L'ONU à l'heure du nouveau millénaire

Le Secrétaire général définit les perspectives et objectifs majeurs de l'Organisation

Par Frehiwot Bekele

A la veille du nouveau millénaire, le Secrétaire général de l'ONU Kofi Annan a défini les perspectives, responsabilités et défis qui attendent la communauté internationale et recommandé des mesures concrètes destinées à "faire renaître l'espoir et améliorer les conditions de vie". Le rapport de M. Annan, intitulé "Nous les peuples: le rôle des Nations Unies au XXIe siècle", fera l'objet d'un grand débat à l'occasion du Sommet du millénaire, qui réunira du 6 au 8 septembre à New York les dirigeants de la planète.

"L'importance des Nations Unies et leur force d'inspiration n'ont en rien faibli, mais se sont au contraire renforcées, les peuples devenant de plus en plus interdépendants et la nécessité d'une responsabilité collective au niveau mondial se faisant sentir davantage. Nous devons nous demander quelle organisation les dirigeants du monde sont prêts à soutenir, en actes aussi bien qu'en paroles", affirme le Secrétaire général dans son rapport.


Le corps des Volontaires de l'ONU, appelé à former des groupes de personnes des pays en développement à l'utilisation des nouvelles technologies de l'information.

A son avis, trois objectifs sont prioritaires: préserver tous les peuples du besoin et de la peur, et léguer aux générations futures un avenir viable sur le plan environnemental. A cet égard, les principaux défis ont trait à la pauvreté dans laquelle vit plus de la moitié de l'humanité, à la progression effrayante du VIH/Sida, au "nettoyage ethnique", au génocide et à la destruction de l'écosystème et des ressources naturelles de l'humanité.

Les forces de la mondialisation apparaissent souvent tentaculaires, sources de problèmes, mais capables également de contribuer au développement économique et au bien-être social. "Le principal défi aujourd'hui est de s'assurer que la mondialisation profite à tous les peuples de la planète, sans abandonner dans la misère des milliards de personnes", précise le Secrétaire général.

Attention particulière à l'Afrique

Le rapport de M. Annan accorde une attention particulière à l'Afrique subsaharienne : "L'action mondiale contre la pauvreté s'impose avec encore plus d'urgence en Afrique subsaharienne car, nulle part ailleurs la population n'endure autant de souffrances." Après avoir énuméré les principaux problèmes qui accablent le continent -- le faible taux de croissance du PIB et du revenu par habitant, le fardeau écrasant de la dette extérieure, la faible productivité agricole, les conflits armés, les problèmes de gouvernance et la progression alarmante du VIH/Sida, le Secrétaire général invite les participants au Sommet du millénaire à "accorder une attention particulière aux besoins de l'Afrique et à aider sans réserves les Africains à venir à bout des problèmes du continent".

Pour atteindre les "objectifs du millénaire", le Secrétaire général annonce une série d'initiatives que l'ONU se propose de lancer en collaboration avec le secteur privé. Dans le cadre du programme Health InterNetwork, quelque 10 000 sites électroniques seront ouverts dans les hôpitaux et dispensaires des pays en développement pour offrir l'accès par Internet aux données médicales les plus récentes, adaptées aux besoins de certains pays et régions. Par ailleurs, un groupement de corps "d'experts volontaires" des pays industria-lisés seront appelés à former des groupes des pays en développement à l'utilisation et aux applications des technologies de l'information. Il est également proposé d'établir, en coopération avec les chefs du Programme des Nations Unies pour le développement et de l'Organisation internationale du travail, des "réseaux de politique mondiale" qui formuleraient des stratégies de réduction du très haut niveau de chômage des jeunes.

Atteindre des objectifs concrets

En outre, le Secrétaire général invite les dirigeants du monde à réaliser les objectifs qu'ont déjà fixés les principales conférences des Nations Unies dans les années 1990 : réduire de moitié d'ici à 2015 l'extrême pauvreté dans le monde; améliorer d'ici à 2020 les conditions de vie pour les 100 millions d'habitants de bidonvilles dans le monde entier; réduire de moitié d'ici à 2015 la proportion d'individus qui n'ont pas accès à de l'eau salubre; faire en sorte que tous les enfants, garçons ou filles, aillent à l'école primaire et supprimer entre filles et garçons les inégalités d'accès au primaire et au secondaire d'ici à 2005; et réduire d'ici à 2005 le taux de propagation du Sida chez les 15-24 ans dans les pays les plus touchés. Sont également mentionnés le besoin d'ouvrir les marchés des pays industrialisés aux biens produits dans les pays les moins avancés, ainsi que la nécessité de développer le programme d'allégement de la dette des pays pauvres très endettés, et de renforcer l'aide publique au développement.

En matière d'environnement, le Secrétaire général note qu'il est essentiel non seulement d'empêcher la dégradation des terres arables, des sources d'eau douce, de la couche d'ozone et de la biodiversité mais également d'enrayer les changements climatiques. Il faut réduire les émissions des gaz "à effet de serre" qui provoquent le réchauffement de la planète, en utilisant des technologies moins polluantes et plus efficaces et des combustibles non-fossiles. Le Secrétaire général invite également tous les gouvernements à adopter et mettre en oeuvre le Protocole de Kyoto de 1997 qui contraint les pays industrialisés à réduire leurs taux d'émissions d'ici à 2002. Grâce au système de "comptabilité verte" des Nations Unies, les gouvernements identifieront les politiques environnementales bénéfiques et celles qui sont sources de pollution et de dégradation.

Dans le domaine de la paix et de la sécurité, le Secrétaire général recommande de renforcer les opérations de maintien de la paix de l'ONU, de prendre des sanctions ciblées contre les groupes corrompus et de mettre un terme au trafic illégal d'armes. Il est aussi fait mention du rôle essentiel du nouveau Tribunal pénal international de l'ONU dans l'élimination de la "culture de l'impunité" dont ont longtemps bénéficié les auteurs de violations flagrantes des droits de l'homme.

Au sein de l'ONU, le Secrétaire général estime indispensable une réforme du Conseil de sécurité qui le rendrait démocratique et représentatif.

"Je suis persuadé que ... tous ces objectifs sont réalisables, si on en a la volonté. Revitalisée, l'ONU jouera un rôle essentiel et exaltant en inspirant et coordonnant ces efforts", conclut-il.

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