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Afrique Relance, Vol.15# 1-2 (juin 2001), page 12 'L'Afrique a d'énormes capacités' Interview de Stephen Lewis, Envoyé spécial de l'ONU pour le VIH/sida en Afrique Le 1er juin, l'ancien Ambassadeur du Canada auprès de l'ONU, Stephen Lewis, a été nommé Envoyé spécial du Secrétaire général Kofi Annan pour le VIH/sida en Afrique. La fonction de ce diplomate au franc-parler consiste, comme il l'a indiqué à Afrique Relance à la mi-juin, à représenter l'engagement personnel que M. Annan a pris en vue de lutter contre le sida, lors du Sommet des dirigeants africains d'Abuja (voir "Priorité à la lutte contre le sida") et à "le dynamiser autant que possible". Face à la crise du sida en Afrique, a-t-il dit, "le monde a terriblement failli" à son devoir, tout comme certains dirigeants africains. Même à la fin des années 90, "nombre d'entre eux ne se sentaient tout simplement pas concernés ... et leurs pays avaient manifestement de sérieux problèmes. A leur décharge, le reste du monde ne se sentait pas non plus concerné... Tout le monde était ... en retard sur notre époque, alors que la pandémie faisait des ravages autour de nous."
Situation d'urgence Heureusement, a dit M. Lewis, "le climat d'ensemble a prodigieusement changé au cours des 4 ou 6 derniers mois. Il y a assurément urgence. Ce qui s'est produit depuis le début de l'année, c'est une prise de conscience et une détermination considérables de la part des dirigeants africains. Plus personne n'hésite à parler du [sida]." Un autre facteur décisif, a-t-il dit, a été la volte-face spectaculaire des grandes sociétés pharmaceutiques, qui ont été contraintes en avril de mettre fin à l'action qu'elles avaient intentée en justice contre les efforts entrepris par l'Afrique du Sud pour réduire les prix des médicaments, notamment des médicaments contre le sida, dans les pays en développement. "Face à l'indignation du monde entier, les sociétés pharmaceutiques, conscientes qu'elles s'empêtraient dans un désastre en matière de relations publiques ... ont pris la décision de changer d'approche. Il s'en est suivi un effet de boule de neige ; elles ont, les unes après les autres, réduit leurs prix, offert gratuitement des médicaments ... proposé de financer la construction de cliniques en Ouganda et au Botswana... C'est un changement auquel le Secrétaire général a personnellement et très activement contribué." Le troisième fait encourageant, a-t-il dit, a trait au financement. Le Fonds mondial du Secrétaire général pour la santé et contre le sida, qui vise à terme à mobiliser de 7 à 10 milliards de dollars de nouvelles ressources par an pour lutter contre le sida, le paludisme et la tuberculose dans les pays en développement "est une onde de choc pour le système". Avec des contributions annoncées d'un montant initial de 450 millions de dollars, M. Lewis reconnaît que la croissance du Fonds sera progressive. "Mais elle se fera. De plus en plus de contributions seront versées et cela modifiera considérablement la donne... Nous sommes sur le point de stabiliser la pandémie [en Afrique], puis de commencer lentement à inverser la tendance." Egalité des sexes et attitude des prêteurs Ces progrès s'expliquent, a affirmé M. Lewis, par une compréhension bien meilleure de la portée et de la nature de la crise du sida en Afrique surtout de la corrélation avec l'oppression des femmes. "Enfin, le monde semble comprendre qu'il s'agit [en Afrique] d'une pandémie fondée sur le sexe. Si l'on ne reconnaît pas que les femmes sont les plus vulnérables ... et si l'on ne fait rien en matière d'égalité sociale et culturelle des femmes, on ne pourra jamais venir à bout de la pandémie. C'est l'élément fondamental de toute cette crise! Les hommes n'ont pas changé d'attitude, donc les femmes doivent disposer de moyens supplémentaires pour se prémunir contre les hommes." (Voir graphique) Il faudra également que le comportement des institutions financières internationales, dont les politiques ont affaibli pendant des décennies les systèmes de santé et d'éducation en Afrique, change, a fait observer M. Lewis. Il a qualifié de "lamentable" le niveau des crédits que la Banque mondiale et les autres institutions multilatérales ont engagés en faveur de la lutte contre le sida. S'il est vrai que les institutions de prêt ont finalement commencé à analyser les erreurs du passé, a-t-il dit, "je ne suis pas convaincu que des remèdes aient été trouvés". "Tout ça arrive terriblement tard, a-t-il dit. 17 millions de personnes sont mortes et 25 millions [en Afrique] sont séropositives", alors que les personnes atteintes du sida dans les pays industrialisés vivent plus longtemps grâce aux antirétroviraux. "C'est seulement maintenant qu'on envisage de traiter aux antirétroviraux les malades en Afrique. Il y a eu une discrimination inacceptable, et indéfendable ... Les personnes atteintes du sida en Afrique ont autant droit à la vie que celles qui vivent dans le monde occidental." Toutefois, a-t-il mis en garde, la distribution de médicaments à prix abordables ne peut se faire au détriment de la prévention, qui est le fondement de tout. Mobiliser les forces de l'Afrique En juin, M. Lewis s'est rendu au Botswana pour rencontrer le Président Festus Mogae, ainsi que des représentants de l'ONU et des organisations communautaires de lutte contre le VIH/sida. Le Botswana a le taux de séropositivité le plus élevé au monde. Au début de 2002, il sera le premier pays africain à essayer de traiter à grande échelle, notamment au moyen des antirétroviraux, les personnes séropositives, dont le nombre est estimé à 300 000. "Le Président Mogae se bat pour la survie de son pays", a dit M. Lewis. Cette initiative est un défi lancé aux observateurs du Nord qui soutiennent qu'il est impossible de traiter le VIH/sida en Afrique et que seuls les programmes de prévention sont faisables. "Si elle réussit et que les gens commencent à se sentir mieux, à avoir meilleure mine, à prendre du poids, à devenir de nouveau productifs, cette initiative ne manquera pas d'avoir un impact sur les pays voisins et sur la manière dont nous percevons le continent." Ce qui l'a le plus frappé au Botswana, a fait remarquer M. Lewis, c'est la prise de conscience et la détermination du commun des mortels. "On a le sentiment d'une mobilisation en masse. C'est vraiment impressionnant. Cela suscite de l'espoir, cette grande force de l'Afrique. Une fois que le traitement, la prévention et les soins sont en place, on dispose de cette énorme ressource humaine. On peut se faire une idée de ce qui est possible. Pour le moment, il n'y a pas de vivres. Il n'y a pas de couvertures. Il n'y a pas de médicaments à distribuer. Mais les capacités sur le terrain sont énormes!" "Les femmes constituent la clé de voûte de toute action, a-t-il affirmé. Ce sont toujours les femmes des villages qui servent de force motrice." Maintenant que la prise de conscience, le traitement et les financements vont enfin être une réalité, l'ONU doit engager la communauté internationale à lutter avec ces villageoises contre le sida. "Mon rôle est de veiller, au nom du Secrétaire général, à ce que cet engagement prenne forme." [retour au volume 15 #1-2 sommaire ] [ Accueil ] [ Actualités ] [ Magazine ] [ Index / Recherche ] [ A propos d'Afrique Relance ] [ Accueil - ONU ] [ Nouvelles - ONU ] [ Grand rapports de l'ONU ] [ Liens de l'ONU pour l'Afrique ] Le contenu de cet article peut être reproduit librement, à condition d'en indiquer l'origine : "Afrique Relance, ONU". Merci de nous en envoyer une copie. Afrique Relance Site Web : www.africarecovery.org |