
Le potentiel d'investissements étrangers rentables en Afrique est énorme mais de nombreux investisseurs ignorent le bilan passé et les possibilités actuelles, soutient la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED). Bien que les investissements extérieurs en Afrique n'aient cessé d'augmenter ces dernières années, le continent est loin derrière les autres régions en développement en ce qui concerne les flux de ressources, en partie à cause de l'image négative qu'en donnent les médias internationaux, indique le rapport de la CNUCED intitulé Foreign Direct Investment in Africa: Performance and Potential, publié au début de juillet.
"La rentabilité de l'Afrique est l'un des secrets les mieux gardés sur la scène économique mondiale," déclarait une semaine plus tard, le 12 juillet en Algérie, lors du sommet annuel de l'Organisation de l'unité africaine, le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan. Citant précisemment le rapport de la CNUCED, il a indiqué que l'Afrique avait également enregistré des taux de croissance économique impressionnants ces dernières années malgré les effets des conflits en cours, de la crise en Asie et de la baisse des prix des produits de base. Néanmoins, la "plupart des directeurs des sociétés multinationales n'examinent jamais de manière détaillée les perspectives offertes par un pays africain donné. Ils ne connaissent l'Afrique qu'à travers quelques gros titres de journeaux ou les quelques minutes d'informations diffusées à la télévision, qui montrent un continent dénaturé par les conflits."
Cette image négative, qui est une "grossière déformation de la réalité" pour l'ensemble de l'Afrique, trouve son origine dans les guerres et les difficultés économiques qui ne cessent d'accabler certains pays. Les dirigeants africains "ont donc obligation de contribuer à changer cette réalité" affirme-t-il, tout en faisant ressortir les possibilités d'investissement qui existent actuellement.
Le taux de rentabilité des sociétés étrangères en Afrique a régulièrement été plus élevé que dans la plupart des autres régions du monde, indique la CNUCED dans son étude. Depuis 1990, le taux de rendement de l'investissement étranger direct en Afrique est d'environ 29 %, et depuis 1991 il est plus élevé que dans toutes les autres régions, le rapport étant certaines années du simple au double.

Entre 1983 et 1997, le taux
de rendement pour les sociétés américaines
en Afrique a été supérieur à 10 %,
sauf en 1986 (voir diagramme). Le produit net des investissements
britanniques en Afrique subsaharienne (Nigéria exclu) a
augmenté de 60 % entre 1989 et 1995. En 1995, les filiales
de sociétés japonaises en Afrique ont été
plus rentables (après déduction des impôts)
qu'au début des années 90 et étaient plus
rentables qu'en Asie, où sont concentrés la plupart
des investissements japonais.
Ces dernières années, indique le rapport de la CNUCED, de nombreux pays africains ont considérablement amélioré leurs politiques, ce qui a engendré une stabilité et une croissance économiques plus fortes ainsi que des conditions plus libérales pour les investisseurs étrangers. Sur les 32 pays les moins avancés d'Afrique couverts par une étude de 1997, 26 avaient un régime libéral ou relativement libéral de rapatriement des dividendes et du capital. Dans de nombreux pays africains, souligne le rapport, les politiques en matière d'investissements étrangers sont maintenant identiques à celles pratiquées dans les autres pays en développement. En outre, de nombreux organismes de promotion des investissements ont été créés sur le continent pour faire connaître les possibilités économiques offertes par l'Afrique et pour faciliter les investissements.
En partie à cause de ces changements, les flux d'investissement étranger direct ont considérablement augmenté pendant cette décennie. Les flux annuels moyens sont passés de 1,9 milliard de dollars entre 1983 et 1987 à 3,1 milliards entre 1988 et 1992, avant de doubler pratiquement pour atteindre 6 milliards entre 1993 et 1997. Ces augmentations ne soutiennent toutefois pas la comparaison avec l'explosion des investissements étrangers en faveur des pays en développement en général, qui sont passés d'une moyenne annuelle de 20 milliards de dollars entre 1981 et 1985 à 75 milliards entre 1991 et 1995. Conséquence : la part de l'Afrique dans le volume total des flux vers les pays en développement est tombé de 11 % au cours de la période 1976-80 à un peu plus de 4 % en 1996-97.
Cependant, ces tendances générales et ces moyennes à l'échelle du continent masquent de grandes variations entre les pays africains, note la CNUCED dans son rapport. Deux pays, l'Egypte et le Nigéria, ont traditionnellement bénéficié d'une part élevée des flux d'investissement vers l'Afrique, en partie à cause de l'importance relative de leur économie. Leur part dans le volume total des flux d'investissement étranger est toutefois en baisse, passant de 67 % entre 1983 et 1987 à 38 % entre 1993 et 1997. De nombreux pays africains ont reçu des apports très modestes du fait de la petite taille de leur économie alors que, selon le rapport, l'investissement étranger direct "pourrait avoir plus d'impact sur le développement qu'ailleurs."
Plus récemment, indique la CNUCED, certains pays africains ont commencé à attirer rapidement des flux d'investissement accrus. Ces "têtes de liste" (Botswana, Guinée équatoriale, Ghana, Mozambique, Namibie, Tunisie et Ouganda) ont absorbé un quart des flux en 1996 alors qu'ils ne représentent ensemble que seulement 9 % de la population africaine et 8 % du produit intérieur brut (PIB) du continent.
La plupart de ces "têtes de liste" présentent les mêmes caractéristiques : un environnment et des politiques macroéconomiques stables et prévisibles, des programmes de privatisation ambitieux, des taux de croissance du PIB plus élevés au cours de la dernière décennie, des politiques commerciales propices, des infrastructures relativement développées, la réalisation d'intenses activités de promotion des investissements et des efforts visant à améliorer le niveau d'éducation et les compétences de leurs populations. Leurs résultats montrent que "le fait d'être situé en Afrique n'empêche pas en soi d'attirer des entreprises étrangères."
S'il est vrai que le secteur primaire (pétrole et minéraux) était jadis la principale cible des investissements étrangers en Afrique, indique le rapport, la situation est en train de changer. Une part croissante des flux est maintenant destinée aux services et aux industries manufacturières, même dans des pays exportateurs de pétrole comme le Nigeria. Le fait que plus de 25 Etats africains procèdent à la privatisation partielle ou totale de leur secteur des télécommunications offre de grandes possibilités d'attirer plus d'investissements étrangers.
Par ailleurs, ce ne sont pas tous les pays africains qui reçoivent seulement des flux d'investissement étranger direct. Certaines entreprises africaines se transforment en sociétés transnationales (STN) et investissent dans d'autres pays, selon la CNUCED, qui mentionne deux compagnies minières basées en Afrique du Sud, une société alimentaire basée au Maroc et l'importante entreprise zambienne d'exploitation de cuivre, entre autres. En 1997, le volume total des investissements réalisés par des STN africaines hors de leur pays d'origine atteignait 43 milliards de dollars, soit 13 % du volume extérieur de l'ensemble des pays en développement cette année. Bien qu'elles soient encore relativement petites et peu nombreuses, ces STN africaines sont néanmoins devenues "d'importants acteurs régionaux et sous-régionaux, ce qui démontre qu'il existe en Afrique des entreprises capables de soutenir la concurrence à l'échelle internationale."
Les pays africains peuvent eux-mêmes faire beaucoup pour attirer des investissements étrangers, dit la CNUCED, qui exhorte les gouvernements africains à ne ménager aucun effort pour assurer la stabilité politique et économique, promouvoir le développement du secteur privé et renforcer le dialogue avec les entreprises privées.
Les pays qui bénéficient actuellement de peu
d'investissements étrangers directs devraient améliorer
leurs efforts de promotion, peut-être en faisant ressortir
les possibilités dans des industries ou projets particuliers.
Citant l'exemple d'organismes de promotion réussie en Europe
et en Asie, le rapport soutient qu'il est primordial d'axer les
efforts de promotion sur un nombre limité de pays d'origine
et d'industries. La collaboration entre groupes de pays africains
peut aussi aider, à la fois pour entreprendre des initiatives
collectives de promotion et pour créer des marchés
sous-régionaux qui soient plus attrayants pour les investisseurs
potentiels. Le rapport mentionne les efforts faits dans ce sens
en Afrique australe, en Afrique de l'Est et en Afrique du Nord.
Les
pays d'origine des sociétés transnationales peuvent
aussi faire davantage pour encourager l'accroissement des investissements
en Afrique. La CNUCED mentionne plusieurs initiatives déjà
en cours: divers plans de l'Union européenne visant à
appuyer l'investissement en Afrique, le Centre Afrique-Asie d'informations
en matière d'investissement dont le siège est en
Malaisie et un accord d'investissement et d'échanges entre
les Etats-Unis et l'Afrique du Sud (des arrangements semblables
sont en négociation avec le Ghana et la Communauté
économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest).
Les organismes donateurs doivent fournir une assistance technique accrue pour améliorer les compétences professionnelles et en matière de gestion en Afrique, ainsi que l'infrastructure matérielle, dit la CNUCED. Les pays développés devraient également ouvrir davantage leurs marchés aux produits manufacturés d'Afrique afin de permettre aux investisseurs extérieurs de tirer le meilleur parti d'une main-d'oeuvre abondante et bon marché en Afrique.
Les pays donateurs devraient prendre des mesures plus énergiques pour réduire la dette de l'Afrique, soutient le rapport, indiquant que le coût élevé du service de la dette prive les pays africains d'une épargne tant nécessaire pour les investissements intérieurs permettant d'améliorer l'infrastructure humaine et matérielle.
"La réduction de la dette devrait être la pierre angulaire des efforts faits par la communauté internationale pour améliorer les perspectives de croissance de l'Afrique et lui permettre d'attirer davantage d'investissements étrangers, en particulier," dit la CNUCED.