Des commerçants sénégalais branchés

Au Sénégal, le commerce électronique est déjà lancé grâce au réseau électronique des "centres d'information commerciale" (Trade Points) de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Trade Point Sénégal est né à Dakar en 1996, de l'initiative commune du secteur public et du secteur privé, qui souhaitaient ainsi faciliter l'accès local aux possibilités commerciales qu'offre le réseau mondial de centres.


Ibrahima Diagne

En reliant les négociateurs sénégalais aux secteurs public et privé étrangers -- aux douanes, banques, compagnies d'assurance et transporteurs -- ce réseau vise également à simplifier les réglementations et procédures commerciales en vue d'augmenter l'efficacité des échanges, d'après Ibrahima Diagne, directeur du marketing.

Mettre les nouvelles technologies au service de commerçants pour la plupart illettrés ne semblait pas promis à coup sûr au succès ; et pourtant les résultats ont été "très positifs." Pour l'instant, plus de 1 000 offres commerciales du Sénégal ont été publiées sur le réseau, et la moitié d'entre elles ont reçu des réponses intéressantes. Une quarantaine d'entrepreneurs sénégalais ont conclu des contrats. Les autres ne souhaitaient pas fournir plus d'informations, "craignant peut-être que nous prévenions les autorités fiscales," ajoute M. Diagne.

Trade Point Sénégal a également commencé à se décentraliser, avec l'aide de l'initiative Acacia du Centre canadien de recherches pour le développement international (CRDI). Ses bureaux situés à Thiès, à Joal, à Mboro, à Ross Béthio, à St. Louis et à Podor ont même parfois affiché, dans ces communautés d'exploitants agricoles et de pêcheurs, des résultats encore meilleurs que ceux de Dakar.

Puisque Trade Point Sénégal vise à mieux faire connaître le commerce électronique, le fait que les négociants apprécient les avantages des technologies de l'information est positif. Et l'analphabétisme ne fait pas vraiment figure d'obstacle. La plupart des gens, et pas seulement des illettrés, tendent à se sentir exclus des nouvelles technologies au départ. Donc, "nous essayons de démystifier les outils technologiques. Nous leur disons que le téléphone dépend d'une technologie très compliquée mais que nous décrochons tous le téléphone et composons un numéro. Il faut donc comprendre que l'ordinateur est aussi banal que le téléphone. Nous prenons contact avec des individus et nous leur demandons de nous faire part de leurs besoins. Nous leur montrons qu'ils peuvent se servir de la technologie sans maîtriser nécessairement certaines compétences. Avec nos programmes de formation, ils acquérront à terme des compétences informatiques. Mais à ce premier stade, nous leur apprenons à obtenir des résultats. Lorsque les commerçants voient l'un des leurs gagner de l'argent, alors ils sont convaincus. Nous essayons de mieux faire connaître dans tous les secteurs commerciaux -- et particulièrement auprès des micro, des petites et des moyennes entreprises -- les nouvelles technologies qui bénéficient à tous."

En août dernier, Trade Point Sénégal a commencé à coopérer avec un millier de femmes travaillant dans diverses petites entreprises de Guediawaye, un quartier très peuplé de Dakar. L'organisation leur a présenté ses services et a convaincu certaines d'entre elles de payer les frais d'inscription annuels de 2 500 francs CFA (moins de 5 dollars). Plusieurs femmes ont envoyé par e-mail des offres de contrats. "Seulement deux jours plus tard, elles ont été sidérées de recevoir des demandes d'information. Elles sont donc maintenant très enthousiastes."

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