
![]()
Bénin : Le piège
des 'bons résultats'M. Ibrahim Pedro-Boni, directeur de la Caisse autonome d'amortissement (CAA) du Bénin, chargée de la gestion des emprunts extérieurs et intérieurs, s'est entretenu avec Afrique Relance.
Selon certains critères, le Bénin se porte bien. Pourtant, un quart de son budget annuel est consacré aux obligations au titre du service de la dette, ressources indispensables que "nous aurions pu investir dans le développement." M. Ibrahim Pedro-Boni fait remarquer que "un pays à revenu intermédiaire comme la Côte d'Ivoire a été admis comme [pays pauvre très endetté] à cause de la charge que fait peser la dette sur son budget, mais pas nous !"
La dette publique s'élève à environ 800 milliards de francs CFA (1,2 milliard de dollars). Outre les arriérés de salaire du secteur public et les sommes dues aux fournisseurs, la dette intérieure est relativement modeste. Quant à la dette extérieure, c'est une autre paire de manches. Le Club de Paris a rééchelonné la dette bilatérale du Bénin quatre fois déjà, la dernière le 24 octobre 1998.
Du fait de ces arrangements, la dette bilatérale du Bénin s'élevait à 174 milliards de francs à la fin de mars 1999 et sa dette multilatérale à 625 milliards de francs CFA et le pays n'avait pas d'arriérés. Pendant ce temps, la Caisse versera environ 40 milliards de francs CFA au titre du service de la dette cette année, les sommes que le Trésor béninois doit payer au FMI et à la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) portant le montant total à quelque 50 milliards de francs CFA, soit 25 % des recettes budgétaires. "C'est ça le problème."
Lorsque le Bénin a été évalué comme candidat pour l'initiative PPTE, "les calculs que nous avons effectués avec la Banque mondiale [ont montré que ] nos ratios d'endettement étaient bons et on a jugé que nous ne pouvions pas bénéficier du traitement au titre de l'initiative PPTE. Nous avons même refait les calculs avec l'équipe du FMI l'année dernière, et nos ratios demeurent bons. Toutefois, si nous avions été admis, nous aurions pu disposer de 50 milliards de francs CFA à consacrer au développement."
Le Bénin ne fait plus de paiements au titre du service de la dette à la Belgique mais dépose les fonds dans un compte local et les deux pays se réunissent une fois par trimestre pour discuter de ce que le Bénin veut financer avec ces fonds. Les Norvégiens souhaitent aussi emprunter cette voie.
Le Bénin est à jour de ses paiements extérieurs mais connaît des problèmes intérieurs "auxquels le gouvernement doit faire face. Il faut comprendre pourquoi les fonctionnaires se mettent de temps à autre en grève." Près de 80 % des investissements publics proviennent de sources extérieures et le gouvernement s'efforce de réduire cette dépendance. "Si nous pouvions bénéficier d'une annulation de la dette, nous pourrions [pratiquement] nous passer de l'aide. L'argent que nous recevons aujourd'hui sous forme de prêts ou de subventions est utilisé demain pour honorer les obligations au titre du service de la dette."