Une initiative locale contre la pauvreté

Elle s'appelle Awa Diakité. Elle a 36 ans et est mère de trois enfants. Il y a trois ans encore, elle était comme la plupart des paysannes au Burkina Faso, vivant dans un extrême dénuement, avec à peine de quoi se nourrir, elle et ses enfants, malgré les longues journées passées à la ferme. Non seulement les récoltes étaient maigres, mais les prix qu'elle en obtenait au marché étaient dérisoires. Mais tout cela a changé, grâce à un projet novateur mis au point par le groupe de femmes Songtaaba, un mouvement coopératif implanté à travers le pays.

Aujourd'hui, Awa est l'une des centaines de burkinabés qui contribuent à satisfaire la demande croissante des marchés locaux et internationaux en beurre de karité, la troisième principale exportation agricole du Burkina Faso. La coopérative de son village est l'une des nombreuses coopératives créées sous les auspices du groupe de femmes Songtaaba pour fabriquer et commercialiser le beurre de karité. Awa est responsable du traitement du beurre de karité après son extraction. Ce travail lui permet non seulement d'avoir un revenu stable et de satisfaire les besoins élémentaires de sa famille, mais aussi de réaliser quelques économies.

La production de la coopérative du village se reflète dans le plan de marketing national. Le beurre de karité est utilisé localement comme denrée alimentaire et pour la fabrication de savonnettes, de lessive et d'autres articles, mais il est également exporté aux Etats-Unis, en Europe et Asie pour la fabrication du chocolat, pour la cuisson et pour la création d'articles pharmaceutiques et cosmétiques.

Autrefois, la fabrication du beurre de karité était une activité exclusivement réservée aux femmes au Burkina Faso, mais le potentiel du produit n'avait jamais été pleinement exploité au niveau national et à l'exportation. Résolu à changer la situation, le groupe de femmes Songtaaba a créé une "économie d'échelle du type chaîne de montage" ayant comme fondation les coopératives de femmes. Ce système n'exige plus qu'une seule personne soit responsable de toutes les

phases de la production, mais assigne une tâche précise à chaque femme -- la culture des noix de karité, la préparation de l'extraction, l'extraction de l'huile, le traitement supplémentaire du beurre de karité (suivant son utilisation), et l'emballage.

Les ouvrières sont rémunérées en fonction de leurs responsabilités et disponibilité. Celles qui ont des problèmes familiaux particuliers bénéficient d'horaires de travail souples. Toutes se voient accorder une ligne de crédit auprès de la coopérative pour asseoir leur situation financière. En outre, un fonds spécial établi par le groupe est à la disposition des membres de la coopérative en cas de besoin.

Ces conditions de travail expliquent l'augmentation sensible du niveau de la production et l'amélioration générale de la qualité du produit -- ce qui a entraîné un accroissement de la demande, sur le plan local et international. En 1996, la coopérative a réussi à trouver acquéreur pour environ 500 tonnes de beurre de karité d'une valeur marchande de 410 000 dollars.


Le projet de coopératives alimentaires financé par le PNUD au Burkina Faso : créer plus de revenus pour les femmes permet de lutter contre la pauvreté rurale.

Photo : PNUD


Plus important encore est le bouleversement que ce projet a entraîné chez des femmes comme Awa, qui sont passées d'une existence consacrée à la quête quotidienne de moyens de subsistence à l'attribution de responsabilités économiques leur permettant d'avoir des revenus stables. Elles ont par ailleurs acquis un sentiment de sécurité qu'elles n'avaient jamais connu auparavant. Pas moins de 2 000 femmes participent à la fabrication du beurre de karité au sein de la coopérative. Presque toutes ont des histoires similaires à celle d'Awa à raconter.

Le réseau de karité illustre le type de projet qui bénéficie du soutien du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) dans le cadre de ses efforts pour assurer des moyens d'existence stables aux membres des communautés indigentes du monde en développement. Depuis le Sommet social de Copenhague en 1995 et la désignation par les Nations Unies des années 1996-2006 comme Décennie internationale pour l'Elimination de la pauvreté, le PNUD a fait de cet objectif sa priorité.

Selon les prévisions, si les tendances actuelles se maintiennent, l'Afrique commencera le prochain siècle en plus mauvais point qu'elle n'a commencé le siècle actuel. Compte tenu du défi particulier qu'affronte l'Afrique dans ce domaine, le PNUD concentre ses moyens de lutte anti-pauvreté sur ce continent.

En réitérant l'engagement du PNUD en faveur de l'Afrique, Mme Thelma Awori, directrice du PNUD Afrique, a souligné devant les participants d'un récent sommet d'affaires à Houston, au Texas, que 50 % de l'ensemble des ressources du PNUD sont actuellement consacrées à l'Afrique.

Elle demeure cependant optimiste quant à l'avenir. Lors d'une réunion des représentants résidents du PNUD à Cotonou, au Bénin, en février, elle a estimé que bien que la situation en Afrique soit préoccupante, "j'ai l'espoir que nous sommes à un tournant dans la réalisation du destin de l'Afrique." C'est là un espoir que beaucoup partagent.

 

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