Le pétrole : atout économique à double tranchant

Par Kingsley Kubeyinje et Tony Nezianya

Le Nigéria est l'un des grands fournisseurs mondiaux de pétrole brut, produisant environ 2 millions de barils par jour, et un membre important de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). La vente d'hydrocarbures représente plus de 90 % des rentrées de devises étrangères et finance donc en grande partie les programmes de développement. L'économie du Nigéria pourrait en quelque sorte être décrite comme une monoculture fondée sur le pétrole, et la santé économique du pays connaît souvent les mêmes fluctuations que le cours du pétrole.

Avec un taux de change de 86 naira pour un dollar, le Nigéria compte encaisser 454 milliards de naira de redevances pétrolières en 1999, soit plus du double des 216 milliards de naira de 1998, année où le taux de change officiel était pourtant beaucoup plus élevé (22 naira pour un dollar). Les revenus autres que pétroliers (droits de douane, impôts sur les entreprises, taxe sur la valeur ajoutée, revenus indépendants) s'élevaient à 167 milliards de naira en 1998, et devraient atteindre 214 milliards en 1999.

L'état des finances publiques fédérales en 1998 illustre parfaitement la vulnérabilité du Nigéria face aux fluctuations du marché pétrolier. Le gouvernement a en effet enregistré cette année-là un déficit béant de 59,8 milliards de naira, en grande partie à cause de la chute des cours internationaux du pétrole, de la réduction du quota du Nigéria à l'OPEP et de la fermeture de nombreux puits dans la région du delta du Niger, riche en pétrole mais en proie à de nombreux mouvements de contestation (voir "La colère des communautés du Delta"). D'après les projections, les revenus provenant du pétrole auraient dû atteindre 9,8 milliards de dollars, mais ils n'ont pas dépassé les 6,3 milliards de dollars, soit 28 % de moins que l'objectif prévu. Les prévisions budgétaires étaient donc très éloignées de la réalité. Elles avaient été calculées à partir d'un prix de vente du baril de 17 dollars, alors que le cours moyen du baril a avoisiné cette année-là 12,5 dollars. Le budget de 1999, calculé à partir d'un prix de vente moyen de 9 dollars, est jugé plus réaliste.

La chute du cours du baril a également eu des répercussions dans la fonction publique du Nigéria. En septembre 1998, le gouvernement a augmenté d'environ 300 % le salaire des fonctionnaires, qui a ainsi atteint 5 200 naira par mois. Mais trois mois plus tard, les pouvoirs publics ont dû revenir sur leur promesse et réduire de près de 50 % la hausse des salaires, à cause de la chute des revenus provenant du pétrole. En mars, un accord a été conclu avec les syndicats et le nouveau salaire minimum mensuel a été fixé à 3 500 naira pour les fonctionnaires fédéraux et 3 000 naira pour les employés des 36 Etats. Mais en avril, dans trois quarts des Etats, les employés se sont mis en grève quand les pouvoirs publics locaux n'ont pas pu leur verser le nouveau salaire, par manque de fonds.

*******