Ouganda : 'le lion est dans le village'

Le succès de l'Ouganda, où les programmes de prévention et d'information ont permis, malgré la pauvreté et la guerre, de réduire le taux d'infections par le VIH, a valeur d'exemple pour les autres pays en développement. Ce succès s'explique en partie par la participation active du chef d'Etat, a expliqué le Président ougandais Yoweri Museveni aux dirigeants africains réunis lors du Forum pour le développement de l'Afrique : "Lorsqu'un lion arrive dans le village, vous ne donnez pas l'alarme à voix basse. Vous criez très fort. Quand j'ai pris connaissance de ce problème, j'ai décidé que nous devions hurler en permanence."

Dans un discours ponctué de rires et d'applaudissements, l'ancien chef du mouvement rebelle s'est éloigné du texte qu'il avait préparé pour l'occasion, en demandant aux dirigeants politiques de prendre résolument l'initiative d'entrer en "guerre" contre le sida. "Au début, notre ministère de la santé diffusait un petit message d'information après le journal télévisé... Mais en 1986, nous n'avions que 100 000 téléviseurs. Combien de personnes auraient été informées ? Je leur ai dit... cette alarme que vous donnez est silencieuse. Le meilleur moyen de se faire entendre est de s'exprimer par la voix des dirigeants politiques."

"Lorsqu'un responsable local de la santé publique prend la parole au cours d'une réunion, 20 personnes viennent l'écouter, a-t-il remarqué. Mais si Museveni vient prononcer un discours, 20 000 personnes se déplacent. C'est à ce moment-là qu'il faut faire passer le message. Parlez de politique, mais parlez également du sida." "Vous ne pouvez pas seulement faire confiance aux bureaucrates, a-t-il lancé... Ils diffuseront [des messages de prévention du sida] lorsque les gens sont au travail et ils diront 'nous l'avons diffusé, là'. Tout ça leur est égal. C'est donc aux dirigeants de mener cette guerre."

Les femmes ont également joué un rôle décisif, a expliqué le Président : "Dans notre lutte, nous avons donné aux femmes des moyens d'action. Il y a une femme vice-présidente, quatre femmes ministres et 40 femmes membres du Parlement." La présence de femmes, même en nombre réduit, a beaucoup influencé les mentalités. Dans la lutte contre le sida, "Les femmes ... ont maintenant commencé à opposer leur refus aux hommes" qui s'obstinent à avoir des pratiques sexuelles risquées. "Cela a eu un effet positif." Pour faire passer le message, l'Ouganda a également mobilisé la société civile, les écoles et les médias. "Dans les églises et les mosquées, a-t-il indiqué, "vous pouvez vous adresser à beaucoup de gens." Dans les écoles publiques, "il y a des réunions au cours desquelles tous les élèves sont présents. C'est à cette occasion que le directeur devrait parler du sida." Les médias peuvent également servir à la prévention et à l'éducation. "En Ouganda, nous avons maintenant 12 millions de postes radio... Chaque famille a [en moyenne] 3 postes radio. C'est un très bon support." Résultat : "En Ouganda, la population est informée à 100 %. Tout le monde sait ce qu'est le sida et comment il se transmet." Cette information est essentielle, étant donné l'ostracisme et les idées fausses que suscite encore la maladie. Pendant la rébellion de son mouvement en 1984, se souvient-il, "J'ai commencé à entendre parler à la radio d'une nouvelle maladie des homosexuels et des drogués [des pays du Nord] et j'ai dit que ça ne nous concernait pas du tout." Mais maintenant que les Africains représentent plus de 70 % de toutes les personnes atteintes du sida dans le monde, a-t-il conclu, le sida est maintenant une maladie africaine... Nous ne pouvons nous en remettre aux Européens et aux sociétés pharmaceutiques. Nous devons, nous les gouvernements africains, nous engager dans cette bataille."

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