Les bases de la communication

L'Afrique a besoin d'une meilleure infrastructure pour accroître la demande

A l'heure actuelle, l'Afrique subsaharienne a le réseau de communication le moins développé du monde. Cette région, qui compte près de 12 % de la population mondiale, n'a que 0,5 % de toutes les lignes téléphoniques mondiales (sans compter l'Afrique du Sud). A cette insuffisance chronique s'ajoute le fait que la plus grande partie de la population ne peut se permettre d'avoir le téléphone, explique la CEA.

Il s'agit d'un cercle vicieux : la plupart des Africains vivent en milieu rural ; plus on s'éloigne de la capitale, plus les lignes de téléphone sont rares. Les frais d'installation et d'obtention d'une ligne téléphonique sont plus bas sur un grand réseau. Pour développer un réseau et réduire les coûts en augmentant le nombre d'abonnés, il faut réaliser d'importants investissements. La plupart des pays africains ne peuvent ni réaliser les investissements nécessaires ni attirer suffisamment de capitaux étrangers, car le marché des services téléphoniques est généralement limité, la majorité de la population vivant dans des zones rurales à faible revenu qui ne généreraient pas assez de chiffre d'affaires.

En 1995, en Afrique, le coût d'une ligne téléphonique atteignait presque 20 % du produit intérieur brut (PIB) par habitant, contre 1 % dans les pays à revenu élevé. Même en milieu urbain, l'insuffisance des réseaux téléphoniques s'explique avant tout par le coût d'accès élevé, d'après un rapport de la CEA.

En 1996, une ligne téléphonique d'entreprise entraînait en moyenne des frais d'installation de 112 dollars -- plus de 200 dollars au Bénin, en Mauritanie, au Nigéria et au Togo -- et des frais de location de 6 dollars par mois, d'après l'Union internationale des télécommunications (UIT). La location d'une ligne coûtait entre 0,80 et 20 dollars par mois, et le prix des appels variait entre 0,60 et 5 dollars de l'heure. Depuis, le prix des appels locaux a dépassé 8 dollars de l'heure en Ouganda, au Gabon et au Tchad.

Etant donné le coût élevé des lignes téléphoniques privées, l'Afrique a besoin de beaucoup plus de téléphones publics. Au Cameroun, des "centres téléphoniques" privés font leur apparition. Le Sénégal compte également plus de 7 000 télécentres, qui emploient plus de 10 000 personnes et génèrent près du tiers du montant total des revenus téléphoniques. La plupart des télécentres sont situés dans des zones urbaines, mais le phénomène se développe également dans le reste du pays. Cette évolution est appelée à se poursuivre, à mesure que s'achèvera l'installation, actuellement en cours, de câbles en fibres optiques qui devraient relier 2 000 villages et villes.

Cependant, les politiques suivies par les pays africains diffèrent par leurs objectifs : il s'agit soit de mettre en place un service universel soit d'offrir un accès universel à des prix abordables, c'est-à-dire d'avoir, dans le premier cas, "un téléphone dans chaque foyer," et dans le second, un grand nombre de téléphones publics aux tarifs abordables. L'Afrique du Sud s'est fixé comme objectif de permettre à tous ses habitants d'accéder à un téléphone après au plus 30 minutes de marche. La Gambie veut installer des téléphones dans tous les villages d'au moins 2 000 habitants, et le Botswana dans les villages de plus de 500 habitants.

Pour financer le développement de leur réseau en zone rurale, l'île Maurice, l'Afrique du Sud et l'Ouganda ont constitué un Fonds de service universel, auquel les compagnies de téléphone reversent une fraction de leur chiffre d'affaires (0,16 % dans le cas de l'Afrique du Sud). Le Maroc finance ses projets de télécommunications en zone rurale à partir des droits de licence perçus auprès des opérateurs.

D'autres pays ont donné à leurs compagnies de téléphone des obligations générales de service universel sans définir d'objectifs précis et les dirigeants doivent donc réfléchir à la direction qu'ils souhaitent suivre. C'est d'autant plus important que les services téléphoniques peuvent maintenant permettre d'accéder à Internet. Mais pourtant, en Afrique du Sud, Telkom installe en milieu rural une infrastructure de communication sans fil qui ne permet pas d'accéder à Internet à une vitesse acceptable.

A l'heure actuelle, la généralisation de l'accès à des réseaux de communication plus développés est considérée comme une condition préalable au développement, et non comme un résultat. Une condition qui a un prix élevé : d'après l'UIT, l'installation en Afrique de 4,5 millions de nouvelles lignes coûterait entre 6 et 8 milliards de dollars. Mais les entreprises publiques, qui représentent souvent l'une des plus grandes sources de trésorerie de l'Etat, ont rarement la liberté de réinvestir leurs bénéfices dans le développement de leurs services. Les revenus provenant de la privatisation et des droits de licence ont également tendance à disparaître dans les coffres de l'Etat.

Et, ce qui est pire encore, ce sont souvent les services publics qui ont les factures les plus lourdes mais ne les paient pas à temps, d'après une étude de l'UIT réalisée dans 10 pays subsahariens.

La déréglementation : rien n'est simple

Des entreprises privées de plus en plus grandes se disputent des marchés des télécommunications nationaux et internationaux en pleine expansion, et prennent la place des monopoles d'Etat. Pour l'instant, la plupart des pays africains ont vendu le monopole d'Etat des services téléphoniques de base à une seule entreprise privée ou à un seul consortium (voir encadré).

Seuls le Ghana, Madagascar, l'Afrique du Sud et l'Ouganda ont ouvert leur réseau national à la concurrence, tandis que le Mozambique, le Nigéria et le Soudan ont accordé dans certaines régions des licences permettant une concurrence limitée. Au Ghana, un consortium dirigé par l'entreprise américaine Western Wireless a acheté une licence qui lui permet d'accéder pendant cinq ans au marché des lignes fixes, en y ayant pour seul concurrent l'ancien monopole d'Etat. Rares sont les pays qui se sont engagés à atteindre l'objectif fixé par l'Organisation mondiale du commerce : libre concurrence d'ici 2005 sur le marché des services de base.

Etant donné la pénurie de lignes fixes, les services de téléphones portables se sont rapidement développés dans 42 pays africains, principalement dans les grandes villes. Les portables représentent maintenant en Afrique un cinquième de tous les téléphones (Afrique du Sud exclue). Mais les appels coûtent en moyenne 0,50 dollars par minute et peu de personnes peuvent se permettre de s'en servir souvent.

Ces différents facteurs doivent donc être pris en compte par les dirigeants africains qui définissent des stratégies de libéralisation et de développement des télécommunications. Les nouvelles technologies réduisent progressivement le coût de développement des réseaux et de l'abonnement ou de l'utilisation d'un nombre croissant de services. Grâce aux câbles en fibre optique et aux systèmes de transmission sans fil et par satellite, il est potentiellement beaucoup plus facile de joindre les zones rurales. Comme dans d'autres secteurs, la réglementation adéquate de la libéralisation de la concurrence peut faciliter le développement de l'infrastructure. Mais il faut que les pays aient défini un programme dans ce sens.

Coopération régionale

Pour accroître les économies d'échelle qui permettront d'attirer des investissements privés, près de la moitié des 14 membres de la Communauté de développement de l'Afrique australe ont adopté un protocole de communications ayant force juridique. La Communauté a également mis en place le forum des Organismes de réglementation des télécommunications de l'Afrique australe.

Au niveau régional, les ministres africains ont adopté en 1996 l'Initiative société africaine à l'ère de l'information (AISI) lors d'une conférence de la CEA. Avec la Conférence régionale sur le développement des télécommunications en Afrique, organisée à Abidjan, l'AISI exerce des pressions importantes pour que soient mises en place des politiques adéquates dans le domaine des réglementations, des tarifs et des prestations de services.

En 1998, plus de 40 pays ont soutenu l'initiative "Connexion africaine," visant à installer en Afrique 50 millions de lignes téléphoniques dans les cinq ans à venir. Le projet est maintenant géré par l'Union panafricaine des télécommunications, basée à Nairobi.

Entre temps, les pays africains doivent surmonter deux problèmes fondamentaux. Le premier est lié au manque de coordination entre des ministères importants, responsables par exemple des finances, de la planification, du commerce et des télécommunications. Le deuxième tient à la coopération insuffisante entre pays anglophones et francophones, qui affaiblit la position de l'Afrique au sein des instances mondiales et nuit à la mise en place d'activités sous-régionales et régionales.

La plupart des Africains n'ont ni téléphone ni ordinateur

-- L'Afrique a environ 14 millions de lignes téléphoniques, soit moins de 2 lignes pour cent habitants. Si l'on exclut l'Afrique du Sud, l'Afrique subsaharienne a moins de 0,52 lignes pour cent habitants.

-- Plus de la moitié des lignes téléphoniques se trouvent en zone urbaine. Plus de 70 % de la population vit en milieu rural.

-- On compte environ 1 téléphone public pour 17 000 habitants. Ce ratio est de 1 pour 600 habitants à l'échelle mondiale et de 1 pour 200 habitants dans les pays à revenu élevé.

-- Le nombre de lignes augmente en moyenne de 10 % par an. Plus d'un million de personnes sont inscrites sur des listes d'attente.

-- Les pays du Sahel et d'Afrique centrale, comme le Niger et le Zaïre, ont moins de 2 lignes pour 1 000 habitants.

-- On compte dans le Nord et dans le Sud de l'Afrique environ 35 lignes pour 1 000 habitants.

-- Les pays côtiers d'Afrique occidentale et orientale ont entre 2,5 et 10 lignes par millier d'habitants.

-- En dehors du Nord et du Sud de l'Afrique, seuls le Botswana, Cap-Vert, le Gabon, Maurice et le Swaziland ont plus d'une ligne pour 50 habitants.

-- La plupart des appels entre pays africains passent encore par l'Europe ou les Etats-Unis; il en coûte tous les ans aux pays africains environ 400 millions de dollars en frais de transit.

-- Sur le million d'utilisateurs d'Internet que compte l'Afrique, 90 % vivent en Afrique du Sud.

-- Les fournisseurs de service Internet sont concentrés dans les capitales ; pour accéder à Internet depuis d'autres régions, il faut généralement passer un appel longue distance au coût élevé.

-- Un compte Internet avec cinq heures d'usage mensuel coûte en moyenne 60 dollars par mois (sans compter l'abonnement téléphonique). Dans les pays où le revenu par habitant est dix fois plus élevé que la moyenne africaine, l'accès à Internet dans les mêmes conditions varie entre un maximum de 18,50 dollars (Allemagne) et un minimum de 7,25 dollars (Etats-Unis).

-- On compte en Afrique moins de 3 ordinateurs par millier d'habitants ; 1 personne sur 1 500 a accès à Internet ; la moyenne mondiale est d'une personne sur 40.

-- Près de 80 % de tous les sites Web sont présentés en anglais ; seule 10 % de la population mondiale parle anglais.

-- L'Afrique génère environ 0,4 % du contenu du World Wide Web et seulement 0,02 % si l'on exclut l'Afrique du Sud.

-- Plus de 60 % des Africains peuvent être joints par les réseaux de radiodiffusion existants.

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