Mobilisation des Africains contre la dette

Interview du Directeur de Jubilé 2000 Afrique, Kwesi Owusu

Depuis qu'elle a été lancée il y a quatre ans, la campagne Jubilé 2000 - une coalition internationale d'églises, de membres de la société civile et d'organisations non gouvernementales (ONG) - s'est imposée comme l'un des plus ardents défenseurs de l'allégement de la dette des pays en développement. "Nous avons réussi à inscrire le problème de la dette à l'ordre du jour de la communauté internationale, a déclaré à Afrique Relance en novembre dernier Kwesi Owusu, Directeur de l'Initiative Jubilé 2000 Afrique. Nous avons obtenu l'appui d'un très grand public, en Afrique et dans le monde entier. Lors de notre dernière campagne de signatures, 21,2 millions de personnes se sont prononcées en faveur de l'annulation de la dette."


Kwesi Owusu : Jubilé 2000 a inscrit la question de la dette à l'ordre du jour de la communauté internationale.

Photo : Michael Fleshman


Comme l'explique ce militant ghanéen établi au Royaume-Uni, grâce à la campagne Jubilé, "la question de la dette a modifié le contexte des débats consacrés au développement de l'Afrique. Nous avons établi un lien entre la dette et la pauvreté, et par extension, la réduction de la pauvreté... La dette a été utilisée comme un moyen de pression afin d'ouvrir de force les marchés, d'imposer la réduction des droits de douane et de parvenir à la libre circulation des capitaux. Nous sommes résolument opposés aux programmes d'ajustement structurel car ils vont à l'encontre des objectifs de réduction de la pauvreté."

La seule condition que soutient la campagne est "l'obligation, appréciée du public, d'affecter les économies réalisées [grâce à l'allégement de la dette] aux programmes de réduction de la dette. Ce processus devrait être transparent de façon à ce que les élites locales aient à justifier de l'emploi des fonds auprès de leurs électeurs". En Ouganda, les membres de la campagne "ont participé, avec le gouvernement, à la gestion du fonds de lutte contre la pauvreté et ont surveillé l'utilisation qui a été faite des fonds provenant de l'allégement de la dette. C'est un excellent modèle, affirme M. Owusu. Et je crois que des campagnes d'autres pays s'y intéressent de très près."


La dette a été utilisée comme un moyen de pression afin d'ouvrir de force les marchés, d'imposer la réduction des droits de douane et de parvenir à la libre circulation des capitaux.

La campagne Jubilé approuve les documents stratégiques de réduction de la pauvreté requis dans le cadre de l'initiative en faveur des Pays pauvres très endettés (PPTE), car les gouvernements doivent alors consulter la société civile, "bien que ce processus soit trop lent et ait retardé" la réduction de la dette. Le principal problème de l'initiative PPTE vient du fait que le processus est trop politique et trop restreint : "Certains pays ont impérativement besoin d'une réduction de leur dette mais ne bénéficient pas de l'initiative PPTE. Le Nigéria en est un exemple... Si l'initiative PPTE est mise en oeuvre dans son intégralité, ce ne sera qu'un tiers environ de toute la dette de l'Afrique qui sera annulé." Depuis que le coup d'envoi de la campagne Jubilé Afrique a été donné à Accra en avril 1998, des campagnes nationales ont été établies dans 20 pays africains. "Les militants font vraiment du très bon travail. Ils se déplacent dans leur région en présentant des spectacles et des films. En Ouganda et au Cameroun, ils traduisent tous nos documents en langues locales. Ils entretiennent des liens étroits avec les programmes d'éducation des adultes. La mobilisation grâce à l'église a été formidable."

La mission du Secrétariat africain de Jubilé 2000 "a été double : mener des campagnes et coopérer avec les gouvernements... Nous avons toujours reproché aux gouvernements africains de ne pas prendre d'initiative dans ce domaine, mais l'an dernier, de nombreux dirigeants ont fait preuve de beaucoup de dynamisme en la matière." De l'avis de M. Owusu, les Présidents Olusegun Obasanjo (Nigéria), Thabo Mbeki (Afrique du Sud) et Abdelaziz Bouteflika (Algérie) sont "encore plus radicaux que Jubilé 2000, dans la mesure où ils demandent une annulation totale et absolue de la dette". L'ONU a "également joué un rôle très utile en réunissant tous les dirigeants qui se sont mobilisés en faveur de l'annulation de la dette".

La campagne Jubilé 2000 a officiellement pris fin le 31 décembre dernier. Mais, d'après M. Owusu, l'action entreprise n'a pas pour autant cessé. "La prochaine organisation aura pour nom Jubilé Plus. Nous organisons une initiative spéciale ... qui consistera à mobiliser tout notre réseau international pour obtenir un plus grand allégement de la dette" lors de la réunion du Groupe des sept qui aura lieu à Gênes en juillet 2001. "Jubilé Plus s'intéressera aussi davantage aux causes de la dette... Nous voulons faire preuve de plus d'ingéniosité quant à la façon dont nous parvenons au développement en Afrique... En fin de compte, ce sont [les dirigeants] politiques qui seront à l'origine des changements."

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