L'Afrique en marge de la mondialisation?

'Pas tout à fait,' d'après le Rapport mondial sur le développement humain du PNUD

Par Sumana Raychaudhuri

Le "village planétaire" est une expression à la mode ces temps-ci. Et pourtant, comme le rappelle le Rapport mondial sur le développement humain de 1999, publié par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), tous les habitants de ce village n'en sont pas membres à part entière. La mondialisation a surtout profité aux pays les plus prospères. Et dans certaines régions des pays en développement, les dernières technologies de l'information restent très rares. Ce constat est particulièrement valable en Afrique. Sur les 174 Etats que le PNUD classe en fonction de "l'indice de développement humain," les 22 derniers au classement sont des pays africains.


Internet peut fournir les toutes dernières informations en matière de traitement, mais peu de médecins africains y ont facilement accès.

Photo: ONU / B. Wolff


Si l'on compte en Suède près de 70 lignes téléphoniques pour 100 habitants, ce taux n'est au Kenya et en Ouganda que de, respectivement, 0,8 et 0,2. En Afrique subsaharienne, seul 0,1 % de la population se sert d'Internet, alors que plus de 35 % des Islandais y ont accès. Malgré ces inégalités, le rapport du PNUD présente les approches créatives que plusieurs pays africains ont adoptées en vue de combler les inégalités technologiques et informationnelles.

La médecine sur Internet

Pendant longtemps, la difficulté pour les médecins africains d'être au courant des recherches les plus récentes en matière de traitement a été l'un des indicateurs de ces disparités internationales. La bibliothèque de la faculté de médecine de Nairobi -- l'une des meilleures d'Afrique -- est abonnée à environ 20 journaux spécialisés, alors que n'importe quelle faculté de médecine américaine en reçoit généralement environ 5 000. Internet permet d'accéder à l'information à des prix très abordables, mais même dans les universités d'Afrique du Sud, le pays le mieux équipé d'Afrique, Internet n'est souvent accessible qu'à partir d'un seul terminal que se partage parfois jusqu'un millier de personnes.

HealthNet, un service d'information qui relie 30 pays en développement, dont 22 en Afrique, a trouvé une solution à ce problème. Comme l'explique le rapport du PNUD, HealthNet utilise des réseaux informatiques à faible coût, fonctionnant à partir de radios et téléphones et d'un satellite en basse orbite terrestre, afin de permettre aux médecins d'accéder aux bibliothèques médicales virtuelles. En République centrafricaine, les médecins s'en sont servi pour lutter contre le virus Ebola en 1995, et au Ghana, les spécialistes de la malaria peuvent ainsi garder contact avec la London School of Hygiene and Tropical Medicine.

Tout comme les docteurs, les petites entreprises africaines avaient auparavant peu de possibilités d'accès à Internet. Mais, un organisme du nom de PEOPLink présente maintenant sur Internet des photos des produits fabriqués par des artisans de différents pays africains, ce qui permet ainsi à ces derniers de recevoir des commandes du monde entier. Basée au Royaume-Uni, Tropical Whole Foods, qui vend des fruits secs produits par des petits exploitants et coopératives du Burkina Faso, d'Afrique du Sud, d'Ouganda et de Zambie, se sert d'Internet pour gérer les stocks de produits à vendre. Comme le fait remarquer le rapport du PNUD, les économies des pays africains ne pourront participer plus activement aux échanges mondiaux sur Internet tant que des projets de ce type ne se multiplieront pas.

Commerce et brevets

D'après ce rapport, l'adoption en 1995 par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) des Aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (TRIPS) a sérieusement handicapé les pays africains. Avant l'entrée en vigueur des TRIPS, certains pays comme l'Egypte permettait de breveter des procédés de fabrication pharmaceutiques, et non le produit final. Il était donc possible de produire localement des versions génériques de médicaments, vendues à plus bas prix. Dans le cadre du nouvel accord, tous les pays doivent réformer leur législation, afin d'accorder des brevets de 20 ans s'appliquant aux procédés aussi bien qu'aux produits finals.

En revanche, la législation sur les brevets ne reconnaît pas les connaissances traditionnelles. Lors de la mise au point de médicaments très rentables, les prospecteurs de l'industrie pharmaceutique font souvent appel aux connaissances des populations autochtones, sans pour autant partager avec elles le moindre profit. Dans les cas où les profits sont partagés, les redevances sont tout au plus de 0,1 à 4 % des bénéfices réalisés, pour citer le cas de l'Ouganda. En comparaison, le Service des parcs des Etats-Unis a réussi à négocier des redevances de 10 % lorsqu'une entreprise a décidé d'effectuer des prospections biologiques dans le Parc national de Yellowstone.

Pour remédier à ces injustices, le rapport recommande à l'OMC d'enquêter sur les monopoles commerciaux détenus par les entreprises multinationales.

A la conquête du marché mondial

Si la mondialisation a principalement bénéficié aux pays industrialisés, le rapport du PNUD indique que certains pays africains ont pu également en profiter sans pour autant s'écarter de leurs priorités à long terme en matière de développement. En encourageant les exportations tout en privilégiant le développement humain, le Botswana a atteint un taux de croissance annuelle du revenu par habitant d'environ 6 % entre 1980 et 1996, ce qui prouve que la mondialisation peut bénéficier même aux pays pauvres.

Maurice a réussi à attirer des multinationales en accordant des avantages fiscaux. En même temps, elle a ménagé les industries nationales grâce à des trêves fiscales et des dispositifs de protection des importations. Sous l'effet conjugué de ces mesures, les exportations ont connu un essor important et le pays une croissance salutaire.

En conclusion, il est rappelé dans le rapport que, malgré les inégalités actuelles, la croissance des échanges internationaux est bénéfique à l'Afrique. Mais elle pourrait l'être beaucoup plus encore si les besoins des pays et des populations les plus pauvres étaient pris en compte, grâce à une meilleure gouvernance internationale.

 

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