D'après Maria Musoke, les liaisons radio peuvent contribuer pour beaucoup à améliorer la santé primaire et à réduire le nombre de décès maternels.

Télémédecine en Ouganda rural

Par George Koomson*

"L'Afrique n'a pas besoin de matériel sophistiqué." C'est en qualité de spécialiste de l'information et après avoir étudié en juillet dernier la composante communications d'un projet pilote sanitaire du district d'Iganga, dans l'Est de l'Ouganda, que Mme Maria Musoke est arrivée à cette conclusion. Au cours des trois dernières années, ce projet a contribué à réduire les taux de mortalité maternelle de 40 % dans certains cas. Les technologies intermédiaires (radios à très haute fréquence [VHF] et talkies-walkies) "ont fait des miracles." Mme Musoke est donc partisan d'une approche multidimensionnelle "qui soit adaptée à différentes capacités et à différents besoins." Le matériel très sophistiqué convient au niveau national et au niveau des districts, mais "fournir l'accès à Internet à des accoucheuses traditionnelles qui ne savent ni lire ni écrire n'est pas réaliste."


Les talkies-walkies ont considérablement augmenté le pouvoir d'action des accoucheuses traditionnelles, et leur ont permis d'aider davantage de femmes.

-- Maria Musoke

Ce projet -- Rural Extended Services and Care for Ultimate Emergency Relief (RESCUER) -- s'est associé avec le Fonds des Nations Unies pour la population, le Ministère de la santé et le Secrétariat de la population de l'Ouganda, et les autorités du district d'Iganga. Le projet RESCUER s'inscrit dans le cadre des efforts du ministère visant à réduire le taux élevé de mortalité maternelle que connaît l'Ouganda -- environ 506 pour 100 000 -- en améliorant les systèmes locaux de soins et d'orientation des patientes. Environ 80 % des 17 millions d'habitants de l'Ouganda vivent en milieu rural ; les taux de fécondité sont élevés et plus de 60 % des accouchements sont pris en charge par les sages-femmes traditionnelles, la famille ou les amis.

Le projet a trois composantes : communications, transport et services sanitaires de qualité. Le système de communication comprend des radios VHF installées dans des postes de base et dans des unités de santé, dans l'ambulance de l'hôpital et dans le véhicule du Directeur médical du district, ainsi que les talkies-walkies qu'utilisent les accoucheuses. Les sages-femmes et les accoucheuses ont reçu une formation supplémentaire et les soins de santé se sont donc maintenant améliorés. Mais c'est le transport qui pose le plus grave problème, car l'ambulance tombe parfois en panne.

La formation a été adaptée aux besoins, explique Mme Musoke. Les accoucheuses ont acquis des bases : "que faire quand une femme en train d'accoucher vient les voir en haletant ; ou que faire dans le cas d'un placenta non décollé ? Les sages-femmes ont pu remettre à jour leurs connaissances. Le personnel de santé a appris à se servir du matériel de communication."

Parmi les changements importants résultant du projet RESCUER, Mme Musoke cite en premier lieu le fait que le personnel sanitaire a pu appeler et obtenir des conseils pratiques même quand il n'était pas possible d'envoyer sur place un véhicule. "Le personnel obtient des réponses plus rapides et se sent moins isolé." Le projet a également contribué à surmonter l'absentéisme, "qui était auparavant un gros problème." Les employés savent maintenant qu'ils peuvent recevoir des appels à n'importe quelle heure et que les appels sont entendus sur les autres récepteurs, et notamment dans le bureau du directeur des services médicaux.

Le nombre plus important d'accouchements pris en charge par du personnel ayant reçu une formation, les cas référés aux unités de santé et la réduction du taux de mortalité maternelle "indiquent que le projet RESCUER a fait évoluer les comportements en matière de santé et la situation de la santé génésique dans le district d'Iganga."

Le personnel a également compris que le projet présentait d'autres avantages, fait observer Mme Musoke. Avant le début du projet, lorsqu'un réfrigérateur tombait en panne, "il fallait parfois faire des kilomètres et des kilomètres pour le faire réparer. Mais maintenant, il suffit d'un seul appel radio pour faire revenir un technicien qui fera les réparations nécessaires."

Les communications "ont contribué pour beaucoup au succès de ce projet," explique Mme Musoke. Lorsque les transports tombent en panne, la présence d'une sage-femme et du système de communication sauvent des vies : les accoucheuses consultent les unités de santé, qui à leur tour consultent leurs collègues et leurs supérieurs. Les talkies-walkies ont "considérablement augmenté le pouvoir d'action" des accoucheuses traditionnelles, ajoute-t-elle. Ils ont amélioré leur image, ont amené leurs clientes à leur faire davantage confiance et les ont aidées à assister davantage de femmes.

Le coût initial du projet était inférieur à 124 000 dollars, y compris le coût du matériel radio et du matériel de suivi et la formation des techniciens et des utilisateurs. Après cette phase initiale, les frais d'exploitation ont diminué. Le système fonctionne à l'énergie solaire, explique Mme Musoke. "Après les dépenses initiales, il y a les frais d'entretien ordinaires, mais ces frais sont peu élevés et faciles à assumer, ce qui veut dire que le projet sera viable après le retrait des donateurs."

Etant donné ces résultats positifs, le projet RESCUER est déjà en cours de lancement dans trois autres districts et il est prévu de l'étendre progressivement à trente autres districts.


* Rédacteur d'African Agenda, un magazine bimensuel d'Accra, publié par le Third World Network Africa Secretariat.

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