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Le cas des pays sortant d'un conflit
A sa réunion de mai 1998,
le Groupe des sept principaux pays créanciers a recommandé
qu'une assistance spéciale soit fournie aux pays sortant
d'une période de conflit dans le cadre de l'initiative
PPTE. Rien n'a été dit en public lors de son sommet
de juin 1999.Le Ministre rwandais des finances, Donat Kaberuka
Photo: Nii K. Bentsi-Enchill
"Ce que les gens oublient, c'est qu'il est très facile pour les pays sortant d'une période de conflit de retomber dans les conflits si la paix n'est pas consolidée," a déclaré M. Donat Kaberuka, Ministre rwandais des finances et de la planification économique, à Afrique Relance. Après la deuxième guerre mondiale, il aurait pu y avoir une instabilité chronique en Allemagne et au coeur de l'Europe, mais la Plan Marshall a créé une zone de stabilité qui est aujourd'hui l'une des plus développées d'Europe."
Le Rwanda a reçu des annonces de contributions "généreuses" s'élevant à quelque 2 milliards de dollars après le génocide de 1994. Mais moins du tiers de ce montant est effectivement arrivé dans le pays, l'essentiel étant passé par les organisations non gouvernementales et les organismes des Nations Unies. L'appui direct à l'Etat a donc été "très modeste."
"Ce qui me fascine, c'est la rapidité avec laquelle ces fonds tarissent une fois les cameras de télévision parties et qu'une autre crise survient ailleurs," fait remarquer M. Kaberuka. Le Rwanda vient de mener à bien la première partie d'une facilité d'ajustement structurel renforcé (FASR), après un programme exécuté sous la supervision du FMI pendant deux ans. "Tous les paramètres ont été atteints," et le Rwanda est maintenant sur la "bonne voie," dit-il tout en préconisant des "mesures plus imaginatives."
La question de la consolidation de la paix et du passage d'une situation d'urgence à un développement durable préoccupe particulièrement l'Afrique, poursuit-il. Le Rwanda compte "environ un million de jeunes gens sans aucune compétence, et ce nombre augmente d'environ 10 % par an." Par conséquent, la réduction de la pauvreté et la mise en valeur des ressources humaines constituent des priorités nationales pour lesquels des fonds d'aide extérieure devraient être fournis rapidement. Pourtant, alors que la consolidation de la paix "exige de la souplesse et de la patience," souvent, certains partenaires étrangers imposent des calendriers pour la réalisation de certains objectifs. Or, il n'existe pas de solutions toutes faites."
M. Kaberuka est d'avis que l'allégement de la dette des pays sortant d'une période de conflit devrait intervenir plus tôt que le délai habituel de six ans et que les conditions d'admission devraient être souples. Le Rwanda a bénéficié d'un allégement consenti par le Club de Paris en juillet 1998 mais il doit toujours payer 35 millions de dollars au titre du service de la dette chaque année. Il a demandé à ces créanciers de tenir compte, dans leur bilan, du programme qu'il a exécuté entre 1996 et 1998 sous la supervision du FMI plutôt que de commencer le compte à rebours à partir de la FASR. "Si l'on procédait ainsi, le Rwanda pourrait obtenir un allégement d'ici à 2002. Mais c'est toujours trop loin" dit-il, ajoutant que le pays devrait commencer à en bénéficier d'ici à 2000.
Pour le moment, il existe un fonds d'affectation spéciale pour la dette multilatérale du Rwanda qui est géré par la Banque mondiale et par le biais duquel les créanciers peuvent aider le Rwanda à honorer une partie de ses obligations au titre de la dette. A ce jour, le Royaume-Uni y a contribué, tandis que les Pays-Bas, le Canada, les Etats-Unis, la Suède "et quelques autres pays" ont fait des promesses. Toutefois, la solution à long terme pour les pays sortant d'une période de conflit consiste à "commencer le compte à rebours plus tôt et de consentir un allégement plus tôt."
Les fonds fournis et promis couvrent environ 30 % des obligations du Rwanda au titre du service de la dette, "ce qui est important." Toutefois, le pays a besoin de plus d'aide afin de consacrer les ressources économisées sur le service de la dette à la mise en valeur des ressources humaines et à la reconstruction, "de sorte à susciter un élan pour l'avenir et à consolider effectivement la paix."
A la suite d'un conflit, les pays doivent "reconstruire leurs relations avec les institutions financières internationales. Et cela ne peut se faire que si les arriérés sont réglés. Un allégement dans les meilleurs délais et aux conditions souples permettrait donc de rétablir des relations normales." Certains pays ont aidé le Rwanda à rembourser ses arriérés à la Banque mondiale, à la Banque africaine de développement et au Fonds international pour le développement agricole, "ce qui nous a permis de reprendre rapidement des relations normales. Toutefois, beaucoup reste à faire" en ce qui concerne l'allégement de la dette.