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Bien avant d'avoir été élu président du Sénégal en mars, M. Abdoulaye Wade était enseignant. "J'avais la responsabilité de 85 élèves dans une classe", a-t-il rappelé dans son discours liminaire lors de la conférence de Dakar. Le nombre moyen d'élèves par enseignant a depuis été ramené à 50 environ, mais les classes dans le primaire continuent d'être surchargées et les conditions de travail des enseignants sénégalais médiocres.
Bien que le Sénégal ait été fier d'accueillir le Forum mondial sur l'éducation, il n'est pas en mesure de se vanter de ses indicateurs éducatifs. En 1998, le taux brut de scolarisation dans l'enseignement primaire était de 65,5 %, une hausse par rapport à 56,8 % en 1990, mais un niveau qui demeure bien inférieur à la moyenne subsaharienne. La difficulté d'embaucher des effectifs d'enseignants suffisants a posé problème. Le Sénégal a signé son premier programme d'ajustement structurel en 1979 -- l'un des premiers en Afrique -- qui stipulait des contrôles stricts sur l'embauche de nouveau personnel dans le secteur civil, notamment des enseignants. Entre-temps, les salaires réels des enseignants ont stagné, ce qui a contribué à leur démoralisation.
Dans une solution partielle, le gouvernement précédent du Président Abdou Diouf s'est mis à recruter 1 200 enseignants bénévoles par an à partir de 1995, en leur promettant de les embaucher après cinq ans sur une base contractuelle. Le projet bénévole a permis d'augmenter quelque peu le taux de scolarisation, mais il a été dénoncé par les syndicats d'enseignants, qui le perçoivent comme une tentative de miner le statut des enseignants permanents.
Durant le déroulement de la campagne électorale présidentielle, à la grogne des enseignants s'est ajoutée celle des bénévoles qui n'avaient pas encore reçu de contrats. Les diplômés des centres de formation des enseignants qui n'avaient pas trouvé de postes ont en outre manifesté bruyamment dans les rues. Parmi ses nombreuses promesses électorales, M. Wade s'était engagé à remanier le système éducatif du Sénégal et à embaucher de nouveaux enseignants. Une fois élu -- c'était la première fois au Sénégal qu'un chef de l'opposition se faisait élire président -- il a renouvelé sa promesse de fournir du travail aux diplômés des centres de formation d'enseignants et de recruter en général davantage d'effectifs. Mais la pression de l'opinion publique demeure. Durant le Forum mondial sur l'éducation, les bénévoles et les enseignants contractuels sénégalais ont manifesté devant le siège de la conférence afin de mettre en relief leurs exigences d'un statut d'enseignants permanents.