Un pays africain sur trois ne peut bénéficier des prêts permettant de lutter contre le sida

Parmi les pays les plus durement touchés par le sida, trois -- le Botswana, l'Afrique du Sud et le Zimbabwe -- figurent sur la liste des 15 pays africains qui ne peuvent actuellement bénéficier des financements que la Banque mondiale accorde dans le cadre du programme MAP pour l'Afrique, dont le budget total s'élève à 500 millions de dollars. Le MAP propose aux pays africains des prêts à faible intérêt servant à financer des projets de recherche, de prévention et de traitement du VIH/sida. Les prêts sont accordés par l'Association de développement international (IDA) de la Banque, qui octroie des financements à titre avantageux aux pays ne pouvant emprunter sur les marchés de capitaux privés. En inaugurant le programme le 12 septembre dernier, le Président de la Banque, James Wolfensohn, a noté qu'avec le MAP, la Banque finançait à plus grande échelle la lutte contre le sida, comme elle s'était précédemment engagée à le faire. "En avril dernier, nous avons promis qu'aucun programme africain de lutte contre le sida bien conçu ne manquerait de fonds, a-t-il déclaré. Aujourd'hui, nous tenons cette promesse."

Beaucoup pensaient que le Zimbabwe, où le quart de la population est séropositive et où le revenu par habitant est inférieur à 600 dollars, serait probablement parmi les premiers pays à bénéficier du programme. Mais, le 3 octobre, ce pays a été placé sur la liste, après n'avoir pas effectué dans les délais un versement de 47 millions de dollars, sur les 889 millions de dollars de prêts et de crédits qu'il doit à la Banque. Des responsables de la Banque ont expliqué à Afrique Relance que le Zimbabwe ne pouvait prétendre à aucune autre forme de financement de la Banque, MAP compris, tant qu'il ne s'acquitterait pas de ces arriérés.

Le Botswana et l'Afrique du Sud ne peuvent bénéficier des prêts de l'IDA car leur produit intérieur brut par habitant est supérieur à la limite autorisée (885 dollars). Sept autres pays -- Cap Vert, la Guinée équatoriale, le Gabon, Maurice, la Namibie, les Seychelles et le Swaziland -- sont également jugés trop prospères pour en bénéficier. Comme le Zimbabwe, la République démocratique du Congo, la République du Congo, le Libéria, la Somalie et le Soudan n'y ont pas droit parce qu'ils n'ont pas remboursé dans les délais les prêts que la Banque leur avait accordés.

Certains gouvernements africains, qui ploient déjà sous le fardeau de la dette étrangère, hésitent à s'endetter davantage pour financer des programmes de lutte contre le VIH/sida. Début octobre, le Ministre de la santé zambien, David Mpamba, a annoncé que la Zambie suivrait l'exemple du Malawi en refusant de demander à bénéficier des prêts anti-sida de la Banque. La Zambie souhaite réduire son endettement, a-t-il indiqué, et financer par emprunt des projets de lutte contre le sida "n'y contribuerait pas". Au lieu de nouveaux prêts, "nous voulons maintenant que la Banque mondiale favorise la baisse des prix des médicaments afin qu'un grand nombre d'individus puisse en bénéficier". Le Gouvernement américain a proposé d'accorder des garanties de prêts commerciaux d'un milliard de dollars en échange de l'achat de médicaments fabriqués aux Etats-Unis mais cette offre n'a trouvé aucun preneur en Afrique.

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