La triste épopée de la libéralisation de l'industrie de la noix de cajou

Lorsque le Mozambique a obtenu son indépendance en 1975, il était le premier producteur mondial de noix de cajou et les graines traitées de cajou représentaient le produit d'exportation le plus important du pays. A la fin de la guerre de 1992, la production a culbuté, le verger national de noix de cajou se composait d'une proportion élevée d'arbres vieux ou malades et les usines de transformation de l'Etat avaient un sérieux besoin d'un nouvel investissement. L'entreprise publique de production de noix de cajou a été démantelée et vendue en 1994-95. Les entreprises mozambicaines ont acheté les usines de transformation en supposant que l'industrie continuerait à bénéficier de la protection du gouvernement contre la concurrence étrangère.


L'usine de noix de cajou Mocaju à Maputo est à présent fermée. La libéralisation du commerce a ruiné l'industrie nationale de transformation.

Photo : AIM / Ferhat Momade


Toutefois, vers la fin de 1995, à titre de condition de prêts de plus de 400 millions de dollars, la Banque mondiale a demandé la libéralisation du commerce de la noix de cajou brute. Ceci signifiait la réduction de la surtaxe d'exportation sur les noix brutes, même si tous les intéressés ­ l'industrie, les commerçants de noix brutes et le gouvernement ­ avaient accepté une surtaxe de 26 %, visant à encourager l'industrie nationale de transformation. Avec les pressions de la Banque mondiale, la surtaxe a été réduite à 20 et ensuite à 14 %, un niveau qualifié par l'industrie de la noix de cajou comme étant "ruineux", et rendant impossible la concurrence avec les commerçants de noix brute de l'Inde.

Vers la fin de 1998, l'industrie luttait pour sa survie. Dix des quinze usines de transformation les plus importantes avaient fermé et mis à pied 5 000 travailleurs. La raison de la crise fut résumée par M. Kekobad Patel, Président de l'Association de producteurs de cajou. "Il existe actuellement un potentiel de transformation de 50 à 60 000 tonnes de noix" a-t-il déclaré, "mais seulement 40 000 tonnes sont mises en marché et la moitié est exportée".

La Banque mondiale affirma à plusieurs reprises que la libéralisation aurait amélioré les prix payés aux fermiers pour leurs noix. Cependant, une étude indépendante par la firme internationale de consultants Deloitte & Touche, mandatée par le Ministère de l'industrie, du commerce et du tourisme et financée par la Banque mondiale, révèle que les bénéfices de la libéralisation ont surtout profité aux commerçants et non aux fermiers. D'après l'étude, la Banque se trompe lorsqu'elle affrime que l'industrie était si inefficace que le Mozambique gagnerait plus d'argent en exportant des noix brutes plutôt que des graines traitées. Au contraire, l'étude de Deloitte a découvert, qu'en moyenne, le Mozambique gagnerait 150 dollars additionnels par tonne en exportant des noix transformées.

Les membres du Parlement du Partie Frelimo au pouvoir ont réagi à la pression de la Banque mondiale en demandant une interdiction totale d'exporter les noix brutes au cours des 10 prochaines années, proposition qui a été entérinée par les derniers représentants de l'industrie de transformation. En septembre 1999, le parlement a passé un projet de loi de compromis faisant passer la surtaxe à 18-22 %, le niveau exact devant être déterminé chaque année selon les conditions existantes. Il a été rapporté que les dirigeants de la Banque mondiale ont accepté le compromis.

 

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