
Richard Jolly : l'annulation de la dette se fait trop attendre
"La dette internationale des pays les plus pauvres du monde est aujourd'hui intolérable, impossible à régler, immorale et inadmissible," a-t-il déclaré lors de la cérémonie d'attribution du prix à Rome en décembre, organisée sous les auspices du maire de la ville Sindaco Rutelli. M. Jolly s'est déclaré favorable à la position italienne sur la question qui préconise une réduction importante de la dette extérieure des pays les plus endettés et les plus pauvres. M. Jolly a par ailleurs versé les 30.000 dollars qui accompagnaient le prix à Jubilee 2000, une coalition internationale d'organisations non gouvernementales (ONG) chargée de coordonner une campagne pour la réduction de la dette, et à des ONG italiennes qui oeuvrent en ce sens. M. Jolly a estimé que l'annulation de la dette se faisait trop attendre, soulignant que l'Afrique subsaharienne, la région la plus pauvre de la planète, était aussi la plus endettée. "L'allégement de la dette doit s'accompagner d'actions en faveur du développement humain, dont profiteraient directement les populations pauvres," a-t-il conclu. |
La Banque mondiale a estimé en juin que les progrès accomplis dans la lutte pour la réduction de la pauvreté ont été entravés dans de nombreux pays en développement dans la deuxième moitié de cette décennie, en raison notamment de l'impact mondial des turbulences économiques déclenchées par la crise financière asiatique de la fin 1997. Dans un rapport intitulé Tendances de la pauvreté, la Banque souligne que, bien que les conséquences immédiates de cette crise aient surtout touché l'Asie -- avec 20 millions de personnes tombant en-dessous du seuil de la pauvreté du jour au lendemain dans la seule Indonésie, l'Afrique en a également été affectée.

En
raison de la baisse des cours mondiaux des matières premières
provoquée par la crise, ainsi que des conditions climatiques
défavorables et des conflits qui touchent certains pays
africains, la croissance du produit intérieur brut de l'Afrique
subsaharienne en 1998 semble avoir été inférieure
à son taux de croissance démographique, ce qui sous-entend
une baisse du revenu par habitant. Pour ce qui concerne 1993 (la
dernière année pour laquelle on dispose de chiffres
précis), l'Afrique subsaharienne a enregistré le
pourcentage le plus élevé de personnes vivant dans
la pauvreté (environ 15,3 %), et a talonné l'Asie
pour le plus grand nombre d'habitants pauvres, soit 218,6 millions
de personnes.
Pendant la période 1991-1995, l'Afrique subsaharienne a été la seule région du monde qui a subi une baisse de son taux de croissance de consommation réelle (de l'ordre de -1,3 %). Le rapport de la Banque fait remarquer que les taux d'inscription scolaire aux cours élémentaires en Afrique subsaharienne a stagné entre 1982 et 1994, alors que les autres régions ont enregistré des progrès. Les taux de mortalité infantile y ont connu un léger mieux, bien que la persistance de médiocres conditions d'hygiène et le grand nombre de personnes séropositives (22,5 millions) se reflète dans quelques indicateurs de santé: c'est ainsi que parmi les huit pays du monde dont l'espérance de vie est en baisse de plus de trois ans, six se trouvent en Afrique (Botswana, Côte d'Ivoire, Kenya, Ouganda, Zambie et Zimbabwe).
Des responsables de haut niveau de 45 pays africains se sont réunis à Accra, au Ghana, pour examiner la meilleure manière pour l'Afrique de répondre au problème posé par le virus informatique de l'an 2000 (Y2K). Le problème Y2K fait référence aux conséquences potentiellement dramatiques de l'utilisation des chiffres "00" par les programmes informatiques pour désigner l'an 2000; ces systèmes tributaires des dates risqueraient en effet de l'interpréter comme l'an 1900. Placée sous les auspices de la Banque mondiale et du gouvernement ghanéen, la conférence "Rendre l'Afrique prête pour l'an 2000" a encouragé vivement les pays africains à prendre des initiatives régionales et à formuler des plans d'urgence en la matière.
La Banque mondiale a souligné les risques potentiels que courraient les pays en développement à ignorer le problème du bogue de l'an 2000 et les conséquences qui en découleraient : une défaillance totale des services essentiels assistés par ordinateurs, tels que l'alimentation en courant électrique, les télécommunications, la distribution des vivres et du carburant, l'organisation des soins de santé et des transports.
Selon un porte-parole de l'Association du transport aérien international (IATA) présent à la conférence, il y a très peu d'informations sur le nombre d'aéroports africains qui ont placé leurs systèmes informatiques de trafic aérien à l'abri du bogue 2000. Ils risquent donc de subir un embargo.
Les cours à l'exportation des matières premières de l'Afrique subsaharienne, à l'exception des produits énergétiques, ont baissé de 7,5 % en moyenne au cours du premier trimestre de 1999, estime Global Commodity Markets, un rapport de la Banque mondiale d'avril 1999. Le repli des cours du cacao (-13,8 %), du café robusta (-12,6 %) et du sucre (-25 %) explique la tendance persistante à la baisse de l'index des cours des produits de base en Afrique subsaharienne.
Les cours du pétrole ont fortement grimpé en mars à la suite de l'accord des membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole de réduire la production de brut pendant un an à partir d'avril 1999. Les cours moyens du brut pour l'ensemble du premier trimestre ont cependant légèrement baissé à cause des prix bas de janvier et février.
La Banque mondiale prévoit une hausse lente de la plupart des cours des matières premières au deuxième trimestre de cette année, suivant les replis sensibles des dernières années. Cet optimisme est tempéré toutefois par les pronostics d'une faible croissance de l'économie mondiale. De fait, la Banque n'exclut pas une nouvelle érosion des cours des matières premières, compte tenu des nouvelles baisses prévues du prix des métaux. En outre, estime la Banque, les prix du cacao, du café et du sucre ne devraient pas se redresser dans l'immédiat, la demande à court terme pour ces produits devant rester inférieure à l'offre.