
En l'espace d'une génération, on pourrait -- et devrait
-- faire en sorte que chaque enfant soit correctement nourri et soigné,
qu'il reçoive une éducation primaire de qualité, et
que chaque adolescent reçoive le soutien et les conseils dont il
ou elle a besoin pour le difficile passage à l'âge adulte,
proclame la Situation des enfants dans le monde, 2000, rapport publié
en décembre 1999 par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).

Photo : UNICEF / LeMoyne
Tout en reconnaissant les progrès accomplis en matière de protection des enfants au cours de ce siècle et pendant la décennie qui a suivi l'adoption en 1989 de la Convention relative aux droits de l'enfant, l'UNICEF estime que beaucoup reste à faire. Il attire l'attention sur les trois tragédies dont les femmes et les enfants sont les principales victimes, notamment dans le monde en développement : les conflits armés, le VIH/Sida et la pauvreté. Le rapport ajoute que les femmes sont victimes de ces fléaux en surnombre du fait de la discrimination à leur encontre.
Environ 90 % des victimes de guerre sont aujourd'hui des civils, principalement des femmes et des enfants. Environ 540 millions d'enfants (un sur quatre) "vivent dans le bourdonnement menaçant et continu d'une violence qui peut éclater à tout moment" ou sont déplacés ou réfugiés à cause des conflits en cours. Au cours de la dernière décennie, plus de 2 millions d'enfants ont été tués dans les conflits armés, 6 millions ont été blessés ou handicapés, et des centaines de milliers ont été recrutés en tant que "soldats, esclaves sexuels ou porteurs." Chaque année, de 8 à 10 000 enfants sont tués par des mines terrestres. En 1996, les conflits en Afrique ont été à l'origine de plus de la moitié du nombre total de victimes de guerre et de plus de 8 millions de réfugiés et personnes déplacées.
Chaque jour dans le monde, 8 500 enfants et jeunes sont infectés par le VIH et 2 500 femmes meurent du Sida, affirme l'UNICEF. A l'échelle mondiale, près de 13 millions d'enfants de moins de 15 ans, dont 10 millions en Afrique, sont des "orphelins du Sida." En Afrique subsaharienne, 22,5 millions de personnes sont séropositives. En 1998, 2 millions d'Africains sont morts du Sida, alors que 200 000 personnes, principalement des femmes et des enfants, ont été tuées lors des conflits armés. Depuis 1990, l'espérance de vie en Zambie est tombée de 50 à 40 ans à cause du VIH/Sida, tandis qu'au Botswana, où sans le Sida l'espérance de vie aurait dû dépasser 69 ans d'ici à 2000-2005, celle-ci chutera à 41 ans pour la même période.
Selon l'UNICEF, le revenu par habitant est aujourd'hui plus bas dans 80 pays qu'il y a dix ans. Un habitant de la terre sur cinq (1,2 milliard de personnes, dont 600 millions d'enfants) vit dans "une pauvreté sans merci," avec moins d'un dollar par jour. Quelque 250 millions d'enfants entre 5 et 14 ans travaillent, dans des conditions dangereuses pour 50 à 60 millions d'entre eux. On estime que 130 millions d'enfants en âge d'être scolarisés dans le primaire, dont 60 % de filles, ne vont pas à l'école parce que leurs parents ne peuvent pas payer les frais de scolarité. Ils doivent travailler pour contribuer aux revenus du foyer ou se trouvent dans des situations de conflits armés. Chaque jour, 30 500 garçons et filles de moins de 5 ans meurent de causes qui auraient pu pour la plupart être évitées et, chaque année, 585 000 femmes meurent de complications pendant la grossesse ou l'accouchement.
Tout le monde sait ce qu'il faut faire, précise le rapport, pour atténuer la pauvreté et améliorer les conditions de vie : assurer l'accès aux services sociaux de base comme l'eau potable, le système sanitaire, l'éducation primaire, les services de santé (y compris la planification familiale). Cela coûterait de 70 à 80 milliards de dollars par an dans une économie mondiale de 30 billions de dollars. Cet objectif pourrait être atteint par la mise en oeuvre de l'initiative 20/20 de l'UNICEF, qui préconise l'allocation de 20 % des budgets nationaux et de l'aide publique au développement (APD) aux services sociaux vitaux. Cependant, l'APD a chuté de plus de 20 % entre 1992 et 1997, observe l'UNICEF.
L'une des raisons pour lesquelles les pays pauvres ont des difficultés à fournir des services sociaux de base à leur population tient au service de la dette extérieure. Le Cameroun, par exemple, a consacré, en 1996-97, 36 % de son budget national au service de la dette contre 4 % aux services sociaux de base. Les remboursements de la dette en Tanzanie étaient quatre fois supérieurs au budget alloué à l'éducation primaire et neuf fois supérieurs à celui alloué aux services médicaux de base. En 1997, la dette extérieure de l'Afrique subsaharienne s'élevait à 108 % de son produit national brut.
La Situation des enfants dans le monde, 2000 servira de base à la conférence sur les enfants que l'UNICEF organisera à la fin de 2001 sous les auspices de l'Assemblée générale des Nations Unies. La conférence réunira les gouvernements, les institutions internationales, un grand nombre d'organisations de la société civile et le secteur privé pour promouvoir le bien-être des enfants et des adolescents.