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Depuis 1995, le programme de privatisation s'accélère au Sénégal. Comme ailleurs en Afrique, le processus est inégal. Certaines privatisations se sont déroulées relativement facilement et ont été assez bien acceptées par l'opinion. D'autres ont été très controversées et difficiles. Deux exemples précis illustrent ces expériences contraires.
Télécommunications : En juillet 1997, 33 % du capital de la Société nationale des télécommunications (Sonatel) a été vendu à une succursale de France Télécom qui a également repris la direction de l'entreprise. Cette transaction a été conclue après la rupture d'un accord antérieur, selon lequel un tiers des parts de la Sonatel aurait dû être vendu à un consortium américano-suédois. Bien que le consortium ait offert un prix supérieur à celui de France Télécom, il n'était pas prêt à s'engager à garder l'ensemble du personnel ni à investir à long terme autant que France Télécom, qui doit quadrupler le nombre de lignes téléphoniques en dix ans. Grâce à une nouvelle capitalisation boursière en 1999, les parts de France Télécom sont passées à 42 %.
A l'époque de la vente originale, 10 % du capital a été vendu au personnel de la Sonatel à un taux très inférieur à celui du marché, ce qui a permis d'apaiser en partie les craintes des employés face à la privatisation. En outre, 17 % du capital a été mis en vente sur le marché boursier régional francophone d'Abidjan (Côte d'Ivoire), deux tiers des actions étant réservées aux particuliers et aux institutions du Sénégal. Toutes les actions ont été rapidement achetées, y compris par quelque 9000 Sénégalais qui ont déboursé au total 17 milliards de francs CFA (30 millions de dollars), à la surprise de certains analystes qui, vu le niveau peu élevé de l'épargne dans le pays, n'attendaient pas d'achats aussi importants de la part des particuliers. A la bourse d'Abidjan, les actions de la Sonatel se sont depuis appréciées. Elles font l'objet d'un fort volume d'échange qui dépasse de loin celui des autres actions.
Malgré la réussite relative de la privatisation de la Sonatel, la Banque mondiale critique le fait que la compagnie a le monopole des lignes de téléphonie fixe dans le pays, et affirme que le secteur doit s'ouvrir à la concurrence.
Electricité: L'année de la privatisation de la Sonatel, les pouvoirs publics ont annoncé qu'ils envisageaient de vendre la majorité des parts de la compagnie nationale d'électricité, la Société nationale sénégalaise d'électricité (Sénélec). Les syndicats ont dénoncé ce projet et ont déclenché une série d'arrêts de travail et de grèves du zèle qui ont provoqué des pannes dans tout le pays, poussant les pouvoirs publics à emprisonner un certain nombre de responsables syndicaux pendant plusieurs mois.
En mars 1999, les pouvoirs publics ont vendu 34 % des parts de la Sénélec à un consortium dirigé par la société canadienne Hydro Québec qui a pris les rênes de l'entreprise. Les pouvoirs publics se sont aussi engagés à vendre une part supplémentaire de 15 % du capital sur le marché boursier d'Abidjan et à réserver 10 % des actions au personnel. L'opération devrait réduire la part de l'Etat à 41 %. Jusqu'à présent, les syndicats s'opposent à la privatisation et refusent d'accepter les actions qui leur sont réservées.
Pendant ce temps, le réseau électrique vétuste tombe fréquemment en panne, ce qui entrave sérieusement la croissance économique du pays. Les importants besoins de financement de la Sénélec, nécessaires à la fois à la rénovation du réseau et au remboursement des lourdes dettes contractées avant la privatisation, ont amené Hydro Québec à proposer d'augmenter le capital social de l'entreprise. Si ce projet est mis à exécution, la part d'Hydro Québec pourrait passer de 34 à 51 % du capital, ce qui entraînerait de nouveaux conflits avec les syndicats.