
Le sida progresse en Afrique du Sud
L'insuffisance des services de santé et de l'éducation facilitent l'avancée de la maladie
Par Ernest Harsch
Le home d'enfants d'Othandweni se trouve sur l'une des routes qui mènent
à Soweto, le plus grand township noir d'Afrique du Sud. Il abrite
300 enfants, des nouveaux nés aussi bien que des adolescents de 18
ans. Tous sont arrivés à Othandweni parce qu'ils étaient
orphelins ou avaient été abandonnés, souvent par des
parents gravement malades du sida ou morts depuis. Les plus curieux d'entre
eux viennent regarder avec insistance les visiteurs, mais restent passifs
et ne manifestent aucun enthousiasme. "Personne ne veut les adopter",
explique un guide, car ils sont pour la plupart séropositifs. 
Othandweni n'est qu'un des multiples aspects de la crise du sida en Afrique du Sud, dont la gravité ne fait que s'accentuer. Près de 500 000 Sud-Africains sont déjà morts de maladies liées au sida, et on estime, d'après le taux actuel de progression du virus VIH, que le nombre de nouvelles victimes pourrait atteindre 10 millions dans les 15 ans à venir. Ce sont les jeunes femmes noires qui ont le plus de risques de contracter le sida. En 1998, 22,8 % des femmes participant aux programmes de soins post-nataux des centres de santé publique étaient séropositives. Environ 5 % de tous les enfants sont déjà séropositifs. En 2010, le quart de la population pourrait être porteur du virus, ce qui ferait passer l'espérance de vie de 65 ans (avant l'épidémie) à 48 ans ou moins.
En raison des répercussions de l'épidémie du VIH/sida sur la production et du coût de la lutte contre la maladie, l'économie sud-africaine pourrait être en 2010 de 17 à 20 % inférieure à ce qu'elle aurait été sans le syndrome, d'après une étude effectuée par deux économistes américains, M. Jeffrey Lewis de la Banque mondiale et Mme Channing Arndt de Purdue University, et présentée en septembre dernier à une conférence de Johannesburg. En mai 2000, dans un rapport consacré aux conditions sociales en Afrique du Sud, le gouvernement a souligné les liens qui existent entre pauvreté et VIH/sida. D'après ce rapport, le VIH/sida accentuera la pauvreté, tandis que l'accès restreint aux services de santé, le faible niveau d'éducation et la mobilité de la main-d'oeuvre en Afrique du Sud et dans les pays voisins ont tendance à faciliter la progression de la maladie. A cet égard, ont ajouté les auteurs du rapport, "l'apartheid et les inégalités héritées du passé sont des facteurs qui contribuent à la propagation rapide du VIH".

Des
orphelins dont les parents sont morts du sida (ci-dessus) et une mère
séropositive (ci-contre) : ce sont les jeunes femmes noires qui ont
le plus de risques de contracter le sida.
Photo : Impact Visuals / Eric Miller
Lorsque le Président Thabo Mbeki a mis en valeur le rôle de la pauvreté et a affirmé que le VIH n'était peut-être pas véritablement à l'origine du sida, ses commentaires ont suscité de nombreux débats dans les médias et dans les milieux scientifiques. Malgré cette controverse, le gouvernement dispose d'un vaste programme de lutte contre le sida. Outre sa campagne de "partenariat contre le sida", qui visait à mobiliser différentes fractions de la population, le gouvernement a affecté ces trois dernières années 450 millions de rand aux ministères de la santé, de la protection sociale et de l'éducation, afin de financer le traitement des personnes porteuses du virus et les campagnes de sensibilisation et de prévention. En outre, il est prévu d'allouer 75 millions de rand supplémentaires à la lutte contre le VIH/sida dans le cadre du budget 2000/2001, 125 millions l'an prochain et 300 millions en 2002/2003.
L'Afrique du Sud a également été à l'avant garde des négociations internationales entreprises afin de permettre aux pays en développement d'acheter à plus bas prix des médicaments contre le sida et d'autres maladies. Des dispositions législatives prises en 1997 permettent d'importer à moindre coût des médicaments de sociétés privées via des pays tiers et d'octroyer des licences aux fabricants sud-africains de médicaments génériques. Bien que ces deux pratiques soient autorisées dans certains cas par la réglementation de l'Organisation mondiale du commerce, des compagnies pharmaceutiques américaines ont menacé d'intenter une action juridique contre l'Afrique du Sud. Face aux pressions de l'opinion publique, elles ont depuis fait marche arrière. En décembre 2000, Pfizer, géant américain de l'industrie pharmaceutique, a fait don de médicaments servant au traitement de plusieurs maladies liées au sida. Ce don d'une valeur totale de 50 millions de dollars permettra de distribuer gratuitement pendant deux ans des médicaments dans les dispensaires publics. Les pouvoirs publics, qui hésitaient auparavant à approuver la distribution de médicaments contre le virus VIH, sont actuellement en pourparler avec une autre société qui ferait don de médicaments empêchant la transmission du virus de la mère à l'enfant.
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L'Afrique du Sud face aux inégalités sociales