
"Nous sommes plus convaincus que jamais", ont déclaré les ministres africains de l'éducation, "que l'enseignement est la condition sine qua non pour autonomiser les peuples d'Afrique afin qu'ils puissent participer à l'économie mondialisée du XXIe siècle et mieux profiter des occasions qui se présentent". Lors d'une des six réunions qui se sont tenues dans différentes régions du monde pour préparer le Forum sur l'éducation de Dakar, les ministres africains de l'éducation se sont réunis à Johannesburg (Afrique du Sud) du 6 au 10 décembre 1999 pour évaluer les défis et les priorités spécifiques du continent. Ils ont adopté un cadre d'action, "l'Education pour la renaissance de l'Afrique au XXIe siècle", afin de compléter le plan d'action mondial de Dakar.
Les ministres ont observé que si le taux de scolarisation dans l'enseignement primaire a considérablement augmenté dans nombre de pays africains depuis une décennie, il continue d'être faible comparé à la plupart des autres régions du monde. Les raisons en sont multiples. "Nombre de pays", ont fait remarquer les ministres, "ont subi des programmes d'ajustement économique austères, un alourdissement du fardeau de la dette, un système économique mondial biaisé, une mauvaise gouvernance, parfois une mauvaise utilisation de ressources insuffisantes, des sécheresses et des inondations. Ces facteurs, conjugués à l'impact du VIH/sida et des conflits armés, ont des effets dévastateurs sur l'éducation en Afrique".
Le nombre d'abandons scolaires a augmenté, largement en raison des coûts élevés et des conflits armés, ont rapporté les ministres. La qualité de l'éducation est généralement faible, et le contenu éducatif est souvent "sans rapport avec les besoins des élèves et du développement social, culturel et économique".
Les ministres estiment cependant que les systèmes éducatifs en Afrique peuvent être sensiblement améliorés, étant donné "les récents progrès politiques, les investissements accrus dans l'éducation dans certaines régions d'Afrique, ainsi que les occasions présentées par les nouvelles technologies de l'information et de la communication. Ils ont recommandé d'associer le savoir africain et les valeurs de solidarité aux techniques de gestion modernes, aux sciences sociales et physiques et aux nouvelles technologies afin de résoudre les problèmes endémiques de l'Afrique.
Dans ce but, ils ont préconisé une action concertée dans des secteurs prioritaires, anticipant les cibles qui ont été par la suite incorporées dans le Cadre d'action de Dakar. Les ministres ont en outre souligné la nécessité de développer des stratégies non-formelles pour toucher les enfants désavantagés, notamment ceux qui vivent dans la rue, ceux qui travaillent et les réfugiés; rendre les cursus plus adaptés aux cultures locales; promouvoir l'utilisation de la langue maternelle au cours des premières années de l'éducation primaire ainsi que dans l'enseignement pour les adultes; intégrer l'éducation à la famille, à la communauté et au lieu de travail; et impliquer les enseignants et leurs syndicats dans le développement de la profession.
Outre l'utilisation plus efficace des ressources budgétaires, les gouvernements africains devraient augmenter leurs dépenses pour l'éducation afin qu'elles atteignent au moins 7 % du produit national brut d'ici 5 ans et 9 % d'ici 10 ans. Si les gouvernements portent la majeure part de cette responsabilité financière, ils doivent également agir en partenariat avec les collectivités, les associations de parents et d'enseignants, les organisations non gouvernementales, les organismes religieux, le secteur privé et les familles. De tels partenariats devraient concerner "non seulement le partage des coûts, mais également le processus entier d'éducation, notamment les prises de décision, la gestion et l'enseignement".
Entre-temps, les institutions externes de crédit devraient s'assurer que les économies réalisées grâce à la réduction de la dette sont investies dans l'enseignement et d'autres secteurs sociaux, ont déclaré les ministres. Les institutions donatrices, tant bilatérales que multilatérales, devraient travailler avec les gouvernements africains ainsi que d'autres partenaires "afin d'évaluer les effets secondaires des programmes d'ajustement structurel ainsi que d'autres programmes de développement sur l'éducation. Ils devraient également augmenter le soutien financier et technique à l'éducation en Afrique afin d'"au moins doubler le niveau actuel d'ici l'an 2015".