Des progrès mitigés pour les Africaines

L'évaluation de la conférence de Beijing fait apparaître des échecs aussi bien que des gains

Par Colleen Lowe Morna

L'évaluation à mi-parcours de la Conférence de Beijing de 1995 sur les femmes a permis de constater que l'Afrique se trouvait à un carrefour précaire. Grâce en grande partie aux pressions des femmes africaines qui sont devenues expertes dans l'art de s'organiser à l'intérieur et à l'extérieur de leurs frontières, certains gains importants ont été réalisés sur les fronts juridique et politique, a conclu l'évaluation, effectuée à New York en juin. Plusieurs pays ont révisé leur constitution en y incorporant l'égalité des sexes. Dans des pays d'Afrique australe, les femmes sont mieux représentées aux postes de décision qu'en Amérique et en Europe. Et certaines politiques innovantes, par exemple l'introduction de considérations sexospécifiques dans les débats budgétaires, attirent l'attention internationale.

Cependant, comme l'indique une analyse statistique portant sur "le Statut des femmes en Afrique" présentée par la Commission économique pour l'Afrique (CEA) lors de la conférence, la majorité des femmes africaines sont aujourd'hui dans une pire situation matérielle qu'il y a cinq ans. La pauvreté croissante, les conflits incessants et la propagation effrayante du VIH/sida -- qui ont un effet disproportionné sur les femmes en raison de leur statut secondaire dans la société -- minent les gains socioéconomiques fragiles qu'elles avaient obtenus. La CEA fait valoir que si l'égalité des sexes avait été réalisée, si les femmes avaient été en mesure de participer dûment à l'économie, avaient véritablement leur mot à dire dans les affaires de guerre et de paix et avaient le pouvoir d'exiger des rapports sexuels sans risque, ces fléaux seraient aujourd'hui en partie enrayés.


Les conditions écono-miques de nombre de femmes africaines ont empiré depuis cinq ans, malgré des progrès politiques.

Photo : ONU / Ray Witlin


 

Lors de la conférence, baptisée "Beijing+5", les représentants des organisations non gouvernementales (ONG) ainsi que les délégués officiels ont exprimé leur exaspération devant le fait que les gouvernements parlent d'égalité des sexes sans traduire leurs paroles en actes. Lors du lancement de "Progrès des femmes dans le monde 2000" du Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM), la vice-présidente de l'Ouganda, Specioza Kazibwe, qui est la femme politique africaine la plus haut-placée, a regretté "l'omission dans le rapport de l'indicateur le plus important de tous : l'engagement politique".

Mme Kazibwe a déclaré qu'elle ne devait son poste qu'à l'engagement politique en faveur de l'égalité des sexes manifesté par le président Yoweri Museveni. Elle a provoqué quelques remous en appelant de ses voeux des "hommes qui soient positifs envers les femmes", qu'elle a définis dans une entrevue comme des individus "qui examinent les problèmes sous un angle favorable aux femmes et qui produisent des résultats concrets".

Des engagements purement théoriques

La présidente du Centre africain pour la femme (ACW) de la CEA, Mme Joséphine Ouédraogo, a critiqué le format de la conférence : des déclarations officielles des gouvernements en séance plénière et d'âpres conflits à propos des droits sexuels en coulisses et lors des négociations à huis clos. "Les chefs d'Etat auraient dû faire des bilans et répondre aux questions critiques des principaux intéressés et des ONG", a déclaré l'ancienne ministre du Burkina Faso dans une entrevue. A son avis, le fait que l'égalité des sexes en Afrique n'existe qu'en théorie s'explique principalement par le fait que les structures de femmes restent marginales et que ce sont toujours les mêmes (principalement des femmes) qui se rendent aux conférences régionales et internationales. "Nous parlons entre nous, a-t-elle déclaré. Nous ne sommes toujours pas présents dans les milieux du pouvoir, pour cibler les ministres des finances, du commerce, de l'agriculture, ceux qui sont à l'origine de politiques essentielles à la réalisation de l'égalité des sexes".


La vice-présidente ougandaise Specioza Kazibwe : Il faut un engagement politique accru.

Photo : ONU / Eskinder Debebe


La Sixième Conférence régionale africaine préparatoire sur les femmes convoquée par la CEA en novembre dernier a innové en donnant aux ONG le statut de délégués à part entière et en invitant des chefs d'Etat et des ministres détenant des postes clefs. La conférence a recommandé qu'à l'avenir, un tiers des participants à des conférences de ce genre soient des hommes.

Certains progrès en Afrique

D'après les rapports de pays du Centre africain pour la femme, quelques progrès importants ont été réalisés, par exemple :

De nombreuses insuffisances subsistent

Les rapports de pays révèlent cependant de nombreuses insuffisances, notamment :

Formulations vagues

Les ONG africaines ont déclaré que la confusion et la désorganisation des responsables africains se sont traduites par de vagues formules dans le document "Résultats" relatif aux questions prioritaires pour l'Afrique, notamment au VIH/sida. Ils ont également critiqué l'incapacité de Beijing+5 à fixer des cibles et des jalons plus concrets que ceux du Programme d'action de Beijing.


Plusieurs pays ont révisé leur constitution pour y incorporer l'égalité des sexes. Les pays d'Afrique australe sont parvenus à une plus grande représentation des femmes aux postes de décision qu'en Amérique et en Europe.

Les délégations africaines, surtout celles de la SADC, se sont battues avec acharnement pour que la formulation du document soit plus précise. Le président de la délégation namibienne Nentumbo Ndaitwah a insisté pour que toutes les législations discriminatoires à l'égard des femmes soient abrogées d'ici l'an 2005. Certains pays s'y sont opposés, et le compromis suivant a été atteint : "dès que possible, préférablement d'ici à 2005".

D'autres cibles de Beijing+5 reprennent celles du Sommet social de Copenhague sur l'élimination de la disparité entre les sexes dans l'éducation primaire et secondaire d'ici l'an 2005 et garantissent un enseignement primaire gratuit, obligatoire et universel pour filles et garçons d'ici 2015.

Mme Ouédraogo a déclaré que le document "Résultats" adopté lors de Beijing+5 est un instrument dans l'ensemble précieux. "Chaque pays africain, a-t-elle déclaré, peut se retrouver quelque part dans le document. Ce qui est important aujourd'hui est d'emporter ce document chez soi et de le traduire en actes concrets au niveau national". Dans le cadre du suivi immédiat de la conférence, elle a déclaré que la CEA met au point des mécanismes de suivi de l'application de tous les engagements pris par les gouvernements africains en faveur de la promotion de l'égalité des sexes.

 

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