"La communauté internationale hésite à envoyer des casques bleus en République démocratique du Congo à moins que l'Accord de Lusaka n'obtienne une note parfaite au tableau d'excellence."

"L'heure est venue de faire la paix" en RDC

Le président zambien Frederick Chiluba répond aux questions d'Afrique Relance

Quelle est votre appréciation du débat sur la RDC qui a eu lieu au Conseil de sécurité tout au long de la semaine ?
Avant toute chose, je dois vous dire que nous sommes ici grâce à l'ambassadeur Holbrooke. Il voulait nous faire venir afin que nous nous retrouvions face à face et que nous reprenions des contacts, qu'ils soient hostiles ou amicaux. Et il y est parvenu.

Nous ne sommes pas vraiment en train de discuter des accords de Lusaka. Nous essayons de mobiliser le soutien qui permettra de les mettre en oeuvre. Toute hésitation pourrait nous faire revenir en arrière et les violations redeviendraient le mot d'ordre ; c'est l'ensemble des accords qui tomberait à l'eau.

Les Etats-Unis et les autres membres permanents du Conseil de sécurité ont estimé qu'il était trop dangereux de déployer une force de maintien de la paix.
Les Etats-Unis ont de bonnes raisons, en un sens. Ils ont le souvenir de forces envoyées sous les auspices des Nations Unies qui avaient constitué des cibles toutes trouvées. Mais je crois que le cas du Congo est totalement différent. La structure de l'accord est telle que les Nations Unies ne seront pas simplement lâchées dans le Congo en terrain inconnu. Nous avons la Commission militaire mixte (CMM) avec qui travailler, ainsi que le Comité politique mixte.

Bien sûr, elles devront affronter certaines difficultés. Elles vont là-bas parce qu'elles doivent restaurer la paix. Attendre revient à rendre tous ces efforts inutiles. Nous comprenons les préoccupations des Etats-Unis. Elles sont légitimes. Mais nous considérons que de la même façon qu'ils interviennent au Kosovo grâce à l'OTAN, ou au Timor oriental, grâce aux Nations Unies, ils doivent intervenir en RDC.

M. Annan a proposé un déploiement de 5 500 casques bleus.
Je pense vraiment que c'est une excellente nouvelle en ce qui nous concerne. Plus tôt ce sera mis en place, mieux cela vaudra. Car ceux qui violent actuellement l'accord sur le terrain sauront bientôt que la partie est perdue. Ils ne peuvent plus continuer impunément à faire ce qui est interdit par les accords signés. Ce n'est pas en vain que nous sommes ici. Nous avons porté la situation du Congo à un très haut niveau. Nous espérons qu'il ne sera pas oublié ou mis de côté.

Le déploiement est-il adapté ?
Il n'est pas nécessaire d'avoir de tels effectifs en ce qui concerne les équipes d'observateurs. Par contre, un contingent de 5 500 hommes ne paraît absolument pas adapté à la taille du Congo. Je suis convaincu qu'au fur et à mesure qu'ils observeront la situation sur le terrain, ils s'apercevront que les effectifs sont insuffisants et demanderont un renforcement immédiat. Je pense que le contingent évoluera une fois le processus lancé.

Quelles sont les priorités aujourd'hui ?
Nous avons besoin de ressources financières à trois niveaux : afin de rendre la CMM plus efficace et plus opérationnelle, afin d'assister le médiateur dans sa tâche, pour que le dialogue interne puisse débuter, et pour toute l'opération de maintien de la paix.

J'ai le sentiment que le dialogue interne sera l'objectif final. Pourquoi la guerre a-t-elle commencé, mis à part les aspects externes ? La raison interne tenait à la volonté d'élargir l'espace politique. Ils disaient "Nous devons commencer à démocratiser le Congo". Cela ne peut être discuté qu'en présence du médiateur. Les faire asseoir et dialoguer. Si cela échoue et tombe à l'eau, nous sommes fichus.

Quels sont les principaux obstacles à la paix ?
Nous serons nos principaux obstacles si nos esprits ne s'éclairent pas. Et c'est la raison pour laquelle je suis si optimiste. Je crois sincèrement que les choses s'arrangeront car tous les acteurs de cette guerre veulent en finir. Aucun d'entre eux ne croit aujourd'hui pouvoir régler les choses par voie militaire. Nous voulons tous entamer le processus de paix.

Et d'ailleurs, les Congolais ont souffert suffisamment longtemps. Ils veulent la paix. Je n'ai pas oublié l'accueil qu'ils m'ont fait lors d'un de mes voyages. Il y avait des millions de personnes rassemblées dans les rues, venues à ma rencontre pour me dire très clairement, "Nous voulons la paix, nous voulons la paix".

Et l'heure est venue aujourd'hui .

*******