'industrie du diamant avaient été relativement épargnées par la crise du sida, les revenus des ménages ont été durement touchés. Les taux de pauvreté n'empireront pas nécessairement, "mais le taux d'amélioration ne sera plus ce qu'il a été. Nous avons constaté que le VIH aura des conséquences importantes sur la façon dont les gens peuvent investir pour leur propre avenir." D'après ses estimations, entre 17 et 25 % des foyers perdront un adulte ayant des revenus dans les 10 ans à venir, les revenus chutant de 15 % dans les familles les plus pauvres. Selon une étude réalisée par le gouvernement sur l'impact du sida, le revenu des ménages par habitant diminuera de 8 %, et de 13 % dans les foyers les plus pauvres.

Des ménages qui se maintenaient auparavant au-dessus du seuil de pauvreté sombrent dans la misère, ce qui peut faciliter la propagation de l'épidémie. Comme l'ONUSIDA l'a signalé, la pauvreté peut entraîner au moins deux formes de comportement susceptibles d'accentuer l'épidémie : migrer pour chercher un emploi et se prostituer. Lorsque la pauvreté règne, "beaucoup de personnes pensent qu'il est plus important de simplement survivre que de se protéger contre le VIH/sida." La lutte contre la pauvreté peut, en revanche, contribuer à protéger la population du sida. Il est ressorti d'une étude réalisée à Bushbuckridge (Afrique du Sud) que l'octroi de micro-prêts à des groupes de femmes leur donnait une certaine autonomie financière, qui leur permettait de mieux négocier des relations sexuelles protégées.

A plus grande échelle et à terme, la réduction des revenus des ménages et des perspectives d'avenir risque de saper les fondements de communautés et de sociétés entières. Les réseaux familiaux, qui en temps normal servent en cas de coup dur dans les pays pauvres, commencent souvent à s'effondrer lorsqu'ils doivent prendre en charge trop d'orphelins et que le soutien de famille ne peut plus subvenir à ses besoins, et encore moins à ceux d'autrui. Le transfert de connaissances d'une génération à l'autre se perd, et les processus de socialisation s'affaiblissent.

Des services de santé surchargés

Non seulement les revenus des ménages baissent, mais, en plus, l'argent qui reste sert souvent à soigner les malades. Les familles voient leurs dépenses de santé augmenter, et finissent par épuiser leurs économies et autres ressources disponibles, dans le but de lutter contre la mort et de payer ensuite les obsèques, lorsque la bataille est perdue.

A plus grande échelle, les systèmes de santé nationaux sont surchargés. L'infrastructure sanitaire de l'Afrique, qui manque déjà de personnel et de moyens financiers, essaie désespérément de répondre aux lourdes ponctions auxquelles elle est soumise. Les services de santé publique, en particulier, sont en difficulté, car bon nombre de centres et de docteurs du secteur privé choisissent de ne pas traiter les malades du sida. Par manque de matériel adéquat, le personnel de santé risque également de contracter la maladie.

Le sida bouleverse les priorités en matière de dépenses de santé. D'après l'ONUSIDA, en Zambie et au Zimbabwe (ainsi qu'en Côte d'Ivoire), jusqu'à 80 % des lits d'hôpitaux sont occupés par des patients séropositifs. L'épidémie pose aux pouvoirs publics un certain nombre de dilemmes : faut-il allouer des ressources limitées à la prévention de nouveaux cas, aider les personnes déjà porteuses du virus, ou lutter contre d'autres graves problèmes sanitaires comme la tuberculose, le paludisme et le choléra ?

Des écoles désertes

Dans les couches les plus pauvres de la population, de nombreuses familles touchées par le sida ne peuvent se permettre de scolariser leurs enfants. Même dans les pays où l'éducation est gratuite, d'autres coûts sont à la charge des familles, comme par exemple les uniformes et les livres. Pour remédier à ce problème, le Programme alimentaire mondial a proposé que les écoles distribuent des "rations à emporter à la maison", afin d'inciter les familles à envoyer leurs enfants à l'école.



Une étude réalisée au Zimbabwe révèle qu'aucun des orphelins du sida travaillant dans des exploitation agricoles ne fréquentait d'établissement d'enseignement secondaire.

Une telle initiative aiderait tout particulièrement les filles, qui, en raison du conditionnement culturel, sont plus souvent contraintes d'abandonner leurs études pour s'occuper de leur entourage. Dans les régions où les taux de séropositivité sont les plus faibles, le taux de scolarisation tend à être plus élevé, notamment parmi les filles.

En outre, il arrive que les enfants soient les seuls membres valides d'une famille quand les adultes sont malades -- ou morts -- et s'efforcent avant tout de survivre et d'élever leurs frères et soeurs plutôt que d'aller à l'école. D'après des études réalisées au Zimbabwe, parmi tous les orphelins du sida travaillant dans des exploitations agricoles, aucun ne fréquentait d'établissement d'enseignement secondaire et la moitié des élèves du primaire avaient abandonné leurs études avant même la mort de leurs parents. Plus de 7 % des 1,9 million de ménages que compte la Zambie auraient maintenant à leur tête des enfants de moins de 15 ans.

Dans certains cas, le taux de séropositivité est anormalement élevé parmi les étudiants. Dans une université sud-africaine, on estime que les deux tiers des étudiants auront contracté le virus VIH avant d'avoir fini leurs études. A mesure que les étudiants et les élèves meurent, les économies africaines perdent des travailleurs qualifiés potentiels et, en outre, les investissements effectués par les pouvoirs publics dans le domaine de l'éducation restent improductifs. Il en va de même des investissements des familles, qui perdent non seulement un être cher, mais également une éventuelle source de revenus futurs.

Le taux de séropositivité est également élevé parmi les enseignants. D'après les économistes sud-africains Peter Badcock-Walters et Alan Whiteside, en 1998, le taux de mortalité était de 39 pour mille parmi les enseignants, soit 70 % de plus que dans l'ensemble de la population de 15 à 49 ans. En Zambie, pendant les dix premiers mois de l'an dernier, 1 300 enseignants sont morts du sida, ce qui représente les deux tiers du nombre annuel de nouveaux enseignants diplômés.

Impact macroéconomique

A de nombreux égards, les ravages du sida à l'échelle individuelle et familiale finissent par se répercuter sur la santé économique d'un pays. La perte de travailleurs expérimentés et de personnel qualifié nuit à la production dans des secteurs essentiels. De façon plus insidieuse, le sida sape le moral de la population, affaiblit la confiance en l'avenir, ce qui a pour effet de réduire davantage la productivité et de freiner l'épargne et l'investissement.

Les répercussions de l'épidémie de VIH/sida inquiètent également de plus en plus les investisseurs étrangers, alors même que l'Afrique essaie d'attirer davantage de capitaux internationaux. Aux yeux des investisseurs, explique M. Gordon Smith, économiste en chef de la Deutsche Bank en Afrique du Sud, "l'incertitude incite à vendre plutôt qu'à garder des placements", et encore moins à accroître les investissements.

D'après certaines études, l'impact cumulé du sida aurait fait reculer de 0,7 % la croissance économique annuelle par habitant en Afrique. Mais ces estimations ne sont pas du tout fiables. Il existe peu de données précises sur la maladie elle-même -- quelles sont les populations atteintes, dans quels secteurs économiques -- et sur ses répercussions dans différents domaines d'activité économique. Il est également difficile de distinguer les répercussions du sida de celles d'autres facteurs. "Le sida fait partie d'un tout. Il aura un impact macroéconomique", reconnaît M. Whiteside, économiste sud-africain. "Mais on ne peut savoir quelles conséquences proviennent du sida ou, par exemple, du droit du travail."

Toutefois, de nombreuses études ont permis d'établir que le sida risque de ralentir sérieusement, et dans des proportions variables, la croissance économique. D'après les estimations de l'ONUSIDA, dans les pays dont le taux de prévalence du VIH dépasse 20 %, le produit intérieur brut (PIB) pourrait être réduit de 2 % par an. En Afrique du Sud, la banque d'affaires ING Barings a projeté que le VIH/sida pourrait entraîner une baisse de 0,3 à 0,4 % par an du PIB. Selon une autre étude, d'ici à la fin de la décennie, l'épidémie ferait reculer le PIB de l'Afrique du Sud de 17 %, soit 22 milliards de dollars.

Dans ses rapports sur le développement humain au Botswana, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) cite des études effectuées par le gouvernement, selon lesquelles le PIB baisserait, à cause du VIH/sida, de 24 % à 38 % d'ici à 2021. D'après M. Greener, 2 % de la population active de ce pays présente des symptômes cliniques du sida. Dans 25 ans, prédit-il, le PIB pourrait être inférieur de 40 % à ce qu'il aurait été sans le VIH/sida. "Le coût de la main-d'oeuvre qualifiée sera plus élevé. Il faut prendre des mesures visant à maintenir la productivité et à éviter une pénurie de personnel qualifié."

Afrique australe : Réduction de la population active due au VIH/sida
(en %)
   en 2005  en 2020
Afrique du Sud   -10,8   -24,9
 Botswana  -17,2  -30,8
 Lesotho  -4,8  -10,6
 Malawi  -10,7  -16,0
 Mozambique  -9,0  -24,9
 Namibie  -12,8  -35,1
 Tanzanie  -9,1  -14,6
 Zimbabwe  -19,7  -29,4
Source : ONU Afrique Relance, d'après les données de l'OIT et de la Division de la population de l'ONU.

Baisse de la production agricole

En Afrique subsaharienne, l'agriculture, qui est souvent le pilier de l'économie, est l'un des secteurs les plus durement touchés par l'épidémie. A mesure que les exploitants agricoles tombent malades, la superficie qu'ils cultivent diminue et les rendements baissent au fur et à mesure de leur affaiblissement physique. La sécurité alimentaire est menacée, car le travail, le temps et l'argent autrefois consacrés à l'agriculture sont maintenant consacrés à la maladie. Des familles d'exploitants agricoles risquent de pratiquer de nouveau l'agriculture de subsistance et non plus l'agriculture commerciale, ce qui se répercute sur la qualité et la quantité de vivres disponibles.

Au Malawi, le taux de mortalité a doublé parmi le personnel du Ministère de l'agriculture et de l'irrigation, en grande partie à cause du VIH/sida. En Namibie, des études ont permis de constater que les employés des services de vulgarisation agricole passaient le dixième de leur temps à assister à des obsèques.

"Les répercussions du sida sur la production alimentaire sont à la fois immédiates et durables", explique le Dr Piot, de l'ONUSIDA. La preuve en a été donnée par une étude menée au Zimbabwe, qui a analysé dans quelle mesure le décès d'un adulte réduisait la capacité d'un ménage à produire différents aliments : la réduction des capacités de production était estimée à 61 % dans le cas du maïs, à 49 % pour les légumes et à 37 % pour les arachides (voir graphique). Mais le sida nuit également aux capacités agricoles à long terme. Il arrive souvent que le bétail soit vendu pour payer des frais d'obsèques et que des enfants orphelins ne sachent pas s'occuper du bétail ou des terres dont ils héritent.

Taux de séropositivité élevés chez les mineurs

L'industrie minière est connue pour ses taux de séropositivité élevés, particulièrement dans les régions où les foyers d'hébergement n'accueillent que des hommes et où les pratiques homosexuelles et la prostitution existent. La situation se complique du fait des travailleurs migrants, qui contribuent à la propagation du virus sur leur lieu de travail et de résidence, y compris dans d'autres pays. Certaines régions du Lesotho sont maintenant frappées de plein fouet par le sida, depuis que des mineurs malades rentrent d'Afrique du Sud, la situation étant exacerbée par le fait que l'économie de ce petit pays dépend fortement du salaire des travailleurs migrants.

Bien qu'on entende parfois parler de taux de séropositivité de 60 %, certaines compagnies minières prétendent que ces chiffres sont exagérés et que le nombre de séropositifs parmi leur personnel avoisine la moyenne nationale. Les compagnies minières sud-africaines passent pour être à l'avant-garde de la lutte que mènent les entreprises contre le VIH/sida.

Au Botswana, l'industrie diamantaire, fortement automatisée et faisant appel à une main-d'oe moins nombreuse et plus stable, est vraisemblablement peu touchée par le VIH, à la différence des mines d'or du pays voisin, l'Afrique du Sud. Peu de familles tirent directement profit des diamants et la plupart des revenus de ce secteur sont donc versés au gouvernement et ne bénéficient au reste de l'économie que par le seul biais des dépenses publiques. Dans une plus grande mesure que dans d'autres pays, le PIB par habitant ne correspond donc pas aux revenus des particuliers. "Les pouvoirs publics sont protégés, contrairement aux particuliers, remarque M. Greener. Ce sont donc les ménages qui en subissent les répercussions."

Les entreprises assument les coûts ...

D'après une étude de la Deutsche Bank, en Afrique du Sud, le taux de séropositivité devrait atteindre en 2005 un sommet légèrement inférieur à 33 % chez les travailleurs non qualifiés et spécialisés et avoisiner 13 % dans la main-d'oeuvre très qualifiée. Mais cette main-d'oeuvre qualifiée est peu nombreuse, et subira donc de façon disproportionnée l'impact du sida. Il est ressorti d'une étude que les travailleurs très qualifiés sont en moyenne trois fois plus productifs que les travailleurs non qualifiés et que la baisse de la productivité pourrait représenter environ 54 % des coûts économiques totaux.

Les employeurs devront également assumer d'autres coûts, comme par exemple la hausse des demandes de remboursements de frais médicaux et d'indemnisation d'assurance. La compagnie d'assurances sud-africaine Metropolitan Life a calculé que, d'ici à 2010, les coûts salariaux pourraient augmenter de 30 % à cause des frais liés au VIH/sida, notamment aux versements de pensions et aux congés de maladie. L'absentéisme augmente car les employés prennent des jours de congé pour s'occuper des malades ou assister à des obsèques.

"Le moral des travailleurs faiblira à mesure que la peur et l'incertitude s'installeront et qu'ils verront des gens mourir dans leur entourage", prédit Mme Tsetsele Fantan, directrice du programme de lutte contre le VIH/sida de la compagnie de diamants botswanaise Debswana. "Des accidents se produiront en raison de problèmes de concentration. Une bonne partie des ressources de la direction servira à résoudre les problèmes qui se poseront."

Les entreprises africaines sont depuis longtemps confrontées à une pénurie de main-d'oeuvre qualifiée, problème exacerbé par le fait que les travailleurs qualifiés -- qu'il est difficile ou coûteux de remplacer -- sont de plus en plus nombreux à mourir du VIH/sida. A mesure que les infrastructures publiques et privées commencent à se dégrader, la situation s'apparente parfois à un cercle vicieux. En Zambie, il parait que des pannes de courant ont eu lieu car il n'y avait pas suffisamment d'ingénieurs pour assurer la maintenance des centrales. Face aux ravages du VIH/sida, les ressources financières allouées à la formation sont réparties entre un plus grand nombre de personnes, afin de garantir qu'il en reste au moins quelques-unes. Selon des données empiriques, certaines entreprises formeraient plusieurs employés pour un seul poste, en partant du principe qu'il n'en resterait à la fin qu'un seul, les autres étant morts du sida.

... et privilégient la prévention du sida

Bon nombre de grandes entreprises ont commencé depuis longtemps à planifier les mesures à prendre face au VIH/sida, et notamment à prévoir l'impact probable de la maladie sur leurs effectifs. Bien que le dépistage de la maladie pose parfois des problèmes d'ordre juridique, les entreprises évaluent souvent la situation en effectuant des prélèvements de salive dans le cadre d'autres examens médicaux. En Afrique du Sud, par exemple, la société minière Anglogold effectue des tests anonymes de dépistage des mineurs, avec leur consentement et pendant l'examen de dépistage de la tuberculose. D'après un responsable des brasseries South African Breweries, 40 % du personnel de la société à KwaZulu Natal serait séropositif.

En prenant des mesures proactives, le secteur privé a pu se protéger dans une certaine mesure. Certaines entreprises ont cherché à réduire leurs risques en sous-traitant des secteurs d'activités, comme le transport sur grandes distances, où le taux de séropositivité est élevé. D'après une étude réalisée par le Conseil de la recherche médicale d'Afrique du Sud, environ 90 % des chauffeurs routiers d'une aire de repos étaient séropositifs.

Certaines entreprises estiment que l'introduction de mesures de prévention et de traitement est moins coûteuse que l'inaction.

A l'instar d'autres entreprises, l'Anglo-American Corporation envisage de fournir à ses employés séropositifs des médicaments anti-rétroviraux, notamment si le prix de ces médicaments continue à baisser. Au Botswana, Debswana a annoncé qu'elle prévoyait de fournir des anti-rétroviraux à tous ses employés séropositifs, et à une personne à charge par employé, mesure qu'envisage également de prendre l'une de ses sociétés mères, De Beers.

Bon nombre d'entreprises ont mis en place des programmes de sensibilisation au sida, dispensés dans le cadre de bilans de santé et du traitement gratuit des maladies sexuellement transmissibles (MST). Le centre de recherche Aurum d'Anglogold a calculé que l'entreprise réduirait ses coûts en traitant les MST, dans la mesure où cela contribuerait à faire baisser les taux d'infection.

En Afrique du Sud, la compagnie d'électricité para-étatique Eskom a mis en place des programmes visant à sensibiliser le personnel au VIH/sida et à aider les employés séropositifs à se maintenir en bonne santé. Cette entreprise, qui emploie environ 32 000 personnes, estime que le taux de séropositivité de son personnel est "nettement inférieur" à la moyenne nationale. D'après M. Baningi Mkhize, directeur des services

de médecine du travail, la compagnie a été assaillie de demandes émanant d'employés qui souhaitaient participer à un programme de dépistage volontaire et d'aide psychologique. Les membres du personnel atteints des symptômes de stade avancé du sida ont la possibilité d'adhérer au programme Aid for AIDS, un programme spécial de gestion coordonnée des soins. En outre, Eskom alloue 125 rands (17 $) par employé à son programme de lutte contre le VIH/sida, et prévoit d'y allouer 150 rands pendant le prochain exercice fiscal.

Les employeurs sont de plus en plus secondés dans leurs efforts -- ou contraints à l'action -- par les syndicats. La plus grande fédération syndicale du pays, le Congress of South African Trade Unions, prévoit de lancer une campagne visant à inciter les employeurs à financer les médicaments anti-rétroviraux de leurs employés séropositifs.


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