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Afrique Relance, Vol.15# 1-2 (juin 2001), page 13

Moins de sermons et plus d'argent

"L'Afrique connaît une crise sanitaire d'une extrême gravité et elle ne pourra pas y faire face toute seule." Tel a été le constat du professeur Jeffrey Sachs lors d'une réunion consacrée aux "Aspects économiques de la santé en Afrique", qui a eu lieu le 17 avril au siège de l'ONU. On se trompe, a-t-il dit, en pensant qu'il suffit que les gouvernements africains fassent preuve d'un plus grand engagement politique pour que le continent puisse triompher de la crise sanitaire actuelle. Il faut avant tout accroître considérablement les ressources financières extérieures, a déclaré cet éminent professeur de l'Université de Harvard, qui est également Président de la Commission macroéconomie et santé, créée par Mme Gro Harlem Brundtland, Directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette réunion avait été organisée par l'OMS en collaboration avec le Conseil économique et social et le Département des affaires économiques et sociales de l'ONU.

Au cours des 20 dernières années, a noté M. Sachs, les donateurs ont souvent encouragé l'Afrique à mobiliser ses propres ressources pour la santé tandis que la Banque mondiale a prôné la participation des patients aux frais et l'établissement de systèmes locaux d'assurance maladie. "Mais, cela a été un échec total", a-t-il ajouté. La plupart des Africains vivent avec 300 dollars au plus par an et n'ont pas les moyens de payer des soins médicaux et les systèmes de santé se sont détériorés. Évoquant sa visite des établissements sanitaires de plusieurs pays d'Afrique, il a remarqué qu'il "ne s'agit pas de centres de santé, mais de mouroirs".

Même si l'Afrique était en mesure d'allouer au secteur de la santé des ressources équivalentes à 5 % du produit intérieur brut, cela ne ferait jamais que 15 dollars par personne environ et par an, a-t-il souligné, contre 2 000 dollars en moyenne dans certains pays riches.

En ce qui concerne le sida, M. Sachs a cité une étude portant sur l'aide récente des donateurs jusqu'à la fin de 1999 : environ 70 millions de dollars par an. "Cela équivaut à ne rien faire", a-t-il dit. Pendant presque toute une génération, les donateurs ont observé le drame du sida, "en faisant preuve d'une indifférence scandaleuse".

Les trois grandes priorités des systèmes de santé de l'Afrique, a-t-il déclaré, sont "de l'argent, de l'argent et encore de l'argent". Il a estimé qu'il faut au continent entre 10 et 20 milliards de dollars par an pour lutter adéquatement contre le sida et les autres maladies infectieuses. Les organismes donateurs doivent coordonner leurs efforts en mettant en commun les sommes versées pour les investir dans des fonds mondiaux de lutte contre la maladie et en recrutant ensuite le maximum de professionnels et d'experts africains de la santé. Par ailleurs, cette aide doit se faire sous forme de subventions pures et simples et non de prêts concessionnels. "Nous ne pouvons pas prêter de l'argent à l'Afrique pour qu'elle lutte contre le sida, a-t-il déclaré. Nous devons faire don d'argent à l'Afrique pour qu'elle lutte contre le sida."

Étant donné les sérieuses lacunes dont souffrent les systèmes de santé de l'Afrique, M. Sachs a avisé les donateurs qu'il "ne servira à rien de prêcher ni de sermonner tant que de nouvelles ressources très importantes n'auront pas été allouées".



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