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Lalla Ben Barka, Secrétaire
exécutive adjointe de la CEA, déclare que c'est aux gouvernements,
aux institutions et à la société civile de l'Afrique
qu'il appartiendra de mettre en place de nouvelles technologies de l'information
véritablement utilisables.
Capacités de planification nationales
Ces capacités sont très réduites dans de nombreux pays.
Il s'agit là d'une question de volonté politique. Même
si le secteur privé arrive à acquérir des technologies
d'information et de communication, c'est au gouvernement qu'il appartient
d'instaurer des conditions favorables au développement de ces technologies,
et notamment de mettre en valeur les ressources humaines. De nombreux problèmes
se profilent à l'horizon en ce qui concerne la planification et la
mise en oeuvre, mais la CEA est prête à aider tout pays ou
toute sous-région.
Technologies et besoins élémentaires
en milieu rural
Les participants à la conférence n'ont cessé de rappeler
que les technologies de l'information doivent bénéficier à
la majorité de la population africaine, qui est rurale à 70
ou 75 %. Malgré l'urbanisation rapide, les environs des villes sont
très densément peuplés et regorgent de populations
rurales qui restent exclues de la "modernité."
Nous débattons de technologies sophistiquées alors que nous n'avons pas d'électricité dans nos villages. Puisque la marginalisation des milieux ruraux risque de s'accentuer, nous devons faire preuve d'imagination. Nous allons privilégier de plus en plus les télécentres, qui peuvent être des sources d'informations importantes et utiles.
Les gouvernements ont à l'évidence un rôle à
jouer. Mais comme dans le cas des services de vulgarisation dans le domaine
de l'alphabétisation, de la santé et de l'agriculture, le
problème est toujours venu des approches qui tendent à imposer
de l'extérieur "des connaissances." Le personnel des services
de vulgarisation ne doit jouer qu'un rôle de catalyseur. Il faut que
les populations rurales expriment leurs besoins et y répondent progressivement
d'elles-mêmes.
Contenu africain sur Internet
Il faut réunir et analyser les connaissances traditionnelles. Nous
avons commis des erreurs en acceptant des informations et des connaissances
de l'extérieur, que nous n'avions pas assimilées. Nous devons
produire nos propres connaissances, ou en tout cas en produire davantage.
J'ai beaucoup travaillé dans le domaine de l'alphabétisation
et je me souviens de discussions extraordinaires avec des gens des campagnes,
sur des sujets très variés. Nous continuons à négliger
des quantités incroyables de connaissances. Nous devons préserver
ces connaissances avant qu'il ne soit trop tard. Les détenteurs de
certaines connaissances ont cessé de les transmettre et les nouvelles
générations perdent leurs racines.
Au cours de l'un des groupes de discussion du Forum pour le développement de l'Afrique 99, j'ai posé la question suivante : " combien de pays ont une idée claire de ce qu'ils veulent devenir dans 10, 20 ou 50 ans ?" Si nous n'avons pas notre propre vision d'avenir et nos propres sites, nous resterons de pauvres consommateurs, submergés par des informations mal digérées, venant de l'extérieur.
Prudence
Les technologies de l'information sont déjà très à
la mode, mais elles sont aussi absolument nécessaires. Nous devons
éviter de nous trouver, dans quelques années, entourés
de matériel que nous avons laissé s'entasser dans des placards.
Quarante ans après l'indépendance, nous avons connu un certain
nombre d'effets de mode. C'est ce qui risque de nous arriver avec les technologies
de l'information.
Le potentiel [qu'offre la technologie] nous permet de sauter plusieurs étapes. Là où d'autres régions du monde ont mis des dizaines d'années à atteindre certains stades, l'Afrique peut y parvenir rapidement, car nous pouvons accéder à des informations à la fois très détaillées et très générales. Mais nous devons nous préparer à utiliser de nouvelles technologies. C'est à nous seuls qu'incombe cette responsabilité, par l'intermédiaire de nos institutions, de nos gouvernements et des organisations de la société civile.
Il y a certaines étapes que nous ne devons pas sauter, et il faut pour cela effectuer des analyses et décider du rythme auquel nous voulons progresser. Nous ne serons pas une autre Corée du Sud, qui était il y a trente ans à peu près au même stade de développement que l'Afrique. Ce pays a sauté certaines étapes, mais en s'assurant de ses ressources matérielles, institutionnelles et humaines. J'ai peur que les pays africains ne prennent pas le temps de faire la même chose.
Des "offres gratuites"
Lorsque je travaillais au Mali dans l'éducation, nous avons reçu
de nombreuses offres de donateurs, qui nous parlaient de classes du primaire
équipées d'ordinateurs. Nous leur avons dit: "merci beaucoup;
nous savons que les avantages potentiels seraient énormes, mais il
faut d'abord que nous y soyons préparés." Le marché
africain est grand ouvert, et certains mécènes nous font des
"offres gratuites" que nous ne sommes pas prêts à
absorber. Nous devons être prêts, de façon à ce
que, si nous sautons des étapes, nous puissions retomber sur nos
pieds.