
Le lourd bilan économique des inondations
Le Gouvernement du Mozambique pensait que les taux de croissance de 10 % et plus pourraient être maintenus dans un avenir prévisible mais cette confiance a été sérieusement ébranlée lorsque les inondations ont submergé une grande partie du sud et du centre du pays en février. En rompant leurs digues, les rivières ont affecté chaque vallée importante du sud de Beira. Lorsqu'un cyclone s'abattit ensuite sur le centre du Mozambique à la fin du mois, il aggrava ce qui était déjà une catastrophe naturelle colossale.
Au cours du traditionnel défilé du 1er mai à Maputo, le Premier ministre Mocumbi a annoncé un bilan provisoire, 700 morts et au moins 100 disparus. Près de 2 millions de personnes (environ 12% de la population totale) ont été sérieusement touchées, dont la moitié avait besoin d'aide alimentaire. Près de 250 000 personnes ont perdu leur maison. La perte de 140 000 hectares de terres cultivées et de pâturages, soit 11 % du total de la région cultivée des cinq provinces affectées, s'est répercutée sur plus de 113000 petits agriculteurs qui ont été privés de leurs moyens de subsistance. De plus, environ 20 000 têtes de bétail avaient disparu, probablement noyées, et beaucoup d'autres risquaient de succomber à des maladies.
Toutefois, on note un aspect positif : plus de 45 000 personnes qui s'étaient réfugiées dans les arbres, sur le toit des immeubles ou qui se trouvaient dans des endroits isolés entourés d'eau, ont été secourues. Dans un premier temps, les secours ont été prodigués à partir de quelques navires mozambicains et de moins d'une douzaine d'hélicoptères fournis par l'Afrique du Sud, le Malawi et l'armée de l'air du Mozambique. Ce n'est que trois semaines après la catastrophe que les secours venus d'Europe et d'Amérique du Nord sont arrivés.
Les pires pertes agricoles furent celles qui touchent l'irrigation, et le gouvernement estime que quelque 90 % de l'infrastructure d'irrigation exploitable du pays a subi des dégâts.
L'industrie a également été gravement touchée à la suite des pluies torrentielles sur Matola, la ville industrielle en périphérie de Maputo, ce qui entraîna la fermeture de certaines usines parmi les plus rentables du Mozambique ou une sévère diminution de leur production. Pratiquement toute la production des villes de Xai-Xai et de Chokwe dans la Vallée de Limpopo a cessé de fonctionner, surtout parce que les installations électriques de ces villes étaient inondées. Plus d'un millier de magasins et de dépôts de vente en gros situés dans les bassins des rivières, et même dans les quartiers bas de Maputo, ont été endommagés.
Plusieurs routes secondaires et tertiaires ont été emportées, ainsi que plusieurs ponts. Toutes les voies ferrées du sud du Mozambique ont été sérieusement touchées, particulièrement la ligne Limpopo entre Maputo et le Zimbabwe. Les inondations ont également entraîné la fermeture de 630 écoles, fréquentées par 214 000 élèves, et 42 établissements de santé ont été détruits et endommagés, y compris l'Hôpital central de Beira, le deuxième en importance du pays.
Lorsqu'une conférence de pays donateurs fut organisée à Rome, début mai, pour financer les activités de reconstruction, le gouvernement, appuyé par les Nations Unies. demanda environ 450 millions de dollars. Les donateurs ont répondu à la demande, mais comme le notait le Président Joaquim Chissano, à l'Assemblée du millénaire, début septembre. "la lenteur du processus de déboursement" a retardé la livraison des secours, car seulement près de 250 millions ont été confirmés jusqu'ici.
Confronté à cette dévastation, le gouvernement a réduit son objectif de croissance économique en 2000, de 10 % à moins de 4 %.
[Mozambique
: croissance dans la pauvreté]
[La triste épopée de la libéralisation
de l'industrie de la noix de cajou]
[Un bénéficiaire de l'allégement
de la dette]
[L'accès des petits agriculteurs à
la terre]
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