Changeons d'attitude, adoptons les bonnes stratégies, faisons preuve de volonté et le continent progressera, affirme Venancio Massingue (Mozambique).

Des logiciels faits par les Africains

Par Assumpta Acam-Oturu*

L'Afrique a besoin non seulement de personnes qui savent gérer et utiliser les technologies d'information et de communication, mais également de personnes formées aux aspects techniques, affirme M. Venancio Massingue, Vice-recteur de l'Université Eduardo Mondlane (Mozambique) et un dirigeant de l'Africa Information Technology Education Trust, organisme établi lors de l'African IT Exhibitions & Conference (AITEC).

La jeunesse africaine est l'une des priorités de ce Trust, qui a été créé à la conférence African Computing and Telecommunications, organisée en août 1999 à Cambridge (Angleterre). Les projets mis en place dans le cadre de ce Trust donneront aux jeunes une formation académique, ainsi que des moyens d'action leur permettant de créer leur propre emploi dans le domaine des technologies de l'information. Les étudiants qui maîtrisent l'informatique en réseau joueront un rôle "très important" dans l'extension d'Internet à toute l'Afrique, et dans les projets qui "font également participer les jeunes ruraux aux technologies."


Rien ne changera en Afrique si nous ne nous remettons pas en cause, si nous n'avons pas d'ambition.

-- Venancio Massingue

Face au taux d'analphabétisme élevé et aux nombreuses langues qui existent en Afrique, le Trust estime que le processus éducatif comprend deux composants importants : "Le premier consiste à connaître la technologie elle-même. Le deuxième vise à intégrer à cette technologie notre propre culture." Les Africains doivent pouvoir insérer leurs langages "dans ces systèmes informatiques ; sinon, nous aurons de l'anglais et du français, du chinois et du japonais," ajoute M. Massingue.

Dans un contexte réglementaire qui favorise l'expansion des réseaux, les pays africains devraient privilégier les technologies sans fil, qui facilitent l'accès aux régions les plus reculées. Il évoque le potentiel de l'énergie solaire, en ajoutant que des systèmes radio qui fonctionnent à coût réduit sont déjà en service et jouent un rôle important dans les communautés.

En même temps, il lance un défi à ses collègues africains : "accorder plus d'importance aux résultats, au lieu de faire de jolis discours. Nous devons améliorer la culture en changeant d'attitude." Lorsqu'il a déclaré en 1989 qu'il voulait établir Internet au Mozambique, il s'est entendu dire que c'était impossible. En 1992, "les Mozambicains recevaient déjà des messages e-mail. En 1994, nous avions déjà tous les services d'Internet." Au lieu d'attendre trois mois pour recevoir ou envoyer une lettre entre notre pays et l'Europe ou les Etats-Unis, "nous pouvions envoyer une lettre et avoir la réponse en 15 minutes ! Cela a complètement changé les façons de penser."

M. Massingue a encouragé les Africains à collaborer en vue de développer des logiciels qui leur conviendraient, mais il y a eu pour l'instant plus de paroles que d'actions. "Pendant que vous envisagez de développer un logiciel de comptabilité, vous recevez des programmes de l'étranger et les gens vous disent que vous perdez votre temps. Sans stratégie, en effet, vous perdez votre temps."

Il est persuadé que les pays africains peuvent être compétitifs dans le domaine du développement de logiciels, car "il s'agit avant tout d'avoir des idées. Nous n'inventerons pas un nouveau transistor, mais avec un minimum de matériel, nous pouvons faire beaucoup."

Le coût du matériel informatique reste prohibitif, mais le Trust AITEC rassemble des fonds de façon à permettre aux étudiants africains de commencer à développer des logiciels. "Nous avons des gens qui écrivent des petits programmes," mais ce n'est pas encore le type de logiciel qui s'imposera sur le marché. L'Inde a beaucoup investi dans le domaine des logiciels ; elle obtient maintenant beaucoup de contrats de développement de logiciels. Il nous faudra être créatifs et inventer notre propre logiciel qui sera utile pour d'autres personnes."

Mais rien ne changera si "nous ne nous remettons pas en cause, si nous n'avons pas d'ambition." Les pays africains peuvent réduire les coûts du matériel informatique en développant en Afrique un secteur des technologies de l'information, ajoute-t-il, en souhaitant que des investissements soient réalisés "qui nous permettent d'accéder à la technologie." L'Afrique a exporté de bons joueurs de football qui n'avaient pas de bons ballons en grandissant. "Ils jouaient avec des ballons de fortune et ils s'amélioraient. Il faut que les jeunes parviennent au même niveau en matière de technologies de l'information. Il faut qu'ils trouvent des substituts avec lesquels s'entraîner et qu'ils attirent peu à peu l'attention."

Il faut pour cela des programmes de formation bien conçus et une coopération au niveau national et régional. Il se souvient des réclamations que suscitaient en 1995 les appels téléphoniques de Maputo à Kampala, qui passaient par le Portugal, la Grande-Bretagne et finalement l'Ouganda. "Qu'est-ce qui nous empêche d'installer des câbles en fibre optique ? Un pays peut payer un premier segment, un autre pays en paiera un deuxième, etc. Pourquoi est-ce impossible d'établir entre deux pays voisins une liaison à vitesse rapide ? Pourquoi passer par l'Europe seulement parce que c'est ce que nous faisons depuis 20 ou 30 ans ? Nous devons faire preuve de volonté et établir une stratégie qui fera évoluer la situation."


*Responsable de l'animation et de la production de "Spotlight Africa" sur KPFK Pacifica Radio, Los Angeles (Californie).

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