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Dans la plupart des pays francophones de l'Afrique de l'Ouest, le coton est une culture d'exportation importante qui génère de substantielles entrées de devises et fait vivre des millions de petits exploitants. Depuis l'époque de la colonisation française, la majorité du secteur cotonnier de ces pays est organisé de façon intégrée. Les entreprises publiques fournissent aux exploitants des graines, des crédits et des services d'appui. Le coton est acheté et égrené, puis vendu à l'étranger. Ces dernières années, la Banque mondiale et le FMI, conformément à leur politique d'incitation à la privatisation, ont fait pression sur les pouvoirs publics pour qu'ils vendent ou ouvrent leurs manufactures de coton aux capitaux étrangers.
La Côte d'Ivoire a vendu une partie de ses manufactures
de coton en 1998 mais la plupart des autres pays hésitent à
privatiser. La résistance vient à la fois des pouvoirs publics
et de la Compagnie française pour le développement des fibres
textiles (OFDFT), entreprise d'Etat française et important actionnaire
minoritaire dans nombre de manufactures de coton des pays d'Afrique francophones.
Certains disent que l'OFDFT s'oppose aux privatisations parce qu'elle veut
tout simplement préserver sa situation de semi-monopole.
Toutefois, l'OFDFT et les responsables des pouvoirs publics invoquent de grandes considérations ayant trait à l'économie et au développement. Ils craignent que, comme pour les autres cultures d'exportation, la libéralisation du coton ne débouche sur une baisse de la qualité des exportations. Fait plus important encore, au Burkina Faso, en République Centrafricaine, au Mali et ailleurs, les manufactures de coton subventionnent les intrants et garantissent des débouchés à de nombreux exploitants agricoles. Elles limitent l'impact des fluctuations du marché sur les agriculteurs les plus pauvres.
Une telle protection pourrait disparaître si le secteur était démantelé et privatisé, note M. Jean-Luc Lecorre, directeur adjoint de l'Africa Merchant Bank qui gère les investissements dans les entreprises de l'agro-industrie en cours de privatisation. La libéralisation du marché des engrais et d'autres intrants pourrait aussi faire chuter la production de coton si les prix sont trop élevés pour les agriculteurs : "Pour un secteur aussi intégré, dit-il, la privatisation présente de nombreux risques." S'il faut privatiser, recommande-t-il, les pouvoirs publics devraient essayer d'attirer des entreprises de l'agro-industrie solides et désireuses d'investir sur le long terme plutôt que des entreprises commerciales uniquement intéressées par des bénéfices rapides.
Une autre possibilité consiste à vendre ou à restituer en partie ces manufactures de coton aux producteurs. C'est ce qui se produit au Sénégal où 30 % des actions des manufactures de coton d'Etat sont cédées à des associations d'exploitants, et il est prévu de vendre plus tard d'autres titres aux employés, au grand public et aux "investisseurs stratégiques".