Les baraquements sont remplacés par de nouveaux logements

Après des années d'expulsions et de restrictions imposées par l'apartheid, des millions de familles noires vivent dans des baraquements et des logements dont la qualité laisse à désirer et rêvent donc de devenir enfin propriétaires. Depuis 1994, les pouvoirs publics provinciaux ont accordé plus d'un million de subventions (de 16 000 rand chacune) à des communautés et des familles démunies, afin de les aider à construire de nouvelles maisons. D'après la Ministre du logement Sankie Mathembi-Mahanyele, à la fin du premier semestre 2000, quelque 900 000 logements avaient été construits. Ce chiffre est légèrement inférieur à l'objectif (un million de nouveaux logements) qui devait être atteint à la fin de l'année 1999 dans le cadre du Programme de reconstruction et de développement (PRD) mais reste néanmoins, comme le fait remarquer Mme Sankie Mathembi-Mahanyele, "remarquable sur le plan international". Deux millions de familles supplémentaires, soit environ 12 millions de personnes, attendent toujours d'être logées dans des conditions acceptables.

Etant donné l'ampleur du problème, le PRD a, pendant les premières années, privilégié la quantité plutôt que la qualité. Les "maisons du PRD" étaient pour la plupart mal construites, en partie parce que les promoteurs immobiliers chargés de l'opération n'avaient pas été suffisamment supervisés. Ces maisons étant souvent minuscules, elles donnent souvent matière à de nombreuses plaisanteries : "Les maisons du PRD sont si petites que lorsqu'on s'allonge pour dormir, on a les pieds qui sortent par la porte d'entrée." "Elles sont si petites qu'il faut en sortir si l'on veut se changer les idées."


Construction de logements dans la province du Cap du Nord : Près d'un million de nouveaux logements ont été construits dans l'ensemble du pays.

Photo : Impact Visuals / Eric Miller


Plus récemment, des dispositions législatives ont été prises afin d'imposer des normes minimales pour ces maisons. Et, dans le cadre d'une nouvelle stratégie en matière de logement, actuellement à l'étude, une plus grande partie des subventions sera accordée aux familles plutôt qu'aux promoteurs immobiliers. Indépendamment du programme du PRD, différents projets de logements sociaux sont également en chantier, parfois avec l'appui d'organisations non gouvernementales et de bailleurs de fonds. Mais pour l'instant, "les banques ne remplissent toujours pas complètement leur rôle", déplore Mme Mathembi-Mahanyele, faisant référence aux difficultés qu'ont en général les Noirs pauvres à obtenir des prêts bancaires.

Grâce à leurs efforts de mobilisation, à leur acharnement et à certaines aides extérieures, diverses communautés arrivent à surmonter ces difficultés. Sur un flanc de colline de Newlands, à la périphérie de la ville portuaire de Durban, des dizaines de familles construisent elles-mêmes leurs maisons. Affiliées à la Fédération nationale des sans-abri d'Afrique du Sud, ces familles bâtissent 155 maisons. Bien qu'elles bénéficient de l'assistance technique du People's Housing Partnership Trust (financé par le Programme des Nations Unies pour le développement, l'Agency for international development des Etats-Unis et le Ministère sud-africain du logement), elles fournissent elles-mêmes la plus grande partie de la main-d'oeuvre et du financement.

Presque toutes ces familles, dont la majorité ont à leur tête une femme, ont été expulsées de bidonvilles et autres zones de peuplement. A la demande du Programme des Nations Unies pour le développement, les pouvoirs publics de Durban les ont autorisées à s'installer sur des terres appartenant à la municipalité, où la ville a fait installer des points d'eau. Ensuite, quelques familles ont commencé à bâtir des maisons, principalement avec leurs économies. Après avoir choisi le plan et acheté des matériaux de construction en gros, des femmes se sont réunies pour préparer le ciment et jeter les fondations. Elles ont ensuite engagé trois ouvriers, qui, pour 50 rand chacun, ont installé les murs et les toits, opération qui dure d'habitude trois jours pour une seule maison.

Par rapport aux maisons du PRD, les logements de Newlands sont plus spacieux (ils ont chacun quatre pièces et demie) et moins chers (12 500 au lieu de 16 000 rand). Comme l'a expliqué en octobre 1999 la chef communautaire Thembelihle Mkhize à un groupe de visiteurs de l'ONU, l'ingrédient clé a été le "capital sueur" des femmes. Leur succès, a-t-elle ajouté, pourrait inspirer des sans-abri d'autres régions d'Afrique du Sud : "Pourquoi devrions-nous vivre dans des arrière-cours ou sous des ponts ? Nous devons lutter et être inclus."

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