
Aider davantage les réfugiés africains
Le HCR reproche à la communauté internationale de ne pas remédier aux causes des conflits
Par Rosamond Bakari
La communauté internationale doit se préoccuper davantage
du sort des réfugiés africains, plus qu'elle ne l'a fait ces
dernières années, affirme Sadako Ogata, Directrice sortante
du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).
Dans l'avant-propos du dernier rapport du HCR consacré à la
situation des réfugiés dans le monde (en 1999), elle constate
en effet que "les donateurs ont rapidement mobilisé des fonds
et des ressources pour les personnes déplacées au Kosovo",
mais, qu'en revanche, ils ne prêtent "que peu d'attention à
la situation en Afrique de l'Ouest, où des centaines de milliers
de personnes sont déracinées par les conflits en Sierra Leone
et en Guinée-Bissau".
Le
Haut Commissaire sortant des Nations Unies pour les réfugiés,
Sadako Ogata, s'entretient avec des réfugiés rentrés
au Mozambique: les donateurs ne se soucient pas suffisamment des réfugiés
d'Afrique.
Photo : HCR / S. Foa
Publié à l'occasion du 50e anniversaire de la création du HCR, le rapport note par ailleurs que le problème des réfugiés et autres personnes déplacées n'a jamais été aussi grave. On estime en effet à environ 22 millions (dont 6,3 millions en Afrique) le nombre de réfugiés et de personnes déplacées relevant du mandat du HCR (voir graphique).Mme Ogata, qui a été remplacée à la fin de l'année dernière par le Néerlandais Ruud Lubbers (voir nominations en Afrique horizon), dénonce vigoureusement cette situation. A son avis, l'aggravation du problème des réfugiés témoigne de l'échec persistant de la communauté internationale à éliminer les préjudices, la persécution, la pauvreté et autres causes profondes des conflits et des déplacements massifs de population. Mme Ogata met également en garde contre la tentation d'ignorer le problème. "L'histoire a montré que les déplacements de population ne sont pas seulement une conséquence, mais aussi une cause, des conflits. Sans la garantie d'une situation sécuritaire satisfaisante, il ne peut pas y avoir de paix et de stabilité", prévient-elle.

A la situation des
réfugiés, qui passent d'un Etat à l'autre, s'ajoute
le problème de plus en plus fréquent des personnes déplacées
dans leur pays. Selon le HCR, de 20 à 25 millions de personnes se
trouvent dans cette situation dans le monde, chiffre qui dépasse
de loin les capacités d'intervention humanitaire du Haut Commissariat.
Plus de la moitié de ces personnes vivent en Afrique.
La fin de la guerre froide et le règlement de certains conflits africains qui y étaient liés ont fait croire au début des années 90 qu'il y aurait moins de personnes déplacées. Vers le milieu de la décennie il a toutefois fallu déchanter, face au génocide au Rwanda et à une série de violents conflits internes en Afrique orientale, centrale et occidentale. Les deux principaux foyers de conflit en Afrique de l'Ouest -- le Libéria et la Sierra Leone -- ont provoqué l'exode de millions de personnes. Vers la fin des années 90, plus d'un tiers des réfugiés et personnes déplacées du continent se trouvaient en Afrique de l'Ouest. Trop souvent, ces personnes sont accueillies par des petits pays déjà pauvres, comme la Guinée, qui ne sont pas à même de gérer ces afflux.
Outre les perturbations politiques et économiques qu'elle connaît, l'Afrique doit à présent faire face à l'épidémie du sida. Le HCR constate que les déplacements forcés des populations ne font qu'accroître les risques d'infection par le VIH. Le HCR estime toutefois que malgré l'ampleur de la tâche, le sort des réfugiés et personnes déplacées pourrait être sensiblement amélioré s'il existait une volonté politique suffisante. Il ne suffit pas pour cela d'assurer la sécurité ou de fournir une assistance humanitaire à court terme. Il faut aussi s'attaquer aux véritables causes des déplacements de population que sont la persécution, la violence et les conflits, conclut le rapport.
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