Le PNUD va de l'avant en Afrique

'Nous avons renforcé notre engagement en faveur de l'Afrique,' nous explique Thelma Awori

Par Juliette Ukabiala et Peter Mwaura

Le 19 février dernier à 6 heures du matin, Mme Thelma Awori, Directrice du Bureau régional pour l'Afrique du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a reçu un appel téléphonique de jeunes Erythréens et Ethiopiens qui voulaient se réunir à Nairobi pour organiser entre eux un débat sur la paix. Ils souhaitaient savoir si le bureau du PNUD pour l'Afrique leur apporterait son soutien.

"Cela a suffi à me faire passer une très bonne journée," a déclaré par la suite Mme Awori, en s'adressant à des journalistes. Ce n'était pas seulement le projet de ces jeunes Erythréens et Ethiopiens qui était à l'origine de son enthousiasme mais également la nouvelle approche du PNUD en matière de développement, qui avait été présentée deux semaines plus tôt, lors d'une réunion organisée à Cotonou (Bénin). Cette nouvelle approche consiste à s'inspirer du dynamisme et des aspirations du peuple africain et à faire en sorte que les ressources du PNUD viennent compléter les moyens dont disposent les Africains.


"Quand je voyage en Afrique, c'est un continent fier de son histoire, de sa culture et de l'abondance de ses ressources naturelles et humaines qui s'offre à mes yeux. C'est un continent qui commence à chercher en luimême ses propres réponses."

-- Thelma Awori, Administratrice assistante du PNUD


Mme Awori venait de rentrer à New York, après avoir assisté à la réunion de Cotonou où 45 représentants résidents du PNUD dans des pays africains ont analysé les besoins de l'Afrique en matière de développement à l'horizon du nouveau millénaire. "L'esprit de Cotonou" -- c'est le nom donné à la nouvelle orientation du PNUD dans le domaine du développement -- propose non seulement de nouvelles méthodes de travail, mais aussi de nouveaux partenariats et de nouveaux domaines prioritaires dans lesquels le PNUD aidera l'Afrique a concrétiser l'avenir qu'elle s'est choisi : "une autosuffisance collective propice à la paix et au développement."

Le PNUD est l'un des organismes de développement le plus présents en Afrique. Fort de ses 45 antennes sur le terrain, de 10 bureaux de programmes régionaux et de deux bureaux sousrégionaux (à Addis-Abeba et Harare), le PNUD traite de problèmes essentiels, allant de la pauvreté, de l'égalité entre les sexes et de l'émancipation de la femme, à la bonne gouvernance et au développement du secteur privé.

En souhaitant donner aux Africains des moyens d'action supplémentaires, le PNUD renouvelle l'une de ses grandes priorités, d'autant plus nécessaire que les approches précédentes n'ont pas réussi à éliminer la pauvreté. Constatant que l'Afrique est le seul continent où la pauvreté devrait s'aggraver au XXIe siècle, Mme Awori rappelle que le Bureau du PNUD pour l'Afrique doit faire appel à ceux qui s'y connaissent le plus en matière de développement et qui seront directement concernés par les succès ou les échecs à venir : les Africains eux-mêmes.

Lors de sa réunion de Cotonou, le PNUD a identifié "de nouveaux types de partenaires du développement que nous voulons contacter, afin de mieux les écouter, de mieux faire leur connaissance, et qui pourraient nous aider à travailler beaucoup plus efficacement," a expliqué Mme Awori. "Nous nous sommes efforcés de raviver le dynamisme et l'imagination qui ont toujours caractérisé l'Afrique, et d'en faire l'un des moteurs du développement en Afrique."

Le PNUD cherchera à l'avenir à former de nouveaux partenariats de développement avec les jeunes, les chefs traditionnels et les églises. "Nous devons nous intégrer aux vastes réseaux d'organisations qui existent au niveau local et communautaire" a indiqué Mme Awori.

"Nous disons souvent que les étudiants sont l'avenir de l'Afrique -- voilà une autre ressource qui n'est pas mise en valeur. Nous avons décidé de travailler en plus étroite coopération avec des étudiants et j'en suis très satisfaite car je me félicite d'avance du dynamisme qu'ils manifesteront.

"Par le passé, nous n'avons guère travaillé en coopération avec les chefs traditionnels, qui offrent pourtant beaucoup de potentiel. Ils nous ont expliqué comment ils s'étaient organisés en vue de lutter contre la misère et pour la paix. Tous les chefs traditionnels d'Afrique se réuniront en août, afin de discuter des moyens qui leur permettront d'oeuvrer en faveur de la paix. Et nous avons l'intention d'y être également présents."

Mme Awori a indiqué que le PNUD envisage maintenant différentes possibilités de coopération avec des chefs religieux africains, afin de bénéficier des trésors d'expérience qu'ils ont acquis. "Nous avons beaucoup à apprendre auprès d'eux," a-t-elle ajouté.

Conformément à "l'esprit de Cotonou," le Bureau du PNUD pour l'Afrique souhaite dissiper l'idée fausse, mais très répandue, selon laquelle l'Afrique et la pauvreté sont indissociables. "Rien ne pourrait être plus faux, explique-t-elle. L'Afrique est l'un des continents les plus riches au monde. Et le peuple africain déborde d'ingéniosité, de créativité et de talents. Comment se fait-il que des peuples talentueux et ingénieux vivent dans une telle pauvreté, malgré les nombreuses richesses qui les entourent? L'objectif de l'Afrique doit être d'améliorer ses conditions de vie en exploitant à meilleur escient les richesses du continent."

Les Africains cherchent ailleurs leur salut, et sont en grande partie tributaires de l'aide étrangère, rappelle Mme Awori. "Comment se fait-il que le développement d'un continent aussi riche dépende de l'extérieur? C'est une autre contradiction qu'il nous faudra résoudre à l'horizon du prochain millénaire."

La tendance à la baisse de l'aide publique au développement (APD) et les conséquences qui en résultent sont, d'après le PNUD, l'un des principaux défis que l'Afrique doit relever -- l'un des quatre domaines prioritaires recensés dans le cadre de "l'esprit de Cotonou."

L'APD, qui représente la plus grande partie des flux de ressources extérieures vers l'Afrique, est en effet passée de 14,2 milliards de dollars en 1992 à 12,8 milliards en 1996. Le montant total de l'APD est donc nettement inférieur aux 30 milliards de dollars qu'il faudrait réunir tous les ans, selon certains économistes, pour réduire la pauvreté en Afrique. Et si l'objectif fixé en 1996 par l'Assemblée générale des Nations Unies prévoit une APD correspondant à 0,7 % du PNB des pays donateurs, l'aide publique au développement accordée par ces pays ne s'élève en moyenne qu'à 0,25 % de leur PNB.

"Le déclin de l'APD est une réalité, et il est important que les Africains en prennent conscience," a affirmé Mme Awori.

L'une des autres priorités définies consiste à tirer parti des effets positifs de la mondialisation, tout en s'adaptant aux défis qu'elle présente. Dans son rapport d'activité de septembre 1998 sur la mise en oeuvre du Nouvel ordre du jour des Nations Unies pour le développement de l'Afrique dans les années 90, le Secrétaire général Kofi Annan fait observer que la mondialisation présente de grands avantages économiques et sociaux, dont notamment l'accès à des réserves financières plus importantes, à de nouveaux marchés d'exportation et de nouvelles technologies. Mais, ajoute-t-il, la mondialisation n'a fait, à court terme, que marginaliser davantage l'Afrique, principalement parce que le continent exporte surtout des produits primaires et que peu de progrès ont été réalisés en vue de diversifier les exportations. Les recettes d'exportation de l'Afrique n'ont augmenté que dans des proportions infimes, à cause de l'instabilité du prix des produits primaires et des répercussions négatives de la hausse des taux d'intérêt sur le financement des exportations. En outre, a prédit le Secrétaire général, la marginalisation de l'Afrique risque de s'accentuer si elle n'arrive pas à attirer davantage de capitaux étrangers.

Conformément à "l'esprit de Cotonou," le PNUD doit soutenir les pays africains en les aidant à définir et à mettre en oeuvre des stratégies d'adaptation, qui leur permettront de minimiser les retombées négatives de la mondialisation et de tirer parti de ses effets positifs. Dans le même temps, le PNUD préconisera une approche de la mondialisation qui prenne systématiquement en compte les questions liées au développement humain.

Le poids de la dette africaine est un troisième domaine prioritaire pour le Bureau du PNUD pour l'Afrique. La dette publique extérieure a atteint 223 milliards de dollars en 1997 et l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), mise en place en 1996, n'a guère obtenu de résultats concrets.


Le PNUD consacre un cinquième de son budget à la promotion des femmes.

Photo : PNUD / Radhika Chalasani


Etant donné le surendettement de l'Afrique, le Bureau du PNUD pour l'Afrique estime qu'une solution radicale s'impose et prévoit donc de former un partenariat avec Oxfam, Third World Network, Jubilee 2000, et la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), en vue d'établir une stratégie qui "sera viable, complète et bénéfique aux pauvres," selon les termes de Mme Awori. "L'initiative PPTE est trop lente, de trop faible envergure et elle arrive trop tard. Nous pensons qu'il faut annuler la dette dans son intégralité. Nous souhaiterions que l'Afrique entame le nouveau millénaire sans aucune dette."

Selon le quatrième axe prioritaire de "l'esprit de Cotonou," le PNUD va redoubler d'efforts en vue de se faire le porte-parole des "plus pauvres des pauvres" et des autres groupes marginalisés, dont notamment les femmes et les personnes atteintes du VIH/Sida.

Le PNUD a déjà beaucoup travaillé en faveur des femmes, auxquelles il consacre 20 % de son budget. "Il est important que les femmes soient au courant de nos efforts, déclare Mme Awori. Je ne crois pas qu'elle le soient. Et donc, elles n'en profitent pas. Elles ne vont pas négocier avec leur gouvernement en vue d'obtenir au moins 20 % des budgets alloués."

Le PNUD se déclare très inquiet de la montée récente des conflits en Afrique. "Si les conflits se poursuivent à ce rythme, nous n'arriverons pas à endiguer le flux croissant de pauvreté, dit-elle. Le Bureau du PNUD pour l'Afrique consacre également 37 % de son budget aux questions de gouvernance, en organisant des forums à ce sujet, en soutenant les projets des Africains qui oeuvrent en faveur de la paix et en aidant à la formation des forces de police.

Bien que, au début, la formation de la police locale n'ait pas semblé relever des compétences du PNUD, Mme Awori explique que "si la police ne fait pas correctement son travail, il en est de même des tribunaux et des conflits sociaux apparaissent. Nous avons donc un rôle à jouer à cet égard."

Le PNUD a également dépensé 8 millions de dollars afin d'aider les Africains de l'Ouest à instaurer un moratoire sur les armes légères. "Et c'est à un des dirigeants africains que revient cette initiative, conclut Mme Awori. Nous ne manquons donc pas de bons dirigeants et nous devons leur apporter notre soutien."

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