Le plan de développement d'un pays doit être le point de départ de stratégies d'information et de communication, déclare Karima Bounemra Ben Soltane, Directrice de la Division des services d'information pour le développement de la Commission économique pour l'Afrique.

Maîtriser les outils technologiques

Les décideurs africains doivent "intégrer la dimension technologique" aux programmes nationaux de croissance économique et de développement humain et ce processus "ne devrait pas être dirigé par des technocrates." A cette fin, la CEA préconise de faire appel aux communautés défavorisées, d'intégrer les questions de genre et de faire participer pleinement les jeunes "dans le cadre d'une consultation nationale aussi générale que possible," explique Mme Karima Bounemra Ben Soltane.

Certains pays "ont pris beaucoup de retard dans leur programme de développement," et c'est précisément pour cette raison que la CEA estime que les nouvelles technologies d'information et de communication peuvent contribuer à faire évoluer plus rapidement la situation. Avec la télémédecine, par exemple, "on peut informer une communauté de l'épidémie de choléra qui sévit dans un autre village à dix kilomètres de là et leur conseiller de prendre des mesures de précaution." Les technologies de l'information "ne résoudront pas les problèmes de fond de l'Afrique mais elles peuvent contribuer à l'amélioration des soins de santé, de l'éducation et du commerce."

Une plus grande ouverture au dialogue

Les intérêts du commun des mortels sont-ils suffisamment bien représentés lors de l'élaboration des politiques qui régissent les technologies de l'information ? Interrogée à ce sujet, Mme Ben Soltane indique que "le degré de participation de la société civile est une question nationale, et les gouvernements sont de plus en plus nombreux à se montrer ouverts au dialogue."


Les technologies de l'information ne sont pas la panacée. Il faut savoir quel type de développement l'on veut. Ensuite, il faut maîtriser la technologie et éviter les modes et les nouveaux gadgets.

-- Karima Bounemra Ben Soltane

Quant à l'idée selon laquelle les technologies de l'information pourraient aider l'Afrique à "sauter" des étapes du développement, elle reconnaît que la question -- savoir si le développement est linéaire ou bien s'effectue par paliers -- fait l'objet "d'un débat constant." A son avis, il y a "dans l'histoire des tournants décisifs, où il faut faire un bond en avant, quantitatif et qualitatif. Mais ne nous berçons pas d'illusions ; il n'y aura pas de miracles et les technologies de l'information ne sont pas la panacée. Il faut savoir de quel type de développement l'on veut. Ensuit, il faut maîtriser la technologie et éviter les modes et les nouveaux gadgets. Il faut savoir ce que l'on attend de la technologie, sous peine d'être cruellement déçu."

Prenant l'exemple des femmes illettrées qui travaillent sur un marché et "se servent merveilleusement bien d'une calculatrice," elle demande ce qui est prévu pour les gens qui se trouvent dans une situation similaire. "Elles se débrouillent bien avec une calculatrice parce qu'il ne s'agit pas d'un gadget mais d'un outil intégré à leur vie." Et sans les réseaux et l'infrastructure bancaire, le commerce électronique "est inconcevable" pour les populations rurales africaines. Mais les technologies de l'information peuvent être adaptées : "Il suffit de comprendre les besoins des zones rurales en matière d'information. En Afrique, il existe une culture de communication qui précède l'avènement des nouvelles technologies. Mettez un télécentre dans un village et les villageois viendront. Il suffit d'une seule personne qui sache lire. Un enfant peut traduire pour son père ou son grand-père et lire des messages pour le village entier. Et l'enseignant ou l'aide médical du village pourrait passer une heure ou deux par semaine à présenter des informations sur les soins de santé de base."

"Il faut avoir un programme"

Il reste encore beaucoup à faire, ajoute-t-elle, pour améliorer le cadre institutionnel et réglementaire des technologies de l'information. "La privatisation ne résout pas tous les problèmes. Il faut avoir un programme précis, savoir comment ouvrir les marchés et quel genre de services l'on veut. Certains pays sont passés d'un monopole d'Etat à un monopole privé, ce qui n'a pas été aussi positif que l'introduction de la concurrence. Puisque les télécommunications sont souvent une source importante de recettes, les pouvoirs publics devraient prendre le temps de trouver un équilibre qui leur convient."

De nombreuses délégations des gouvernements ont participé avec enthousiasme au Forum 99 et Mme Ben Soltane est satisfaite des progrès réalisés depuis 1995, année où la CEA avait organisé le Symposium régional africain sur la télématique pour le développement. A l'époque, seuls cinq pays africains étaient équipés de connections à Internet et certains dirigeants disaient : "Non merci. Nous exerçons notre pouvoir en contrôlant l'information." D'après Mme Ben Soltane, beaucoup de dirigeants n'ont pas changé d'avis, mais "rares sont ceux qui oseraient tenir maintenant ce genre de propos."

Et s'il est certes "fantastique" que 51 pays africains soient maintenant reliés à Internet, Mme Ben Soltane estime néanmoins que "nous devons déterminer, derrière ce simple chiffre, qui en a vraiment bénéficié." Elle souhaite que les études scientifiques viennent remplacer en plus grand nombre les seuls constats anecdotiques. "Nous devons définir ce que nous voulons mesurer, à des micro et à des macro-niveaux, en ce qui concerne les répercussions sur des secteurs particuliers et sur différentes catégories de la population."

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