Avantages et inconvénients de la privatisation au Mozambique

Par Paul Fauvet à Maputo

Les syndicalistes mozambicains critiquent les privatisations qui alimentent à leur avis le chômage tandis que les pouvoirs publics affirment au contraire que les privatisations créent des emplois. Parmi les centaines d'entreprises privatisées (pour la plupart très petites), les deux camps peuvent trouver des exemples leur donnant raison. Dans certains cas, les nouveaux propriétaires des plus petites entreprises, loin de reprendre la production, se sont servis des locaux comme entrepôts. Dans un cas extrême, le propriétaire de la nouvelle entreprise a converti en église le bâtiment de l'entreprise rachetée.

De temps en temps, des abus flagrants conduisent les pouvoirs publics à annuler un projet de privatisation et à rester propriétaire de l'entreprise jusqu'à ce qu'un nouvel appel d'offres puisse être lancé. C'est ce qui s'est produit en 1996 dans le cas de la fabrique de matelas de Maputo, Morfeu, lorsque le nouveau propriétaire a omis de payer les dettes de l'entreprise, de régler à temps les salaires de ses employés et de décider d'un plan d'investissements.

Les pouvoirs publics affirment que cet exemple n'est pas représentatif et que la plupart des entreprises privatisées fonctionnent relativement bien. Le président Joaquim Chissano a déclaré devant le parlement en mars 1999 que si certaines entreprises privatisées avaient licencié du personnel, d'autres avaient embauché et que, globalement, le nombre d'emplois avait augmenté de 40 %.

D'après lui, lorsque le programme de privatisation a été lancé à la fin des années 80, seules 42 % des entreprises d'Etat étaient opérationnelles. Les autres étaient paralysées ou "semi-paralysées". Aujourd'hui, 77 % des entreprises privatisées fonctionnent, dit-il. Dix pour cent sont en cours de rénovation et 13 % sont encore inactives.

Les pouvoirs publics affirment que "90 %" des entreprises privatisées ont été vendues à des Mozambicains. C'est vrai, mais la plupart des grosses entreprises figurent parmi les 10 % restants. Les trois cimenteries du pays sont maintenant aux mains du géant du ciment portugais CIMPOR et la seule verrerie du pays appartient aussi à une autre entreprise portugaise, Barboso e Almeida, et deux des trois brasseries ont été vendues à South African Breweries (SAB).

Ces brasseries, exploitées sous le nom de Cervejas de Moçambique (CDM), sont un exemple de privatisation très réussie. La SAB a investi des sommes importantes dans l'équipement, et la production des brasseries de Maputo et de Beira a triplé entre 1995 et 1998. Cette bière locale relativement bon marché se vend dans tout le sud et le centre du Mozambique et elle a totalement éclipsé la bière sud-africaine de contrebande dont le commerce était auparavant très répandu. Les pouvoirs publics en ont aussi bénéficié. Les impôts versés par les brasseries ont augmenté de 700 %. En 1998, la CDM a versé environ 5 % de l'ensemble des recettes fiscales. Les travailleurs employés à la brasserie se portent bien. LA CDM leur paie un salaire minimum équivalent à 96 $ par mois, plus de deux fois et demie le salaire minimum obligatoire. La CDM a été la première société cotée à la bourse du Mozambique, ouverte depuis octobre 1999.

*******